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Acheter du rince-crème et vivre la grande vie

5 décembre 2013
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De ce temps-là, je regarde peu la télé. Et c’est même pas un choix de hippie ou un prétexte pour relire « Juillet ». J’ai juste pas le temps.

Encore la coucou qui accepte trop de mandats. Trop de travail. Pas assez d’Auberge du chien noir.
OU SI PEU.

Mais cette semaine, j’ai émergé. Je me suis même coiffée, j’en revenais pas moi-même. Ça, ça voulait dire que j’avais quelque chose de précieux: du temps (et une sapristi de belle ponytail avec une tresse et plein de bobépines. Un gala capillaire). Et j’avais même pas de sortie. J’avais juste envie d’être appétissante, comme ça, seule dans mon 3 ½. Puis j’ai allumé la télé. Bon. Imaginez-moi pas en talons hauts avec ma robe à cerceau. Je m’étais juste PEIGNÉE. C’était un événement en soi.

Et c’est en syntonisant mon émission à suspense pref du mardi soir *où les petites filles disparaissent et les quinquagénaires se sentent sexées* que j’ai eu une épiphanie. Je savais déjà que Gilles Renaud pouvait acter désarroi et parkinson avec la précision d’un sextant, mais j’ignorais que le meilleur me serait livré dans la pause commerciale.

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La pub semble rouler depuis quelques semaines.
Mais ce n’est que mardi que je l’ai ouïe pour la toute première fois en crachant mon crème soda: une jeune dame achète des pots de crème de telle marque chez Uniprix et au moment où elle agrippe les produits avec la fébrilité d’une jeune dame qui a jamais vu de pots de crème de sa sainte vie, des kodaks surgissent de toutes parts et une comédienne sort de l’allée de l’hygiène féminine pour lui annoncer qu’elle court la chance de fouler LE TAPIS ROUGE DU FESTIVAL DE CANNES GRÂCE À SES POTS DE CRÈME:

« Être invitée au Festival de Cannes, ça aussi, ça fait du bien »

Un instant. Oune momento.

Si j’achète ces produits-là, je gagne pas un frisbee. Ni un sac de plage avec huit primes que je sortirai jamais de leur cellophane. Non. Parce qu’en tant que cliente de cette pharmacie de prestige, je mérite mieux. Je mérite LA GRANDE VIE. C’est pourquoi je risque à tout moment d’être catapultée sur le tapis rouge le plus intimidant de toute l’histoire des carpettes, entre Isabelle Adjani et Georges Clooney, dans ma strapless que je passerai mon temps à remonter parce que j’aurai l’impression d’avoir les seins «taille basse» à force de suer dans ma brassière, petits pieds par en-dedans et sourire oblique pour TOUS CES JOURNALISTES INTRIGUÉS PAR MA PRÉSENCE qui se rueront sur moi, mystérieuse Amazone du red carpet, pour me demander pour quelle production suis-je diable venue déployer tant de splendeurs.

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Et c’est à cet instant précis que, tête haute et mamelons pointant vers le nord, je leur répondrai sans hésiter : « Oh, I just bought a bouteille de rince-crème ».

II n’en faudra pas plus pour que la Paramount se rue sur mes atours.
Je signerai des contrats. On érigera mon portrait au Louvre. Je pondrai mes œufs sur la Côte d’Azur.
SUR KEVIN SPACEY.

J’aurai tant de choses à raconter à mes chums de filles à mon retour. J’aurai vécu une si belle expérience et on se sera si bien occupé de moi. Ce sera fantastique.

Et à jamais je chérirai ce cliché qu’un hélicoptère aura croqué sur le vif de moi, la mystérieuse, au moment où le tout Cannes posait ses yeux sur ma chute de reins et redécouvrait le sens du mot dignité.


Uniprix
, ça fait du bien en tabarli.

La bise.

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