45 votes à donner

On a demandé aux principaux candidats de séduire les employés d’URBANIA.

45 votes.

C’est à peu près ce que nous avons symboliquement à offrir à notre instable amie «la démocratie» le 21 octobre prochain. Comme les bureaux d’URBANIA se situent au cœur de la circonscription de Laurier-Sainte-Marie – qui risque de faire l’objet de batailles aussi épiques que celles de Éric et Lola ou de Stirling dans Braveheart – nous avons demandé aux candidats des principaux partis de nous expliquer pourquoi on devrait faire un X à côté de leur nom dans l’isoloir. On est au courant que ce n’est pas l’adresse de l’employeur qui détermine l’endroit où on vote, c’est simplement pour l’exercice.

D’abord les présentations :

Dans le coin droit, on retrouve l’ancien boss d’Équiterre Steven Guilbeault, dont le saut en politique fédérale sous la bannière libérale a fait grincer quelques dentitions.

Dans le coin gauche, il y a l’épidémiologiste Nima Machouf, qui se lance dans le ring de la politique active avec le Nouveau Parti démocratique pour tenter de maintenir le comté orange.

La sous-carte, relevée, comporte également son lot de candidats de prestige. Le bloquiste Michel Duchesne se présente pour la deuxième fois, après un baptême lors des partielles dans Outremont au début de l’année. M. Duchesne s’est fait connaître comme écrivain public dans Hochelaga-Maisonneuve, où il offrait ses services aux analphabètes pour rédiger des CV, des documents officiels et même des lettres d’amour. Il a tiré un roman à succès de son expérience.

Chez les verts, c’est l’auteur-compositeur-interprète d’origine franco-marocaine Jamil Azzaoui qui fera campagne. Figure connue du milieu musical, il a travaillé avec près de 200 artistes, en plus d’avoir cofondé le Show du refuge avec Dan Bigras.

Enfin, les conservateurs miseront sur Lise des Greniers, une ancienne conseillère municipale de Granby, enseignante et agente des services correctionnels. 

Le bureau écolo de Guilbeault

Mon premier arrêt a lieu au local de campagne de Steven Guilbeault, rue Saint-Denis. Alors que je franchis le pas de la porte, une dizaine de personnes sont à pied d’œuvre. «C’est pas des figurants que j’ai embauchés pour t’impressionner», blague d’entrée de jeu le candidat libéral, qui n’en revient pas de voir des citoyens se présenter à la porte pour offrir leur temps. «On dit que les gens s’intéressent pas à la politique. Ben il y en a», lance-t-il, en pointant le local en effervescence. Un bureau 100% écolo, où le plastique n’existe pas et où le compost est à l’honneur dans la cuisinette.

Ce que Steven Guilbeault veut faire en fait, c’est promouvoir le dossier de l’environnement auprès des bonnes oreilles, un enjeu qui préoccupe de plus en plus les citoyens.

Une fillette s’approche de nous. Elle lui ressemble comme deux gouttes d’eau, avec ses grands yeux noirs. «Son école est à deux coins de rue», souligne Guilbeault, qui dit adorer son premier mois en politique active. «Une personne sur deux dit vouloir voter pour nous», s’enthousiasme le candidat, qui avoue partir avec un handicap. «La marque libérale n’est pas ce qui marche le mieux sur le Plateau», constate-t-il, ajoutant que plusieurs personnes votent pour lui au détriment du parti. «Des gens ne cachent pas leur déception, mais c’est rare, la plupart comprennent ce que je fais et veulent me suivre.»

Ce que Steven Guilbeault veut faire en fait, c’est promouvoir le dossier de l’environnement auprès des bonnes oreilles, un enjeu qui préoccupe de plus en plus les citoyens. «Avant d’accepter de me présenter, j’ai posé une seule condition au Premier ministre, celle de ne jamais pouvoir dire que je suis d’accord avec leur décision entourant le pipeline. La conversation a été courte. Justin Trudeau m’a simplement répondu : Steven, pas de problème», raconte-t-il, convaincu que ce gouvernement en a fait plus en quatre ans pour l’environnement que plusieurs autres précédents ici et aux États-Unis. «Leur bilan m’a poussé à me présenter avec eux.»

Fait cocasse, Steven Guilbeault soupait avec son adversaire Nima Machouf une semaine avant d’annoncer sa candidature. «Ça teste un peu les limites de l’amitié, mais je pense qu’il y a un respect. Une chose est sûre, il n’y aura pas de coups en bas de la ceinture de notre bord. Pas de souper non plus d’ici le 21 octobre», lance-t-il, en riant.

