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Il fallait écouter l’entrevue que donnait Jean Chrétien à l’émission de Pénélope McQuade hier soir pour apprécier combien les politiciens sont mieux lorsqu’ils ne font plus de politique.
Lorsqu’il était le Premier ministre du Canada, Jean Chrétien était celui qui avait été le bras droit de Trudeau pour orchestrer la nuit des longs couteaux, celui qui nous avait envoyé des autobus d’amour canadien à nos frais la veille d’un référendum pour nous faire voter pour nos Rocheuses, celui qui barricadait la ville de Québec pour inviter ses chums des autres pays à parler de libre-échange, celui qui agrippait littéralement par le cou ses opposants.
Hier soir, sur le plateau de Pénélope McQuade, Jean Chrétien buvait en souvenir de cette incartade gênante un verre de la Shawinigan Handshake, en prenant bien soin de faire, sans amertume aucune, la promotion de la brasserie le Trou du diable qui a immortalisé son geste. Le prétexte : parler du musée qui expose tous les cadeaux que le Premier ministre a reçu lors de son mandat, du bâton de baseball offert par George W. Bush à, on le suppose, des cadeaux moins le fun à montrer à la visite, comme cette statuette en forme d’éléphant offerte par l’Inde.
Quoi qu’il en soit, l’intérêt de cette visite de Jean Chrétien dix ans après avoir quitté la vie politique résidait surtout dans le fait de pouvoir admirer un politicien alors qu’il n’a plus rien à perdre, ni rien à gagner. Le vrai homme quoi. Avec un seul bilan : «je n’ai jamais été battu dans mon comté et j’ai été trois fois majoritaire». Dix ans plus tard, on a le beau rôle : c’est facile, de dire qu’on a dit «non» à la guerre en Irak, qu’on a ratifié le protocole de Kyoto, qu’on a défendu le bois d’œuvre canadien, etc.
J’avais eu le même feeling quand j’ai interviewé Bernard Landry pour le numéro spécial d’Urbania sur Ubisoft : «À l’époque, les gens nous traitaient de communistes [d’offrir autant de crédits d’impôts pour que des entreprises étrangères du jeu vidéo viennent s’installer ici], mais aujourd’hui, le gouvernement de Jean Charest nous copie», disait-il.
Les ex-politiciens ont vraiment quelque chose de cool. Surtout quand on les compare à nos politiciens actuels. Jean Chrétien : Stephen Harper. Bernard Landry : Jean Charest. Y a des périodes comme ça où on reculerait dans le temps, ou on avancerait vite vite jusqu’au prochain politicien.
En même temps, j’ai un peu de sympathie pour ceux qui servent le pays au péril de leur cote d’amour. La politique, c’est dur. On doit défendre ses positions, voir son nom accompagné de slogans injurieux sur des pancartes, endurer sa grosse face en une du journal trop souvent, se faire reprendre sur chaque maudit mot qu’on dit, se retrouver dans une vidéo au ralenti montrant qu’on a de la difficulté à cogner deux couvercles de casseroles ensemble. Tout ça pour un salaire médiocre, soit l’équivalent de plusieurs fois le salaire moyen des Québécois.
Être Jean Charest, je lâcherais tout ça avant qu’il soit trop tard, et je deviendrais le type cool qui fait des jokes de balles de golf en buvant une bière à son nom. En plus, il est bon là-dedans, Jean Charest, les plaisanteries nonchalantes. Être Pauline Marois aussi je lâcherais ça. Un m’ment d’né, ça suffit de se faire traiter de bourgeoise incapable de se rabaisser au peuple, même pour cogner sur des casseroles! L’humiliation, c’est mauvais pour l’acidité gastrique. À voir le Club des ex à RDI, il m’apparait évident qu’être un ex-politicien est beaucoup plus sain qu’être un politicien. Plus zen, plus libre, moins frustré, ou plus fofolle, dans le cas de Liza Frulla.
Mais on dit que la politique est une drogue dure de laquelle il est difficile de se sevrer. À voir Jean Chrétien hier soir ne pas vouloir se retrouver en une du journal pour avoir critiqué le gouvernement Harper, on comprenait que le p’tit gars de Shawinigan avait réussi sa désintox. Et si le p’tit gars de Shawinigan a réussi, vous pouvez, vous aussi, vous défaire de cette vilaine habitude. Go Pauline! Go Jean!
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(Crédit image: Dominic Philibert)
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