5 choses que j’aurais voulu savoir avant de déménager à Montréal

Avec le printemps arrivent les offres de logements pour étudiants, les statuts Facebook de futurs cégépiens qui s’apprêtent à quitter la région pour conquérir la grand’ ville et les jeunes qui se demandent si c’est envisageable de cohabiter à six dans un 3 et demi du quartier St-Michel.

Chaque année, je me laisse émouvoir par cette vague de nouveaux Montréalais. Et je me replonge dans ma propre arrivée dans la métropole.

Je le rappelle dans une chronique sur deux : je viens de Farnham. Pour moi, c’est une information importante qui explique en partie la personne que je suis : la façon dont je prononce le mot “reine” (rêeeyne), la tendresse que je porte pour l’autoroute 10 et mon ancienne carrière dans la production porcine.

Quand j’ai quitté mon patelin, à l’âge de 17 ans, j’ai vécu un certain choc. On m’avait prévenue d’un paquet de trucs qui se sont révélés plutôt faux (Montréal c’est dangereux, c’est individualiste, c’est le diable), mais on avait omis de m’apprendre des vérités de base. Si je peux éviter l’humiliation à un seul nouveau venu, ma mission sera accomplie.

Voici donc cinq choses que j’aurais aimé savoir avant de déménager à Montréal :

1- Quand on prend un taxi, on ne s’assoit pas dans le siège passager.

À Farnham, il n’y avait qu’un seul chauffeur de taxi. Pas une seule compagnie, mais bel et bien un seul conducteur. Tout le monde le connaissait, c’était donc normal de s’asseoir à côté de lui quand il nous faisait un lift. Il aurait été super offusqué si on avait osé prendre place à l’arrière, le reléguant au simple rôle de monsieur-qui-conduit-du-point-A-au-point-B. On le traitait comme un voisin, un ami, un père! Mais on ne m’avait jamais dit que ce n’était pas la norme.

Ainsi, après avoir déposé ma première épicerie montréalaise dans un taxi (parce que je suis faible), je me suis assise à côté du conducteur. Et à ma plus grande surprise, il n’a pas tripé.

— VOUS FAITES QUOI?
— Hein?
— Pourquoi vous vous placez là?
— … Pour aller chez moi?
— On ne fait pas ça!
— Non?
— Non, non, non, non, non! Les gens, ils pourraient me poignarder.
— Shit. Ok.

C’est très rare que je fasse peur à un homme mature. L’événement aurait pu me faire sentir puissante, mais il m’a juste fait sentir profondément mésadaptée.

2- Il y a des positions à respecter…

  • Dans l’autobus, on sort par la porte d’en arrière. En théorie, on peut aussi sortir en avant, mais on risque de se faire insulter par une madame avec un gros chapeau, qui crierait tout haut : “Vous ne savez pas vivre?”. Histoire vécue, que je ne souhaite à personne. Sauf à ladite madame, mettons.
  • Dans les escaliers roulants, on se tient à droite si on veut se laisser trainer sans bouger. Ça permet aux gens pressés de courir à notre gauche, en jugeant sans gêne notre apparente paresse. (Je ne pouvais pas le savoir; les trois marches du Cinéma Princess de Cowansville étaient les seuls escaliers roulants que j’avais déjà empruntés.)
  • On attend que les gens sortent du wagon de métro avant d’y entrer. Et on attend idéalement à côté des portes, pas directement devant. (Auquel cas il devient légitime d’être plaqué et légèrement piétiné, si vous voulez mon avis.)

3- La rébellion piétonnière est possible!

Je suis très soumise à l’autorité. Devant une lumière rouge, je demeure immobile telle une Marie-Mai découvrant sa statue de cire au musée Grévin. Alors quand je marche dans les rues de Montréal, je suis toujours surprise de constater qu’ici, les piétons se torchent massivement des règles. Ce n’est probablement pas propre à la métropole, mais chose certaine, ça ne se passait pas de même chez-nous. On respectait les traversées de troupeaux de vaches! (J’en mets peut-être un peu. Mais pas tant.)

J’en déduis que les Montréalais aiment le risque, la liberté et défier les lois.

Au fond, le jaywalk, c’est peut-être le reflet d’un désir d’émancipation. Je le comprends, mais je ne suis pas encore prête pour ça. Ce qui me vaut souvent la colère d’amis à qui je répète : “Ton comportement ne correspond pas à mes valeurs!” (La pression des pairs, c’est non.)

4- Tu peux parler à ton voisin et complètement l’ignorer le lendemain.

On en parle peu, pourtant il s’agit probablement du plus grand avantage d’habiter en ville : ici, tu peux jaser avec ton voisin un jour et faire semblant que tu ne le connais pas le lendemain. Et c’est tout à fait acceptable! Par exemple, en cette première journée printanière, j’écris sur mon balcon. Mon voisin d’en face vient de sortir pour me demander de l’appeler afin qu’il retrouve son cellulaire. Ça m’a fait plaisir de l’aider, mais on sait tous les deux qu’on ne se doit plus rien. Je n’aurai pas besoin de lui piquer une jasette en feignant un intérêt dès qu’on se croisera. Ni de lui envoyer une carte de Noël. Ni de prendre des nouvelles de ses enfants, de sa sœur, pis de son pancréas. On est là l’un pour l’autre, mais on a aussi le droit de s’en foutre.

Le meilleur des mondes: la liberté ET le filet de sécurité.

5- Plus personne va venir te voir. Personne. 

You’re on your own! Vole de tes propres ailes, papillon. T’as beau venir de Chambly ou de Laval, à partir du moment de ton déménagement, ta famille ne viendra plus te voir. Parce que Montréal, c’est loin. Toujours. Tu auras beau répéter que ça prend 25 minutes pour se rendre d’une porte à l’autre, on ne te croira pas.

Sinon, on te dira que conduire à Montréal c’est la fin du monde. Tu pourras envoyer cette vidéo de Beijing en demandant aux membres de ta famille de quoi ils se plaignent, mais ils demeureront persuadés de la nécessité de prévoir des provisions pour survivre quelques jours dans leur berline. Et ça, c’est quand ils ne te répondront pas que le Plateau est interdit aux voitures – sans y avoir mis les pieds depuis 10 ans.

Oh well!
Heureusement, il y aura toujours tes voisins pour te tenir compagnie.
Si ça leur tente.

En te souhaitant une douce adaptation et un gros tas de bonheur, bienvenue parmi nous, cher nouveau Montréalais!

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