Crédit: Ben Joppke

La soupe de Machouf

Nima Machouf coupe des légumes dans la petite cuisine au fond de son local électoral sur l’avenue Mont-Royal.

Ils finiront dans une soupe traditionnelle syrienne nommée âsh-e djo. «Je les distribue aux bénévoles tous les mercredis soirs», explique la candidate néo-démocrate.

L’invitation est lancée.

«Beaucoup de jeunes font de l’écoanxiété. Mes filles ne sont même pas sûres de vouloir des enfants parce qu’elles ne savent pas quelle planète elles leur lègueront. Avec le NPD, il n’y aura plus d’argent qui ira dans les pipelines.»

Mme Machouf s’est déjà présentée pour Projet Montréal il y a dix et assure que son saut en politique n’est pas un coup de tête, mais plutôt une suite logique. «Je fais partie d’une famille très politisée (son mari est Amir Khadir) et j’ai fondamentalement toujours été une militante. Je milite d’ailleurs avec le NPD depuis dix ans et je me suis dit que j’étais la meilleure candidate pour remplacer Hélène Laverdière après son départ (après deux mandats)», explique-t-elle.

Jusqu’ici, Nima Machouf, aussi une ardente militante de Québec solidaire, confie adorer son expérience. «C’est un quartier très progressiste, le premier à avoir osé élire des gens de Québec solidaire. Je suis convaincue que ça va rester orange, les gens ne veulent pas revenir en arrière», croit-elle.

À l’instar de Steven Guilbeault, l’environnement est au cœur de sa campagne et reflète, selon elle, l’enjeu de l’heure auprès des gens. «Beaucoup de jeunes font de l’écoanxiété. Mes filles ne sont même pas sûres de vouloir des enfants parce qu’elles ne savent pas quelle planète elles leur lègueront. Avec le NPD, il n’y aura plus d’argent qui ira dans les pipelines», assure la candidate, en écorchant au passage le Parti libéral. «On a fait beaucoup de concessions comme citoyen, mais si les gouvernement ne font pas d’efforts…»

Au sujet de Steven Guilbeault, elle ne cache pas sa déception de voir un ami choisir le «mauvais camp». «Il avait l’embarras du choix, j’aurais préféré ne pas me battre contre lui. Mais je ne me bats pas contre lui, mais contre les libéraux», nuance-t-elle.

Du côté des courageux

Le retour à la normale.

C’est ce que prédit Michel Duchesne au sujet du comté qu’il brigue, un château fort bloquiste – celui de Gilles Duceppe – de 1993 à 2011.

«Le summer fling avec le NPD est fini. Les gens découvrent notre chef, cette dignité tranquille, et voient que le ménage a été fait au Bloc», explique le romancier, rencontré dans son local électoral situé dans le Village, au lendemain du passage remarqué de son chef Yves-François Blanchet à Tout le monde en parle.

«On l’a fracturé en trop de lettres (LGBTQ+), on a exacerbé l’individualité au détriment du mieux-vivre ensemble», croit M. Duchesne,

L’auteur de l’Écrivain public souhaite s’attaquer au français à Montréal, qui manque d’amour selon lui. Il dénonce également les absurdités sur le plan du financement, sur le fait que les milieux culturels et communautaires en arrachent autant alors que les gouvernements n’ont pas de scrupules à injecter des milliards dans les sables bitumineux et les paradis fiscaux.  «Je suis en colère et cette colère-là, beaucoup la ressentent. J’aime mieux être du côté des courageux», souligne le scénariste, également très engagé dans la communauté gaie, mais aussi critique de sa nouvelle nomenclature. «On l’a fracturé en trop de lettres (LGBTQ+), on a exacerbé l’individualité au détriment du mieux-vivre ensemble», croit M. Duchesne, qui constate qu’il est de plus en plus difficile de s’adresser au plus grand nombre en cette époque d’algorithme, où «Facebook décide ce qu’on va lire.»

Comme plusieurs, Michel Duchesne a marché pour la planète vendredi. Il dit s’être beaucoup sensibilisé au contact de Dominic Champagne et a lui-même témoigné des dégâts causés par les changements climatiques en voyageant. «Mes neveux et nièces verront des coins de pays disparaître, des réfugiés climatiques, etc», s’inquiète-t-il.

Michel Duchesne est d’avis que la fibre souverainiste existe toujours, mais qu’elle s’est départagée. «Le véhicule n’est plus unique», souligne-t-il, en référence à Québec solidaire et même à la CAQ, qui compte selon lui son lot de souverainistes.

