À lire pendant les Fêtes (mais ça fait aussi de beaux cadeaux)

Les Libraires nous font leurs suggestions.

En manque d’inspiration pour vos lectures des Fêtes? Besoin de décrocher des écrans? La liste de cadeaux de votre frère se résume à « un livre » et quand vous lui avez demandé « quel genre? » il vous a répondu, à votre plus grand désespoir, « surprend-moi »? La gang de la coopérative des Librairies indépendantes du Québec, a.k.a. Les Libraires, s’est mis au travail et vous propose trois livres qui valent le détour. Comme dirait le libraire Philippe Fortin : Lisez-moi ça!

Voyage aux confins de l’esprit

Michael Pollan (Édito)

Et si après la législation du cannabis venait celle des drogues hallucinogènes? En lisant le dernier ouvrage du journaliste scientifique Michael Pollan, on a envie de se dire : pourquoi pas? Le livre se présente comme un large recensement de l’utilisation clinique et thérapeutique du LSD et de la psilocybine (alcaloïde présent chez certains types de champignons, autrement dit, la substance qui buzz) dans le monde occidental. La première partie du livre retrace la genèse des deux composés magiques, de leur découverte en laboratoire jusqu’aux nombreuses expériences médicales effectuées dans la deuxième moitié du XXe siècle, relatant comment les drogues psychédéliques ont la capacité de guérir l’anxiété, la peur, la dépendance et la dépression tout en permettant d’expérimenter des états de conscience transcendantale. De quoi satisfaire autant les esprits scientifiques que les mystiques plus flyés. Pollan nous confirme donc que nous assistons présentement à une espèce de renaissance du monde psychédélique. Le phénomène du « chamanisme en blouse blanche » est à nos portes. SQLSD, see you soon! D’ici là, je vous souhaite quand même un bon voyage.

Laurence Primeau, de la Librairie Poirier (Trois-Rivières)

Les trois modes de conservation des viandes

Maxime Olivier Moutier (Marchand de feuilles)

À une époque pas si lointaine, et je parle ici d’aussi peu loin que 2006, avoir des enfants ne revêtait pas encore ce caractère calamiteux conférant à la parentalité une aura d’abnégation forcée appelant de ses privations tout un lot de compensations aussi pitoyables qu’apitoyées. N’en déplaise aux tenancières et tenanciers de l’écœurantite décomplexée, promoteurs de ces déculpabilisations modernes à qui il ferait bon rappeler que nul enfant n’a jamais demandé à venir au monde, le vin parental se buvait alors en famille, et la lie de ses coupes ne devait son amertume occasionnelle qu’à l’abus de sulfites dont se rendaient coupables les vignerons de seconde zone embouteillant sans vergogne des jus inconstants quoique généralement corrects. La vie, somme toute, était plus belle, donc, et les romans de Maxime Olivier Moutier, meilleurs, à commencer par lors son dernier né : Les trois modes de conservation des viandes. Hymne à la fébrilité qu’engendre le fait d’engendrer, ce roman très tendre inventorie passionnément fulgurances émues, lucidités crues et miscellanées familiales significatives. Un livre plein d’élan que l’on sent écrit avec beaucoup de cœur et de sincérité. Lisez-moi ça!  

Philippe Fortin, de la Librairie Marie-Laura (Jonquière)

Last Exit to Brooklyn
Hubert Selby Jr. (10-18)

Last Exit to Brooklyn, c’est d’abord Hubert « Cubby » Selby Jr. L’anti-auteur par excellence, personnage romanesque malgré lui. Une poignée de récits qui pourraient bien avoir foutu en l’air la définition même de la littérature moderne. Une jeunesse ouvrière, marine marchande à 15 ans, tuberculose à 18. Quatre années d’hôpital, un bout de poumon en moins, une santé à jamais chancelante, et la rage. De sur-vivre, faire quelque chose. L’écriture donc, accidentelle, évidente. Frénétique forcément, venue au sens propre d’entre les morts. Selby y tisse un langage, un rythme. Celui de l’urbanité, des caniveaux, de la crasse et du bitume, des losers grandioses et autres camés homériques. Une faune de l’asphalte qui a trouvé là son plus méticuleux scribe, lequel immerge en plein le lecteur dans les vapeurs d’un Brooklyn palpable, grouillant de vie, de dope, de pimps et de verre brisé. La censure en fit le procès d’une œuvre « obscène », « pornographique » même.

On imagine bien en effet à quel point ces quelque 320 pages ont pu décoiffer sévèrement quelques adeptes du bon goût littéraire, tant l’objet est encore, cinquante ans plus tard, d’une foutue puissance évocatrice.

Adam Lehmann, de la Librairie Pantoute (Québec)

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