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Au revoir, monsieur Côté

Ode à un pionnier de la masculinité saine dans la culture québécoise.

Par
Benoît Lelièvre
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Michel Côté est décédé aujourd’hui à la suite d’une longue bataille avec une maladie de la moelle osseuse. Il avait 72 ans.

Le grand Michel Côté n’est plus. C’est difficile à concevoir.

Le symbole même de stabilité et de bienveillance dans la culture québécoise est mort et ce sera à nous de composer avec son absence.

Il était l’un de ces acteurs d’exception à la présence réconfortante qui accompagnait la vie ordinaire par l’entremise du petit écran. L’interprète de Gauthier dans la série Omertà était présent dans la conscience collective des Québécois depuis avant même ma naissance. Michel Côté a toujours été là. Il a (presque) toujours joué des rôles de papas fiables, au grand cœur, qui finissent toujours par défier leurs limites émotionnelles pour assurer le bien de leurs enfants.

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On se rappellera notamment du bouleversant Gervais Beaulieu, du chef d’œuvre de Jean-Marc Vallée (un autre parti trop tôt) C.R.A.Z.Y ou de Jacques Laroche, dans De Père en Flic. Et comment oublier Germain Dagenais dans Ma fille, mon ange ou encore son interprétation du commandant Piché dans Entre Ciel et Terre? Celui-là n’était peut-être pas un personnage de papa, mais il restait une vraie figure paternelle qui a sauvé des vies.

Le symbole même de stabilité et de bienveillance dans la culture québécoise est mort et ce sera à nous de composer avec son absence.

Incarner une masculinité saine et sensible

Né en 1950 à Alma, Michel Côté fait ses débuts au petit écran à l’âge de 25 ans avec le rôle de Maurice Labonté dans la série La Petite Patrie. C’est quelques années plus tard qu’il commence sa conquête du cœur des Québécois avec son impeccable timing comique sur les planches dans la distribution de la pièce Broue, qui sera présentée plus de 3 000 fois à travers le Québec sur une période de 38 ans.

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Ses quatre rôles dans le film d’anthologie Cruising Bar (et sa suite), son apport crucial au succès d’Omertà et une première collaboration avec Jean-Marc Vallée avec le film Liste Noire le consacreront auprès du public. À travers tous ces rôles, une constante : l’incarnation d’une masculinité sensible, qui se remet en question et qui finit toujours par accepter son imperfection et sa vulnérabilité. On voulait tous secrètement l’avoir comme père, même si on ne se l’avouait pas.

Bon, ce ne sont pas TOUS ses rôles qui furent comme ça, mais la majorité de ceux dont on se souvient. Ceux dont on devrait se souvenir.

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On part de loin en ce qui a trait à la représentation de la masculinité à l’écran, mais aussi dans notre culture. Michel Côté est venu défier ce stéréotype dans les années 90 en le nuançant, mais aussi en le complexifiant. Ses personnages présentaient la paternité dans tous ses travers et ses contradictions. Il était un papa qui pouvait venir nous sortir du pétrin à deux heures du matin un vendredi, mais qu’on pouvait aussi accompagner dans toutes les étapes de sa vie.

Le deuil de Michel Côté sera difficile à faire parce qu’il vieillissait avec charme et grâce devant nous. Il nous a même épargné le dernier droit, plus difficile.

Le génie comique qui n’était pas humoriste

L’autre aspect de Michel Côté dont le Québec va s’ennuyer, c’est son don pour la comédie corporelle. Il avait un talent inné pour faire rire sans même prononcer un mot.

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Jean-Jacques, Gérard, Serge et Patrice, les quatre corniauds de Cruising Bar, vivront avec nous pour aussi longtemps qu’on pourra s’en rappeler. Ils sont une représentation claire de l’homme que personne ne voudrait devenir. Un bozo sans âme, mené par ses instincts reproducteurs.

En donnant quatre visages à cette caricature de masculinité, Côté et son comparse, Robert Ménard, envoyaient un message fort : on peut tous être ce colon quand on oublie les autres pour ne se concentrer que sur ses désirs. Il aura transmis ce message non pas à une génération, mais à deux.

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Côté comptait aussi à son portfolio une participation à six Bye Bye, l’iconique Jean-Lou de La Petite Vie (une représentation culturelle d’époque, peut-être, mais un personnage vibrant et coloré aimé de tous), De Père en Flic, La Vie Après L’Amour et plusieurs autres comédies ayant fait la pluie et le beau temps dans la vie des Québécois.

On perd un gros morceau, aujourd’hui. Michel Côté était le comédien préféré de ma maman, donc j’ai peut-être eu une proximité un tantinet plus grande avec lui que le commun des mortels, mais son départ se fera sentir pendant longtemps. Cette présence, cette stabilité, ces papas orgueilleux qui finissent toujours par entendre raison, ça nous a changé, ne serait-ce qu’un petit peu.

Merci pour tout, monsieur Côté. Merci d’avoir travaillé les consciences et fait évoluer le Québec.