Le seul parti vraiment Vert

Décidément, les candidats de prestige se bousculent dans Laurier, puisque les verts ont pour leur part mis la main sur l’auteur-compositeur-interprète d’origine franco-marocaine Jamil Azzaoui. Il éclate de rire lorsqu’on lui dit que tous les partis semblent avoir volé leur programme pour l’élection en cours. «Ok, mais on est le seul parti qui va rester vert après les élections», réplique l’ancien impresario, néanmoins d’avis que la solution passe par un front commun.

  1. Azzaoui ne se perçoit pas comme un carriériste, mais plutôt comme un citoyen en colère. Il parle d’ailleurs de ses convictions sans filtre. «Je m’en fous un peu [NDLR : de gagner ou perdre] mais il faut donner la balance du pouvoir aux verts!»

«On est le seul parti qui va rester vert après les élections.»

Sur le saut politique de Steven Guilbeault, il estime que le meilleur coup des libéraux n’a pas été de le recruter mais plutôt de désarmer le Parti vert, où l’écologiste aurait été un allié naturel. Il ne cache pas vivre un début de campagne plus relaxe que ses adversaires mais surtout détenir un budget plus restreint. Au moins son véhicule de campagne, un triporteur adapté aux couleurs de sa campagne, le sauve de faire du porte-à-porte comme un témoin de Jéhovah.

L’ancien imprésario et promoteur – qui a révélé des Richard Desjardins, Isabelle Boulay en plus d’avoir travaillé avec des dizaines d’autres, trouve sinon que les artistes sont désormais très frileux. «C’est décevant, il y a plein d’artistes d’un jour, des « gentils », mais des artistes avec des couilles, il n’y en a plus», se désole-t-il, à l’heure où la planète entière se mobilise derrière une adolescente suédoise. «C’est un mouvement citoyen avant tout», résume-t-il.

La franchise de Lise

«Le Parti est très ouvert, avec un spectre très grand de conservateurs plus à gauche, au centre ou à droite.»

La glace se brise rapidement avec la sympathique candidate conservatrice Lise des Greniers. Moins de deux minutes après mon arrivée dans un Starbucks du Village, je sais déjà qu’elle se relève d’une indigestion et qu’elle a perdu une cinquantaine de livres depuis décembre dernier. Un régime et beaucoup de marche, plus pratique et écologique en plus. Elle sait que l’environnement est sur toutes les lèvres, encore plus dans son comté. «Tout le monde en parle, surtout avec la marche de Greta quelque chose», lance-t-elle, ajoutant trouver les gens parfois méchants à son endroit. «Je trouve ça triste. Les gens acceptent le conventionnel mais moins la neurodiversité», résume-t-elle au sujet du syndrome d’Asperger avec lequel vit la militante Greta Thunberg. «La personne conventionnelle permet de faire fonctionner la société, mais ce sont toujours les gens différents qui changent le monde», ajoute Mme des Greniers, une artiste-peintre qui a étudié la politique mais aussi la psychanalyse à l’École freudienne du Québec.

Sur les chances de son parti de l’emporter dans Laurier-Sainte-Marie, la candidate ne se berce pas d’illusions. «Ce n’est pas très populaire hein?», admet-elle en s’esclaffant d’un rire très communicatif.

À ses yeux, le Parti conservateur est celui qui a le plus de rigueur et qui change le moins d’idées. Elle était déjà conservatrice en 1977, au sein de l’Union nationale. «Le Parti est très ouvert, avec un spectre très grand de conservateurs plus à gauche, au centre ou à droite», explique-t-elle.

Dans la rue, les gens sont polis avec elle, même si plusieurs lui avouent qu’ils ne voteront pas pour son parti. «Je ne m’en fais pas avec ça. Je suis très persévérante et têtue et je veux être la candidate et la députée de tout le monde», assure-t-elle.

Elle réalise sinon que sa circonscription abrite plus d’inégalités sociales et salariales qu’elle ne le croyait. «Il y a des préjugés sur la richesse du Plateau, mais c’est pas vrai partout», souligne celle qui aimerait réduire la pauvreté et ces écarts sociaux.

Avant même que je lui pose la question, Lise des Greniers m’assure être pro-choix et ouvertes à toutes les diversités sexuelles, «des choses qui ne concernent en rien l’État».

Une maudite bonne chose en plein cœur d’un café bondé du Village.

Mais pas certain toutefois qu’elle récoltera beaucoup de votes chez les gauchisses-trotskistes d’URBANIA.

OH WAIT ÉRIC DUHAIME!

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