5 films pour mieux comprendre les ermites modernes

Ou les multiples visages de la solitude au cinéma

Perso, il m’arrive souvent de ressentir le besoin quasi-vital de m’isoler. On me dit que c’est une force que d’avoir apprivoisé la solitude au point de l’aimer (et je l’aime peut-être même trop). Pourtant, elle est encore stigmatisée. Quelqu’un qui choisit d’être seul, c’est toujours louche. On a tendance à soupçonner qu’il y a du déni qui se cache quelque part ou qu’il y a quelque chose de pas clair dans sa personnalité et ce, même si la solitude est à la mode, même si on ose voyager seul, vivre seul ou être seul plutôt qu’à deux.

Il existe mille et une façons d’être seul(e). Il y a la solitude que l’on convoite, celle qui est trendy, celle que l’on se fait imposer, celle qui est nécessaire, celle qui fait du bien et celle qui fait du mal. Les gens seuls ont longtemps été oubliés. Mais depuis un certain temps, on essaie de penser à eux. On les inclut dans une société qui est construite pour être à deux, pour être en famille, pour être en groupe. C’est comme si collectivement, on se rendait tranquillement compte que l’isolement peut arriver à tout le monde. Et que non, personne n’est à l’abri de la solitude forcée.

Pour illustrer les multiples visages de la solitude et de l’isolement, j’ai noté cinq films et documentaires des dernières années qui montrent la solitude sous différents angles et sans qu’elle soit nécessairement au coeur de l’histoire. Je crois que la meilleure façon de passer un message, ou de normaliser un comportement « marginal », c’est de l’incorporer à une histoire qui parle d’autre chose.

Captain Fantastic – Matt Ross

Dans celui-là, Viggo Mortensen campe le rôle d’un père excentrique particulièrement dévoué à ses enfants. Alors que ceux-ci vivent en autosuffisance au coeur d’une forêt sur la côte pacifique des États-Unis, un drame familial survient et les oblige à entrer dans « le vrai monde ». Les enfants, qui sont tous érudits malgré leur jeune âge, sont complètement inadaptés à ce nouvel univers, ce qui occasionne des situations maladroites, mais drôles. Ce film est d’une beauté bouleversante, on ne veut pas qu’il se finisse tellement on est bien avec les personnages. Ça donne envie de s’exiler dans le bois tout seul (ou presque), de se reproduire et d’y rester.

El abrazo del serpiente ( L’Étreinte du serpent ) de Ciro Guerra


Nommé dans la catégorie du meilleur film étranger en 2015, El abrazo del serpiente raconte la quête solitaire de deux scientifiques allemands, à 30 ans d’écart, pour trouver la fleur de Yacruna. Malgré les trente années qui séparent leur aventure, chacun d’eux se fera guider à travers la jungle par Karamakate, un chaman amazonien. À cela s’ajoutent certaines scènes où on voit les colonisateurs chrétiens forcer violemment les autochtones à abandonner leurs croyances pour se convertir au catholicisme. Le film est en noir et blanc, mais on y ressent quand même des couleurs; c’est à ce point magnifique.

Le Sel de la Terre – Wim Wanders et Julian Rebeiro Salgado


D’une beauté incomparable, ce documentaire suit le réalisateur Wim Wanders (Wings of Desire), le photographe Sebastiao Salgado et son fils Julian qui prennent en photos les coins les plus reclus et sauvages du monde. Salgado, qui a passé sa vie à documenter l’humain sous tous ses angles, s’est tourné vers la photographie naturelle à la suite de son reportage du génocide rwandais qui l’a profondément chamboulé. Inutile de vous dire à quel point ce documentaire fait voyager et arrive à nous montrer une Terre sous un jour qu’on lui voit rarement. Moi, j’ai pleuré.

The Lobster – Yorgos Lanthimos (Disponible sur Netflix)


C’est d’une façon comique et plutôt surréaliste que la solitude amoureuse est abordée dans ce film. Dans un univers que l’on pourrait qualifier de dystopique, les gens n’ont plus le droit d’être célibataires. Lorsqu’une relation se termine, ils sont envoyés dans un hôtel où ils doivent choisir l’animal qu’ils deviendront si jamais ils échouent à se remettre en couple dans le temps donné. Pour gagner plus de temps, il est possible de « chasser » les célibataires qui vivent dans la forêt. Le personnage de Colin Farrell choisira de devenir un homard, d’où le titre du film. L’univers est loufoque mais même si le ton du film est très sérieux, on en sort particulièrement divertis!

The Wolfpack – Crystal Moselle (Disponible sur Netflix)

Enfermés toute leur vie dans un appartement du Lower East Side de Manhattan, les frères Angulo et leur petite soeur apprendront le monde à travers le cinéma. Leur mère leur fait l’école à la maison, leur père est sans emploi et eux, passent leur temps à recréer leurs films préférés avec les moyens du bord. Un jour, leur univers bascule alors qu’un des frères s’échappe de l’appartement déguisé en Michael Myers, personnage meurtrier du film Halloween. Bien que le synopsis ait l’air d’être celui d’un film, il s’agit bel et bien d’un documentaire.

Bonus : La petite fille qui aimait trop les allumettes – Simon Lavoie

Du côté du Québec, l’adaptation cinématographique tant attendue de La petite fille qui aimait trop les allumettes de Gaetan Soucy sortira en salles le 3 novembre prochain. Plus tragique mais similaire à l’histoire des frères Angulo, le film raconte l’histoire de deux enfants qui font leur entrée dans le monde après le suicide de leur père qui les élevait hors de la société.

Pour en savoir plus, visitez le site web officiel du film!

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