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Malgré les avis contraires des passants, un ami de Montréal en vacances décide de monter sur la petite structure de bois pour diriger le tuyau du camion-citerne dans le château d’eau. Juste avant de redescendre, une planche au-dessus de la petite structure lâche sous ses pieds. La chute est brutale. Le sol l’attend trois mètres plus bas.
En vacances en Haïti, un couple d’amis québécois vivait joliment leur petite aventure le mois dernier. Ils ont connu plusieurs péripéties rocambolesques, comme il se doit dans un pays encore pas tout à fait prêt à accueillir les touristes.
Ils ont tout de même pu en tirer des avantages avec des plages souvent désertes et une vue imprenable depuis leur maison sur la mer, les pieds dans l’eau.

La vue depuis leur maison
Les infrastructures sanitaires ne sont pas toujours au rendez-vous, il faut donc remplir le château d’eau avec un camion-citerne.
Le garçon chargé de s’occuper des menus entretiens de cette maison de plage n’était pas encore arrivé.
Mon téléphone sonne.
“Étienne, peux-tu venir maintenant? Il vient d’y avoir un accident.”
La voix inquiète au bout du fil m’indique la gravité de la situation.
Par chance, j’étais chez moi, à trois minutes de là.
Sur place, mon ami est couché au sol, quelques mètres plus loin. Il a pu se déplacer par lui-même, ce qui est un bon signe. S’en suit une course pour trouver un véhicule, ce sera une ambulance, et une planche avec un collet cervical pour le transporter à l’hôpital où l’on pourra faire des rayons X sur sa colonne qui a pris le choc.
Le lendemain, je croise un passant devant la même maison. Il ne comprend pas pourquoi mon ami est monté lui-même sur le château d’eau.
« Il aurait dû payer un jeune 50 gourdes (1,25 $CA) pour lui. »
S’en est suivi une discussion irréelle. J’ai dû expliquer au passant que les étrangers ne sont pas habitués à se faire servir. En Haïti, la vie communautaire et le fait que les familles sont souvent nombreuses, fait en sorte que tout le monde demande des services et de l’aide. Seules les femmes sont probablement plus habituées à être autonomes. Elles font systématiquement le ménage, le lavage et la bouffe, ce qu’un homme ne fait presque jamais (une femme de la haute non plus, d’ailleurs). Mais encore là, même chez les plus pauvres, il y a toujours un cousin, un ami, un jeune voisin pour rendre service et aller au dépanneur ou monter dans la structure de la maison, par exemple.
J’explique donc au passant que les Occidentaux, en particulier les Québécois, font tout eux-mêmes : lavage, ménage, bouffe, jardinage, etc.
La stupeur se lit sur son visage. Mais pourquoi? Sont-ils radins à ce point qu’ils n’engagent personne pour les aider?
En Haïti, pour un étranger ou quelqu’un d’un peu plus aisé que la moyenne (qui n’est déjà pas très haute), ne pas engager quelqu’un pour s’occuper de sa maison est perçu comme un acte avare. Dans un pays où la majorité des gens sont sans emploi, il faut savoir partager. Même dans les familles les plus pauvres, il y a souvent un proche prêt à aider une famille nombreuse dans la maisonnée en échange de repas ou d’autres services.
À l’inverse, l’étranger qui débarque ici tente de reproduire sa situation montréalaise, où il est entièrement autonome. C’est plutôt simple, puisque tout est prévu et sécuritaire à Montréal (ou presque). Un étranger, surtout Blanc, ne veut pas, par exemple, sentir qu’il reproduit une exploitation coloniale en demandant à des gens de faire des choses pour lui.
J’ai dû moi aussi faire appel à quelqu’un pour m’aider dans mon appartement de Port-au-Prince. Comme j’aspire aussi à une certaine autonomie, je me suis quand même procuré une laveuse. J’ai lui ai donc trouvé d’autres tâches que le lavage, en plus du nettoyage, pour compléter 2 jours par semaine. Je lui fais faire des jus frais pour la semaine. J’y gagne en vitamine, et lui garde son petit boulot.
Mon ami a finalement eu plus de peur que de mal. Deux fractures mineures de la colonne. Il a quand même dû rentrer deux jours plus tôt que prévu à Montréal pour refaire les scans.
Twitter: etiennecp