À la rencontre des street artists montréalais : Sandra Chevrier

Originaire de Rosemère dans les Laurentides, Sandra Chevrier s’est installée à Montréal il y a 8 ans. Bachelière en Arts visuels et médiatiques de l’UQAM, l’artiste de 32 ans se souvient avoir très tôt été attirée par la création. « Petite, dans les fêtes de famille, quand tout le monde était autour de la table à jouer aux cartes, j’étais avec ma tante dans mon petit coin, à dessiner et faire des bricolages. Plus tard, à l’école on me réprimandait de dessiner sur les pupitres. Je niais la chose, mais les professeurs disaient que je ne pouvais être que la seule coupable, car selon eux, j’étais la seule élève à savoir si bien dessiner. »

Sandra Chevrier se décrit comme une « collectionneuse de regards, une chasseuse d’idées et une mère à temps plein. »

Révélée au monde entier grâce aux réseaux sociaux, Sandra Chevrier est surtout connue aujourd’hui pour sa série des « Cages Super-Héros », ces portraits de femmes auxquels elle ajoute des images de comic books, à travers de subtils mélanges de collages et de peinture.

« Si les superhéros tombent et se relèvent, alors nous devrions nous aussi accepter nos faiblesses et garder courage face à l’épreuve. Réalisons que nous sommes humains », dit-elle. Sandra Chevrier peint essentiellement dans son studio, à la maison, même s’il lui arrive aussi de faire des murales, comme récemment à Stavanger en Norvège, dans le cadre du Nuart Festival. Ses œuvres viennent d’être exposées à Hong Kong, et elle prépare une nouvelle exposition à la Think Space Gallery de Los Angeles pour le mois d’octobre.

Entre temps, Sandra Chevrier fera aussi partie, dans quelques semaines à New York, de l’exposition No Commission, dont le commissaire n’est autre que Swizz Beatz. Le producteur de hip-hop et son épouse, la chanteuse Alicia Keys, comptent parmi les plus grands fans de l’artiste montréalaise. Même si elle n’a « jamais osé rêver à une carrière internationale », son travail est maintenant reconnu partout à travers le monde.

LA CAGE BORDÉE DE FLEURS ROUGES

« C’est arrivé par accident au cours d’une journée grise. J’étais à la maison avec mon fiston et on s’est installé pour faire des bricolages. Pour ses tableaux, je lui garde mes vieux pinceaux. J’ai eu l’idée pendant qu’il s’adonnait à ses élans créatifs de ressortir de vieilles esquisses, des portraits. J’ai pris un pinceau un peu moche et j’ai étalé avec des gestes saccadés et instinctifs de la peinture sur certaines parties du visage. Tout de suite, j’ai trouvé que le résultat était assez fort. Premièrement, pour le côté brut venant faire la guerre au côté très appliqué et illustratif du portrait. Mais aussi parce que j’y voyais un masque derrière lequel nous nous cachons; comme une prison, une cage dans laquelle nous vivons tous. Cette série des Cages résulte de beaucoup d’expérimentations, d’explorations de matières et est aussi souvent le résultat d’accident ou du hasard. »

LA CAGE OÙ LES GENS PLEURENT

« Un an après avoir travaillé sur ‘La cage bordée de fleurs rouges’, j’avais envie d’emmener l’idée un peu plus loin, mais j’étais bloquée. J’avais eu l’idée, à cette période, de me lancer dans un projet DIY (Do It Yourself) qui était de recouvrir un meuble à tiroirs IKEA avec des comic books que j’avais trouvés au marché aux puces. Merci à IKEA pour la piètre qualité de leur meuble, car celui-ci s’est brisé juste avant que je mette à exécution le projet. J’avais donc sous la main des comic books et les pièces du «casse-tête» se sont assemblées. En plus d’emmener une dynamique pop-art, le message devenait encore plus fort et plus précis. »

LA CAGE, JE RESTERAI EN VIE

« La série des ‘Cages Super-Héros’ s’articule autour de la quête de liberté identitaire de la femme contemporaine. Une réalité où le rôle de la femme est préconçu et où celle-ci se doit d’être à la fois aimante, passionnée et travailleuse, tout en respectant les diktats que la société dans laquelle elle évolue lui impose. »

LA CAGE ET LE DRAPEAU DÉCHU

« Ce que j’ai découvert dans les comic books est que malgré tout le côté ludique de la chose et le côté ‘POW BING BAM’ de la chose, les super héros aussi sont fragiles. Superman perd sa bataille contre Doomsday, l’image de sa cape rouge en lambeaux plantée au sol comme un drapeau déchu est d’une beauté et d’une puissance. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. »

CRASH BAM POW

« Après quelques esquisses préparatoires, je transpose sur canevas mes personnages mélancoliques et énigmatiques. Ces portraits sont muselés par des masques graphiques extraits de bandes dessinées américaines, ce mimétisme symbolise ces prisons sociales où elles cachent leur véritable identité. Mes œuvres font se confronter le dynamisme tiré des onomatopées, des couleurs vives et de la victoire face à la grisaille de la défaite et de l’émouvante fragilité du Héros. »

LA CAGE ET LE SON DU TAMBOUR & LA CAGE ET LE MASQUE DE PAPIER

« Je suis dans une période où j’ai envie de pousser cette série plus loin, expérimenter, explorer, approfondir le sujet et l’exploiter jusqu’à sa fin. Travailler avec différentes matières, le bois, l’aluminium, le papier, le canevas, les formes, la gravure… J’ai l’impression que tout ceci ne fait que commencer. »

La fondation romeo’s ayant pour mission de préserver, promouvoir et démocratiser l’art et la culture urbaine, URBANIA vous proposera, à travers une série de billets, de découvrir les meilleurs street artists québécois.

romeo’s gin est une eau-de-vie fraîche et inspirante, aux multiples visages, reflétant la créativité montréalaise.

Pour lire le compte-rendu de la rencontre avec Starchild Stela, c’est ICI.

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