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Une pancarte « À vendre » est plantée devant la jolie maison de Serge Bourret, à Saint-Bruno-de-Montarville. Il ne s’agit pas d’un déménagement comme un autre : Serge vend sa demeure pour « financer [sa] vie ».
Cet informaticien de 62 ans a économisé toute sa carrière pour sa retraite, pour laquelle il avait de grands projets de voyage. Mais, en mai 2025, à peine six mois après avoir accroché son portable, le verdict tombe : il est atteint d’un glioblastome multiforme de grade 4, une tumeur au cerveau cancéreuse et agressive.
Avec le diagnostic vient le pronostic, implacable : la médiane de survie se situe à 14,6 mois, selon la Fondation canadienne des tumeurs cérébrales.
Mais Serge Bourret fait une découverte porteuse d’espoir : le casque médical Optune, approuvé par Santé Canada depuis 2022, pourrait prolonger sa vie. Seul hic : le dispositif, dont le prix s’élève à 31 000 $ par mois, incluant les taxes, n’est pas couvert par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ).
C’est l’« outrance » pour lui.
Pendant six mois, Serge cogne à toutes les portes : gouvernement, assurances, fabricant. Il finit par se rendre à l’évidence : il devra lui-même s’acheter du temps.
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« C’est l’équivalent de s’acheter une petite voiture tous les mois que je mets sur ma tête », illustre l’adepte de sport et de plein air, assis dans sa cour arrière.
Depuis son diagnostic, Serge a subi une opération pour retirer une masse de la taille d’une balle de golf de son crâne, ainsi que des traitements de radiothérapie et de chimiothérapie.
Aujourd’hui, il porte le casque Optune 90 % du temps et traîne toujours sa batterie de huit livres en bandoulière. « C’est relativement contraignant, mais on finit par s’y habituer », sourit-il.
Les électrodes qui composent le dispositif génèrent des champs électriques, appelés champs de traitement des tumeurs (TTFields), qui s’attaquent aux cellules cancéreuses. Le dispositif doit être combiné à d’autres traitements (chirurgies, chimiothérapie, radiothérapie). Les chances de survie cinq ans après le diagnostic passent de 5 % sans le casque et à 13 % avec celui-ci, selon une étude menée dans 14 pays, dont le Canada.
En février dernier, la Colombie-Britannique est devenue la première province canadienne à offrir une couverture pour la thérapie TTFields aux patients atteints de glioblastome admissibles. Mais au Québec, Serge attend toujours.
Pour financer le casque, Serge Bourret a vidé son régime enregistré d’épargne-retraite (REER). Une campagne de sociofinancement lui a aussi permis d’amasser un peu plus de 20 000 $, somme qui ne finance même pas un mois de traitement.
Bientôt, il quittera sa grande maison et sa piscine creusée pour un petit condo. Mais tout ça lui importe peu. « Ce que ça me prend, à la fin de la journée, c’est un toit pour dormir. C’est tout », estime-t-il.
« S’il faut faire des sacrifices pour augmenter mon espérance de vie et maximiser le nombre de mois ou peut-être d’années que je vais pouvoir encore vivre sur Terre, c’est ça qui est important. Le reste a complètement perdu son importance. »
Lorsqu’on lui demande ce qui a changé depuis son diagnostic, Serge répond : tout. « Plus rien n’est important. L’argent, les biens matériels, ça n’a pas d’importance. Ce qui est important, c’est de vivre des moments plaisants avec les gens que l’on aime. »
Face à la maladie, poursuit-il, « il y a des choses qui deviennent prioritaires ». Même s’il n’a jamais voulu se marier, Serge a épousé sa conjointe, Nancy Lamontagne, deux jours après la fin de son traitement de chimiothérapie, lors d’une belle journée de juillet. La maladie l’a aussi beaucoup rapproché de son fils.
Aventurier dans l’âme, Serge s’est longtemps projeté dans l’avenir. Après sa retraite, il se disait qu’il ferait ceci ou cela. Il a bien mangé, fait de l’exercice, n’a pas fumé, pensant pouvoir se rendre à 95 ans.
Mais sa relation au temps a complètement changé depuis le diagnostic de mai dernier.
« C’est rendu qu’un mois, c’est beaucoup de journées », dit-il, un sourire en coin. « Les moments sont comptés, maintenant. »
Quand il pense que l’Univers a 14 milliards d’années et la Terre, 4,5 milliards, il estime que la vie d’un humain n’est qu’un « clin d’œil » dans l’espace-temps.
« Maintenant, mon clin d’œil achève », dit-il. « Il n’y a plus rien qui est remis à plus tard. Si je veux le faire, c’est maintenant, parce que demain n’est pas garanti, malheureusement. »
Le sexagénaire continue malgré tout ses deux grandes batailles avec force : celle contre le cancer, et celle contre le gouvernement du Québec.
Le 10 février dernier, Serge était accompagné de quelques dizaines de personnes pour manifester devant les bureaux de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) et du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) pour réclamer que son traitement soit couvert par l’État.
Il avait un message clair à faire passer : « Ne regardez pas juste vos fichiers Excel pour savoir si ça répond aux critères de financement du gouvernement, mais regardez également les gens à qui vous dites non. C’est nous ! »
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