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Agenda et funérailles

10 mars 2015
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Ces temps-ci dans ma vie il y a de plus en plus de gens que je connais qui décèdent. C’est normal parce que je connais de plus en plus de personnes pis elles vivent toutes dans le sens des aiguilles du monde.

C’est juste une histoire d’usure pis de proportionnalité démographique. Les gens meurent. Comme mon grand-père la semaine dernière.

Eille pourtant j’aime l’absurde. C’est mon genre préféré toutes sphères de création confondues. Les moments inattendus, les phrases inédites, les cadavres exquis, les scénarios qui défient la logique, les sens contraires à la raison. J’adore ça. Parce que les affaires que je comprends, ça m’ennuie vite.

Cependant, aussi énigmatique qu’elle puisse être, je n’aime (évidemment) pas la mort malgré qu’elle n’aie aucun sens. En tout cas, pas sur le plan rationnel. Sur le plan spirituel, c’est plus difficile à savoir. Sur le plan biologique, paraît que c’est facile à comprendre, mais je suis poche en bio.

Fait que je comprends pas la mort et encore moins les conventions de recueillement qui s’ensuivent, les vieilles traditions d’au revoir et cetera.

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Les funérailles de grand-p’pa tombaient mal. Parce que la mort a été fidèle au style auquel elle appartient, l’absurde, et elle a été imprévisible.

Suis-je sans cœur de même avoir eu le réflexe de jeter un coup d’œil à mon agenda, afin de vérifier si ses funérailles allaient contrecarrer mes plans?

C’est-tu grave de pas aller aux funérailles de quelqu’un qu’on aime?

Je pense pas. En tout cas, moins grave (et hypocrite) que d’aller à des funérailles de quelqu’un qu’on aime pas (et pourtant)…

J’avais deux rendez-vous de planifiés dans mon autre réalité montréalaise, à quelque quatre heures de route de ses obsèques.

C’est pas facile hiérarchiser l’importance des rendez-vous quand il y a «funérailles» dans l’équation. Il paraît que ça prime sur tout, mais je me suis quand même interrogé sur ma présence là-bas.

L’instinct a été de vouloir annuler ma présence à ce jury où j’étais attendu, et d’essayer de remettre à plus tard ma première rencontre dans ma nouvelle coopérative. Mais j’ai quand même douté.

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Pourquoi? Je suis pourtant un être extrêmement empathique, mais aussi un peu rationnel. Le conflit d’horaire se situait entre deux règnes, celui du passé et du futur. J’avais le choix entre répondre à mes engagements concrets, ou aller sécher mes pleurs autour de gens qui se serrent tristement la pince.

On m’a encouragé à me rendre à sa tombe quand même :

«C’est l’occasion de lui dire un dernier au revoir» – Depuis un an, chaque fois que je lui rends visite, je me disais que ce «salut là» pourrait bien être l’ultime bebye, en raison de son état de santé. Je lui ai dit au revoir une dernière fois vingt fois ces derniers mois.

«C’est le moment d’être avec tes proches» – Je pourrais très bien être avec la famille le lendemain. Dans le fond, au-delà de toute sa symbolique, les funérailles c’est toujours ben juste un moment précis dans l’espace-temps. Les gens vont encore avoir de la peine le mardi. Les souvenirs à partager ne se seront pas périmés en 24 heures.

Malgré les excuses que mon conscient ou mon subconscient fabriquait (j’ai pas encore décidé sur qui jeter la faute), j’ai décidé d’y aller pareil. En dépit de l’odeur fade et persistante des fleurs trop nombreuses au salon funéraire.

Malgré mon esprit pas méga évangélique.

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Devant cette masse anonyme qui défilait devant moi et qui n’avait en point commun qu’une certaine compassion dans les yeux et une poignée de main ferme à m’offrir, j’ai exhumé un bien-être que je ne pensais pas retrouver.

Dans ces heures passées à n’avoir rien de mieux à faire que d’échantillonner un ratio statistique des gens qui présentent «leurs sympathies» versus «leurs condoléances» (environ 10:1, pour votre information) j’ai ressenti une bien étrange plénitude, même si exaspéré de réciter ma mini biographie à des inconnus une trentaine de fois.

En marge des prières presque inaudibles, j’ai surtout été touché par toutes ces personnes qui venaient témoigner que la présence de mon grand-père leur avait été chère. J’ai finalement vu que des funérailles, c’est la célébration de la vie, en fin de compte. D’une vie qui se termine, mais d’une maudite belle vie bien chargée.

Parce que mon grand-père travaillait tout le temps. Mais y manquait jamais de maudites funérailles.

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