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4 célibataires, 4 pays, 1 « Hot Vax Summer »
«À 14h20, je suis vacciné. À 14h35, je french».
Cette phrase désormais iconique, lancée par un de mes collègues chez URBANIA, au cœur de la campagne de vaccination, illustre à merveille un phénomène bien ancré dans la saison: le «Hot Vax Summer» (si vous avez une bonne traduction en français à nous proposer, écrivez-nous, on est preneurs).
Cette expression de plus en plus populaire fait référence à tous.tes ces célibataires (et personnes non-monogames) qui, au fil de la progression de la campagne de vaccination, se projettent dans un été torride. Même des applications de rencontres comme Tinder et OKCupid (en partenariat avec la Maison-Blanche) font la promotion de la vaccination, pour la rendre «sexy».
Après plus d’un de distanciation physique, alors que de nombreuses personnes ont dû mettre leur vie sentimentale, sexuelle et romantique sur pause, peut-on s’attendre à un été digne des soirées les plus décadentes des années folles? Ou au contraire, les célibataires de ce monde se sentent-ils.elles anxieux.euses à l’idée de réactiver leur profil Tinder, Grindr et autre Bumble? «Je suis vacciné.e» est-il le pick-up line de l’été 2021?
On a posé la question à des célibataires vaxxxiné.e.s de Montréal, Bruxelles, Londres et Brooklyn.
«C’est les Roaring Twenties à Londres»
«Londres a été très durement touchée par la COVID, donc les mesures de confinement ont été vraiment très strictes ici, m’explique d’emblée Elvan, une Québécoise établie à Londres depuis 5 ans. Je suis célibataire, j’habite seule et j’ai respecté les consignes. J’avoue que j’ai daté un gars quand les mesures étaient plus souples l’automne dernier, mais sinon ça a été très tranquille de ce côté-là depuis mars 2020. J’ai trouvé ça tough. Mais depuis quelques semaines, je peux te dire que j’ai recommencé à me faire les jambes», ajoute-t-elle en éclatant de rire.
La jeune expatriée de 33 ans raconte que Londres, qui a amorcé son déconfinement en avril dernier, est bouillonnante de vie et que l’effervescence est palpable dans les rues et sur les terrasses des pubs. «C’est les Roaring Twenties ici [années folles], lance Elvan au bout du fil. Sur les applications de rencontres, les gens sont en feu. La majorité des gens avec qui j’ai des matchs semblent chercher du sexe casual et des hook ups. Ils veulent s’amuser», constate celle qui est plutôt à la recherche d’une relation sérieuse.
«j’ai survécu à la COVID, je vais certainement pas me garrocher dans la chlamydia.»
Selon un sondage mené auprès de 2 000 américain.e.s réalisé par l’Institut Kinsey, un organisme de recherche en sexologie associé à l’université de l’Indiana, plus de la moitié des répondant.e.s affirmaient ne pas être intéressé.e.s par les histoires d’un soir et 64% révélaient être moins enclin.e.s à avoir plus d’un.e partenaire sexuel.le à la fois, comparé à avant la pandémie. Elvan est de ceux-là. «Je cherche plus des connexions humaines significatives que du sexe pour du sexe», avoue la trentenaire, qui affirme rester vigilante malgré le déconfinement.
Quand je lui demande comment s’est passée sa première date post-déconfinement, Elvan répond du tac au tac. «Le gars était en feu et il voulait juste «fourrer», il n’avait pas de limites. Il m’a même avoué qu’il avait une ITSS. Oui, c’est cool qu’il m’en ait parlé, mais je me suis dit «Heille, j’ai survécu à la COVID, je vais certainement pas me garrocher dans la chlamydia», lance la jeune célibataire, en ajoutant que ses ami.e.s en couple sont jaloux.ses de son Hot Vax Summer, qu’ils vivront par procuration à travers ses péripéties londoniennes.
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Au Québec, le Dr Réjean Thomas, président de la clinique L’Actuel, note d’ailleurs «une augmentation spectaculaire des ITSS» entre 2019 et 2020. Et comme l’a récemment affirmé ce dernier sur les ondes de QUB radio: «Au début de la pandémie, Dre Tam avait dit «si vous avez des relations sexuelles, mettez des masques». Ça aurait été agréable qu’elle ajoute «mettez des condoms».
«I’m just not ready to go back out there»
Avant la pandémie, Chris était très actif sur les applications de rencontres. «Je suis célibataire depuis longtemps et j’appréciais vraiment ce mode de vie très libre et indépendant, avoue le jeune quarantenaire établi à Brooklyn. À certains moments, je datais beaucoup, d’autres moins, mais avant la COVID, ma dating life avait une place assez centrale dans ma vie».
«Je pensais qu’une fois que j’allais avoir reçu mes deux doses, mon envie de dating et ma libido allaient revenir, mais ce n’est pas le cas»
Urgence sanitaire. Confinement. Distanciation physique. Vous connaissez la chanson. Chris perd son emploi dans le domaine touristique et se retrouve isolé à la maison. «Au début, j’ai trouvé ça vraiment difficile de ne pas pouvoir sortir et voir mes ami.e.s. J’ai un petit côté hypocondriaque alors j’ai vraiment respecté les règles et j’ai mis toute ma dating life sur pause, affirme-t-il, en ajoutant avoir connu des épisodes anxieux au printemps 2020. C’est peut-être cliché mais au fil des mois, j’ai commencé à apprécier ce temps-là. J’ai lu, j’ai écouté des podcasts, j’ai dormi, j’ai trouvé le moyen de communiquer virtuellement avec mes proches. J’ai pris goût à cette vie plus tranquille, moins extravertie».
