On est où?

6 raisons de ne pas aller (ou d’aller) en Basse-Californie

Chronique d'un (pas si vieux) camper van.

Avec les chroniques d’un (pas si vieux) « camper van », Mélanie Leblanc vous emmène sur la route, la vraie. Des chemins sans filtre Instagram, pas toujours glam, souvent bordéliques, mais ô combien divertissants. À bord de John Mel & Camper, son truck de 21 ans (pas de rouille, pas de trou), c’est un départ vers la liberté… et le chaos.

Si tu ne te crées pas d’attente, tu ne seras pas déçue. Cette maxime je me la répète depuis que je suis en âge de la comprendre. Depuis toujours, je vis maintenant et tout de suite. J’ai 11 ans et on part pour la Floride demain, premier voyage en avion pis toute. Dans mon lit, ma mère vient me border : « as-tu hâte à demain ? » et j’avais répondu « je sais que je dois dire oui, mais non je n’ai pas hâte. S’il arrive quelque chose et qu’on ne peut pas partir, je ne serai pas déçue ». C’était pas la réponse attendue, mais j’y peux rien. TOUS les vaners rencontrés, sans exception,  nous ont vanté Baja California, même qu’un nous a dit : « vous allez tellement le regretter si vous n’y allez pas ». En même temps, ça veut dire quoi ?  Et comment savoir ? Le regretter quand ? La fois où j’y mettrai les pieds ? Et si j’y vais jamais, comment je vais faire pour le regretter ? Bref, on a suivi le trajet classique (on a beau dire qu’on est libres de notre itinéraire en van, mais on est tous sur les mêmes applications pour trouver des spots où dormir,  c’est un peu comme traîner un Lonely Planet en suivant toutes les recommandations).

Mais parfois, il faut dire les vraies choses. Certains seront ravis et trouveront là la description du bonheur, mais pour d’autres ce sera l’incarnation même du cauchemar. À vous de voir. Dans l’ensemble, la Basse-Californie c’est pas pour toi, si :

1) TU ES ALLERGIQUE AUX CACTUS

C’est ce qui frappe en premier lieu ici. Le désert, les cactus, mais aussi les montagnes et les champs de fleurs! La diversité du paysage est grandiose. Le décor change fréquemment, plus tu roules en Baja. Les montagnes laissent place au désert, qui laisse place à la mer. Il y a quelque chose de surréaliste d’assister au spectacle de la nature : l’extrême sécheresse du maquis côtoyant l’océan. En zone désertique, on dirait qu’on peut voir à des kilomètres à la ronde. On a aussi croisé un serpent, deux bébés scorpions, un roadrunner bipbip et un coyote, mais il ne courait pas après le roadrunner bipbip.

2) TU NE JURES QUE PAR DES AUTOROUTES À 4 VOIES

La Baja est une longue péninsule étroite sillonnée par une seule autoroute, la plupart du temps à une seule voie. La bonne nouvelle c’est qu’on ne peut pas se perdre. Je ne suis pas l’inventrice du GPS, mais selon mon constat, la 1 va d’est en ouest et du nord au sud. « Je prends quelle sortie ? » « Suis la 1 Ouest et après tu vas tourner à droite sur la 1 Sud ». Oui, j’ai dit ça souvent, ben accrochée à mon Google maps. Non, moi non plus j’ai pas trop compris ! La 1 étant si peu large, les fois où on croisait des mégas vans, j’ai un peu eu peur à mes rétroviseurs.

3) TU VEUX PRATIQUER TON ESPAGNOL

Les véhicules immatriculés « Californie » abondent, les prix (chers) sur les menus sont en US et pratiquement tout le monde parle anglais. « Oui, mais t’es en Basse-Californie. Ca-li-for-nie, ça le dit, non ? » Oui, mais non. On est encore au Mexique, ça fout un petit choc culturel. Ça et se faire prendre pour des Étatsuniens. GROS choc culturel. On est caucasien, donc forcément Étatsuniens, non ? « Cheetos face is not my President, I’m Canadian from Québec ». Jamais autant plogué « Canadian » de ma vie.

4) TU PENSES CROISER JUSTIN TIMBERLAKE

Avant d’entreprendre le plus grand voyage de ma vie, je ne connaissais de la Basse-Californie que ce qu’on publie dans les US Weekly et In touch de ce monde. Les potins des stars internationales pullulent de « Los Cabos » ceci et « Los Cabos » cela. Je ne m’attendais pas à m’enfarger dans une robe de Lady Gaga à tous les coins de rue, mais force est d’admettre que Los Cabos, c’est une infime partie de Baja et j’ai eu beau dévisager toutes les wannabe stars camouflées sous des casquettes et grosses lunettes, j’ai pas vu personne. Ni de voiture de luxe ni de bouteille de champagne exploser. Bon, ok, faut dire qu’on dormait gratuitement sur des plages pas très ISO Kardashian.

5) SI T’ES PAS TROP AVENTURIER

« Sauvage » est le premier mot qui vient en tête ici. On peut rouler des heures sans voir signe de civilisation, donc sans voir de station d’essence, donc achète-toi une jerrican et remplie-la avant de partir. Ça faisait 18 000 km et quatre mois qu’on transportait la nôtre en se disant « veux-tu ben me dire pourquoi on traîne ça ? Ça pue, ça prend de la place et qu’est-ce qu’on n’a pas, nous ? De la place ! » On s’est rapidement fermé la trappe en voyant la lumière allumer vis-à-vis la pancarte « prochaine station d’essence dans 125km ».

 

6) SI T’AIMES PAS LE VENT

Paradis du kitesurf et autres cossins à vent, enfer du vaner qui est résigné à vivre DANS sa van, même s’il fait gros soleil. Je pensais avoir déjà vu venter, dans ma vie. Ah Ah Ah. Je ne savais pas c’était quoi le vent. Le vent qui t’arrive dessus après avoir pris son élan depuis trop de kilomètres, ramassant tout sur son passage, surtout des grains de sable qui te fouettent les mollets comme jamais mollet n’aura été fouetté. Le vent qui fait rentrer la tôle du truck par « en dedans », la nuit. Prends un couvercle de boîte à biscuits en  métal, manipule-le de manière à faire bouger le métal. Même bruit, des-nuits-en-ti-è-res. Pas joie. Heureusement, notre  camping dans la Baie de Los Angeles («coudonc la grande es-tu sûre que tu étais bien au Mexique ? » Ben oui, c’est pas de ma faute moi si les toponymistes manquaient cruellement d’inspiration) offrait des palapas version 3e petit cochon dans l’histoire : construits en pierre et béton ! Je me sens comme une joueuse de beach volley avec du sable dans les dents en permanence, malgré les brossages (l’hygiène buccale : la seule hygiène à jour sur mon anatomie de vaner), la shape en moins.

Est-ce que je regrette d’y être allée ? Non. Est-ce que j’y retournerais en van ? Non. Les risques d’enlisement sont trop grands, ça limite les possibilités et c’est pas si simple d’y dormir à moindres coûts (surtout quand tu ne conduis pas un 4×4). Est-ce que j’ai trouvé ça cher payé 450$ pour y venir ? Oui. Est-ce que ça les valait ? Je pense que non. Ma recommandation serait, autant que possible, de découvrir la Basse-Californie du nord au sud, plutôt que du sud au nord, comme nous. Il y a facilement 15 degrés d’écart entre les deux. Perso, je préfère la transition bas de laine-gougounes, que l’inverse.

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