Au revoir et quelques mots

Ceci est mon dernier billet pour le blogue d’Urbania.

Certains d’entre vous l’auront peut-être remarqué, ma rédaction était déjà plus sporadique, depuis quelques semaines. J’ai dû « sécher » quelques vendredis, pour cause de légitime sommeil.

Voyez, je ne sais pas encore ce que je veux faire quand je vais être grande, mais pour l’instant, ma première tâche est d’être une bonne élève. Et pour ça, il faut étudier très fort. Or, un billet par semaine, c’est devenu un peu trop.

Je n’ai pas l’intention d’arrêter d’écrire complètement. Simplement, tant qu’à risquer de sonner un peu « coin de table », je préfère ralentir le rythme et prendre le temps de réfléchir. Quitte à devoir trouver preneur pour mes textes à la pièce. Ça arrive. Je trouverai, j’espère.

Cela étant dit, quelques mots sur les événements qui, au cours des derniers jours, ont créé tout un remous au sein du microcosme (pas si micro, finalement) féministe québécois.

Ainsi, les féministes devraient elles aussi s’entredéchirer, autour de cette histoire de Charte des valeurs. Du moins c’est ce que je retiens du pavé Janette dans la mare déjà houleuse des valeurs québécoises, plus tôt cette semaine.

D’un côté, il y aurait les « bonnes » féministes; celles qui savent préserver « l’héritage ». Les vigilantes, les droites, les vraies. Et de l’autre… les autres. Celles qui, dit-on, ont abdiqué la détermination et l’intransigeance qu’il faut pour continuer à mener de front la lutte pour l’égalité des genres. Celles qui auraient « perdu le cap », en admettant la possibilité que chaque femme puisse vivre son féminisme (comme sa féminité) à sa manière, sans porter préjudice à la cause. Avec toutes les nuances et parfois les contradictions que ça implique.

Pourtant, quand je regarde ces « autres » féministes, ces « mauvaises » féministes, je suis loin d’y voir des signes de nécrose pour le mouvement, mais bien d’adaptabilité et d’expansion. Admettre la possibilité que le féminisme puisse avoir une multitude de visages et de schèmes de représentation, ce n’est pas du renoncement. C’est de la survivance.

Il faut bien sûr un souci de dialogue rigoureux, une bonne dose de réflexion et, oui, une vigilance résolue. Mais des contraintes arbitraires? Nan. Des insultes? Encore moins.

Rappelons que « vigilance » ne doit pas égaler « rectitude ». À mon avis, la vigilance que Janette et ses sbires implorent doit surtout être assez souple et perspicace pour s’adapter aux nouvelles contingences de notre vivre-ensemble; toujours plus diversifié. J’ai horreur de ce terme galvaudé qu’est « le vivre ensemble », mais c’est bien lui qu’il me fallait ici. Enfin. Il ne s’agit pas de baisser la garde; simplement de diversifier les angles d’approche.

Le féminisme ne devrait jamais revêtir un caractère exclusif. Et il est fallacieux de prétendre que toute conviction féministe doit forcément inclure « la laïcité » comme valeur cardinale. Ce qui, d’ailleurs, est absurde en soit. La « laïcité » n’est même pas une valeur. C’est une caractéristique de l’État.

Bien sûr qu’il faut préconiser un État laïc. Le cocktail toxique État-religion a fait trop mal aux femmes pour qu’on l’oublie. Mais qui a parlé d’un imminent rapprochement entre une institution religieuse et l’appareil de l’État? Jamais entendu rien de tel. En attendant, il n’y a absolument aucune raison qui justifie qu’on s’en prenne aux droits d’expression de quiconque, même en se drapant dans « l’héritage féministe ».

Par ailleurs, rappelons que la laïcité étatique n’est pas la négation radicale du religieux, mais bien « le fait de l’État neutre entre les religions, tolérant de tous les cultes*». Le concept clé ici : la tolérance. L’État comme premier vecteur de tolérance [notamment]. Et de grâce, cessez de dire que la tolérance est une lâcheté. Vous savez que c’est malhonnête.

Or, on conviendra que notre gouvernement agit en ce moment comme tout, sauf un promoteur de la tolérance.

Je ne m’étends pas plus longuement, je pense que la meilleure chose qu’on puisse faire pour l’instant, c’est prendre un moment pour réfléchir. Alors bon weekend et à bientôt, j’espère.

* Référence: Micheline MILOT, La laïcité, Montréal, Novalis, 2008, p. 10, citant Émile LITTRÉ, Dictionnaire de la langue française, Paris, Hachette, 1877.

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