À tous ceux et celles qui ont un tatouage laid

Comment survivre à une erreur de jeunesse

C’est l’été. Il fait chaud. Pour éviter de fondre au soleil, on a envie de montrer plus de peau. Mais que faire si notre épiderme est recouvert d’un souvenir douteux de notre passé?

Une décision mineure

J’ai pris la décision d’avoir mon premier (et dernier) tatouage à l’âge de 16 ans. Évidemment que mon tatouage est laid. J’ai laissé moi, aka un enfant de 16 ans, me faire marquer la peau pour la vie. Aujourd’hui, je ne laisserais même pas un enfant de 16 ans choisir le fond d’écran de mon iPhone.

L’affaire, c’est qu’à 16 ans, tu ne le sais pas que t’as juste 16 ans. Je me disais qu’au pire, j’allais endurer ma décision jusqu’à ce que je meure de vieillesse à l’âge de 28 ans.

Je me disais qu’au pire, j’allais endurer ma décision jusqu’à ce que je meure de vieillesse à l’âge de 28 ans.

Je me suis fait tatouer en l’an 2000. Avant la chute des deux tours, il n’y avait que deux sortes de personnes qui avaient des tatous : les motards et les danseuses. Et l’un tatouait l’autre.

Bien des choses ont changé depuis le 11 septembre, mais c’est encore possible pour un mineur de se faire tatouer sans la présence d’un adulte, et ce, dans un monde où il faut encore une autorisation écrite de ses parents pour aller au musée avec l’école.

Au salon de tatouage

Je me souviens être entré dans le moyennement chic salon de tatouage d’un quartier moyennement chic de la ville de Longueuil en portant, sans doute, une chemise avec un dragon dessus. Il y avait un catalogue avec tous les designs. C’était ainsi qu’on magasinait nos tatouages à l’époque où on pouvait encore fumer à l’intérieur.

Sans #inklife sur Instagram pour m’inspirer, j’ai choisi mon illustration dans la même batch que tous les tatoués de la ville. J’ai eu quelque chose d’unique. On doit être une centaine sur la Rive-Sud à l’avoir.

Et là, j’ai vu dans le coin d’une page une panthère qui n’était pas menaçante. Différentes des autres.

Une page du cahier était recouverte de panthères super menaçantes. Elles montraient leurs griffes. Certaines proposaient des illusions d’optique d’encres rouges pour simuler du sang qui coule du chest du gribouillé . Il y en avait même une qui montrait fièrement le drapeau des États-Unis, confortablement installée dans un tank. Et elle avait deux bazookas. Dans chaque patte. Même celles en arrière.

Et là, j’ai vu dans le coin d’une page une panthère qui n’était pas menaçante. Différentes des autres. Celle-là:

Quelques heures et 70 $ cash en moins plus tard

La signification de mon tatouage, c’est que t’es pas obligé de faire comme tous les autres. Aaaaaark-e!

Un peu plus et je me faisais tatouer la phrase «Ramasse ta chambre.»

Il y a-tu de quoi de plus « J’ai 16 ans et j’ai compris la vie » que « T’es pas obligé de faire comme les autres »? C’est une variation de « Si tes amis se lancent en bas du pont, vas-tu te lancer toi aussi? » J’ai 16 ans. Je suis un ado. Je veux me rebeller et je me suis fait tatouer ce que ma mère me dit quand elle me chicane. Un peu plus et je me faisais tatouer la phrase « Ramasse ta chambre. » (mais en signe chinois évidemment, comme c’était la mode à l’époque).

Je ne comprends pas pourquoi j’ai fait ça. J’étais un gros nerd. J’étais tellement pas cool que mon idée de ce qui est cool, c’était une panthère avec des lunettes fumées, un bandeau rose et des cheveux verts. Elle a l’air de dire « Radical mec! »

Comment survivre à la honte

De ce tatouage douteux, je retiens toutefois une chose, un message d’espoir que je vous lance à mon tour. À tous les avant-bras qui ont des tatouages noirs devenus verts, à toutes chevilles enroulées de barbelés, à toutes les poitrines habitées par des pattes de chats, à tous les cous arborant des signes tribaux, à tous les bas de dos avec un tramp stamp : tout le monde s’en crisse.

Exhibez vos tatouages. Ils font partie de votre passé, de vous. Ils vous collent à la peau.

Les gens sont trop occupés à gérer leurs propres personnes pour se moquer de nos gribouillis niaiseux et insignifiants. Au pire du pire, je réponds simplement « Ouan ben j’avais 16 ans.

Ils comprennent. Ils saisissent que c’est l’oeuvre d’un ado qui pensait que le meilleur groupe dans toute l’histoire du rock, c’était Limp Bizkit.

Exhibez vos tatouages. Ils font partie de votre passé, de vous. Ils vous collent à la peau. Littéralement. Nous-mêmes, on ne les voit plus et les autres ne les voient pas non plus parce qu’on occupe un faible pourcentage de leur champ de vision. Profitez du soleil. Vous couvrirez vos tatouages lorsque la neige tombera.

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