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Petite balade de fin de journée ensoleillée à Varanasi, sur le bord du fleuve sacré. Nous observons les pèlerins faire leurs ablutions quotidiennes, impressionnés par tant de piété, quand tout à coup…
Le nez me pique. J’éternue.
Le ministre de la santé aurait été fier de moi. En bonne nord-américaine de la génération Purel, j’ai l’instinct de préservation de l’hygiène publique solidement ancré et, sans même y penser, c’est dans mon coude que j’éternue. J’ai éternué DANS MON COUDE à côté du pire ramassis de microbes, de virus et de bactéries au monde, le Gange. Je pense que j’aurais eu un casque de bain dans une marée noire que je ne me serais pas sentie plus ridicule.
Pour ceux qui aiment les chiffres, une eau considérée comme acceptable pour la BAIGNADE en Occident compte moins de cinq cents coliformes fécaux par litre d’eau. L’eau du Gange, eau que les pèlerins doivent traditionnellement BOIRE en plus de s’y laver, en contient UN MILLION CINQ CENT MILLE par litre. Pour vrai, les Indiens sont des tanks immunitaires. On a vu un enfant de trois ans – vous savez, ces charmantes petites bêtes qui, chez nous, tombent malades dès qu’elles posent le pied dans une garderie – remplir son biberon dans l’eau brune et continuer sa balade en sirotant le tout, l’air de rien, le nez au vent. En cas de guerre bactériologique mondiale, c’est clair qu’ils nous survivent tous.
J’ai été malade comme jamais après avoir mangé un truc dans lequel une goutte ou deux d’eau non-stérilisée traînaient probablement pendant qu’eux, ils se prennent un verre d’eau du Gange, peinards. Ce sont des surhommes. Et moi qui avait peur de leur refiler deux-trois innocentes gouttelettes de salive…
Je pense qu’ils auraient survécu.