Allo Vero ! Bye Vero ?

Vie et mort d'un réseau social.

Alors voilà, Vero a une app. Ou Vero avait une app? On va vous sauver du temps et une pointe d’humiliation : la Vero en question n’est pas animatrice, c’est un réseau social. Rien à voir avec Votre beau programme. Et on dit Vero tout court.

Nouveau? Pas vraiment non plus. Le réseau social qui, essentiellement, se veut une réponse à Instagram, Facebook, YouTube et autres, existe depuis 2015 mais se terrait, jusqu’à tout récemment, dans les bas-fonds du Apple Store. Son ascension tout aussi inattendue que fulgurante jusqu’au premier rang des applications les plus téléchargées a attiré l’attention de pas mal de monde ces derniers jours.

Vero se targue d’être un vrai réseau social (d’ailleurs, vero veut dire « vérité » en espéranto), sans pub, avec un algorithme minimaliste qui revient à l’ordre chronologique. On peut notamment y partager des photos, mais aussi donner son avis sur un film ou un groupe de musique. Gratuit pour le premier million d’abonnés, payant pour les suivants, les early adopters ont pourtant vite déchanté. Si on en croit le mouvement #deletevero déjà en marche, la nouvelle coqueluche n’aura pas fait long feu. 

Yep. Déjà. The End. 

C’est ce tread, maintes fois cité, qui a parti le bal en dévoilant des trucs pas nets dans l’organisation. On y apprend entre autres que l’équipe de développeur est très mâle (une app de 2015, mais des pratiques de 1915 faut croire) et surtout on y déterre un article de 2016 qui expose le passé trouble de l’entreprise familiale de l’un des fondateurs, Ayman Hariri.

Fils milliardaire de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri, il a été à la tête de Saudi Oger, une entreprise qui a fait des affaires d’or en Arabie Saoudite dans le domaine de la construction, avant de connaître des difficultés financières qui ont laissé plusieurs employés sur leur faim. Et quand on dit « sur leur faim », ce n’est pas une figure de style. Plusieurs milliers de travailleurs migrants embauchés par Saudi Oger ont été laissés sans salaire, dans des conditions misérables : entassé dans des camps, à 6-8 par chambres (plus, si on compte les coquerelles), sans accès à des soins médicaux ou à l’électricité. Dans un communiqué, les porte-paroles de Vero ont indiqué qu’Ayman Hariri avait quitté ses fonctions au moment des faits, mais notons l’ironie quand on sait que Vero s’affiche depuis sa fondation comme un réseau social cherchant à humaniser les relations en ligne… pour le IRL, bah est-ce vraiment nécessaire?

S’ajoutent à ces « légers détails » d’innombrables pépins techniques.

Et comme si ce n’était pas assez, les utilisateurs souhaitant se désabonner doivent demander la permission. Oui, demander la permission, ce qui nous rappelle les « Maman, est-ce que je peux aller dormir chez Marco ce soir? » dont on pensait être débarrassé. Activer le bouton « supprimer » de l’app nous amène vers un écran qui certifie que la « demande » a été envoyée au personnel de Vero et qu’une réponse sera envoyée sous peu. Est-ce une app ou une maladie résistante aux antibiotiques? À ce stade-ci, ce n’est plus tout à fait clair.

Pour un réseau social qui voulait révolutionner le genre, on repassera.

Bref, Vero qui est déserté en masse, est sur le respirateur artificiel.

Mais si vous y tenez et qu’un nécrophile dort en vous, sachez que l’offre d’abonnement gratuit a été prolongée.

Bonne chance avec ça.

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