Depuis déjà plusieurs semaines, New York se déconfine doucement. Les restaurants sont rouverts, les terrasses se remplissent sous les magnolias en fleurs et les deuxièmes doses de vaccins sont distribuées largement. «Je pensais qu’une fois que j’allais avoir reçu mes deux doses, mon envie de dating, de rencontres et ma libido allaient revenir mais ce n’est pas le cas, avoue-t-il. J’ai réactivé Tinder et OkCupid pour la forme, mais je n’ai aucune envie de rencontrer des nouvelles personnes. Je ne suis juste pas prêt à m’y remettre. Ça me stresse, le retour à la normale».
Quand on le questionne sur le fameux Hot Vax Summer, Chris rigole. «J’en ai entendu parler sur Instagram mais je ne me sens pas concerné. J’ai envie de prendre ce temps-là pour voir mes ami.e.s et ma famille. On dirait que le confinement m’a rendu plus «sauvage», et je ne me sens pas prêt à dater des inconnu.e.s. Je n’ai pas cette énergie-là.»
Entre Exubérance et prudence
J’attrape Arthur au téléphone, en direct de Bruxelles. Il sort d’une représentation de son spectacle de finissant.e.s du Conservatoire de théâtre. «On joue toute la semaine. On peut seulement accueillir 30 personnes à la fois, mais c’est cool» me dit-il, le bruit de la rue en trame de fond. Si le premier confinement s’est bien passé, entouré de sa famille, le second a été plus difficile. «C’était horrible. Je me sentais enfermé, oppressé et j’avais un besoin immense de faire des rencontres. Je sentais une espèce d’angoisse sociale généralisée, et ça m’a beaucoup affecté», raconte le jeune acteur de 24 ans.
Puis, Bruxelles se déconfine progressivement, les terrasses rouvrent, les gens sortent peu à peu de leur tanière. Quand je lui demande de me décrire l’ambiance dans les rues de la ville, Arthur est partagé. «C’est un mélange de triste et de chouette. Ici, les terrasses ferment à 22h. Les gens se saoulent vite, ils exagèrent et il y a souvent des bagarres» affirme-t-il un peu dépité.
«J’ai envie de faire l’amour! J’ai envie de sexe! On a tous et toutes envie de coucher les un.e.s avec les autres, quoi!»
Sur le plan personnel, la fin du couvre-feu et l’assouplissement des mesures sanitaires donnent quelques idées à Arthur. «J’ai remis les applis et j’ai vraiment envie de faire plein, plein de rencontres. J’attends la fin des examens à la mi-juin, le timing sera meilleur, et je compte bien rencontrer de nouvelles personnes, admet celui qui préfère néanmoins faire connaissance «dans la vraie vie» que via les applications de dating. Le jeune homme, qui se considère bi-curieux, se permet d’ajouter. «J’ai envie de faire l’amour! J’ai envie de sexe! On a tous et toutes envie de coucher les un.e.s avec les autres, quoi!».
Et le fameux Hot Vax Summer, qu’en pense-t-il? «C’est vrai que je sens que les gens sont fébriles et qu’on a majoritairement envie de s’éclater. C’est normal après avoir réprimé autant d’envies et de désirs depuis un an et demi. Mais l’idée d’un été d’orgies et de sexe et de fêtes et tout, je pense que ça tient plus du fantasme collectif que de la vraie vie.»
Hot vax terrasses?
Amina, une trentenaire établie à Montréal, a utilisé les applications de rencontre on and off depuis 5 ans. «J’ai toujours trouvé que c’était un bon moyen de faire des rencontres à l’extérieur de mon cercle social», admet la jeune professeure au primaire, qui avait cependant supprimé son compte Tinder quelques mois avant la pandémie. «J’en avais un peu marre d’enchaîner les dates de marde», lance-t-elle au bout de fil, sur son heure de lunch.
Pendant la pandémie, inutile de préciser qu’Amina était très occupée et un peu stressée. «Je travaille en éducation, donc ma dating life était loin d’être ma priorité. En plus, je ne trouvais pas ça sécuritaire de rencontrer des gars».
«En ce moment, les interactions sont obligées d’être calculées. Mais moi, j’ai envie d’imprévu, de spontané, de surprise.»
Avec le retour du beau temps, l’assouplissement des mesures sanitaires et la fin de l’année scolaire, comme perçoit-elle l’été qui se profile à l’horizon? «Je suis partagée, me dit-elle après quelques secondes de réflexion. Je sens que j’ai envie de connexions, envie de tendresse, envie de sexe. J’ai surtout envie de frencher en fait! Mais j’ai aucune envie de me remettre sur les app. J’avais lâché ça avant la pandémie pour essayer de rencontrer quelqu’un de manière plus naturelle, donc je verrais ça comme un retour en arrière».
Quand je lui demande si elle pense pouvoir faire une rencontre impromptue sur une terrasse, Amina n’est pas convaincue. «L’affaire avec les fameuses terrasses, qu’on perçoit quasiment comme le symbole de notre libération collective, c’est que tu peux pas rencontrer les gens juste de même. Tu restes dans ta bulle, derrière ton plexi avec ton amie et tu sirotes ton verre de vin nature, me dit celle qui rappelle que malgré tout, la pandémie n’est pas terminée et qu’il faut encore faire attention. C’est pour ça que le fameux Hot Vax Summer, c’est bien cool en théorie, mais ça passera clairement pas par des rassemblements wild et des rencontres spontanées. En ce moment, les interactions sont obligées d’être calculées. Mais moi, j’ai envie d’imprévu, de spontané, de surprise. C’est ça qui me manque le plus depuis un an et demi».
Qu’elle finisse par craquer et réactiver son compte Bumble ou non, Amina est sûre d’une chose. «Regarde Laïma, j’ai juste le goût de frencher».