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Je pense que la dernière fois où j’ai été libre de mon temps à ce point remonte à l’été de mes huit ans. Je pouvais me lever un matin et décider d’aller me baigner au lac. Ou bien de lire un Tintin. Ou bien de dessiner. Ou bien de faire une sieste. Ou bien de faire une banque.
Ben non, je déconne. On fait pas de sieste à huit ans.
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De la même façon que le corps doit s’habituer à l’altitude – devant s’acclimater au manque d’oxygène – l’esprit doit s’adapter à l’absence d’horaire. Rodé pour organiser le temps et le rentabiliser, il doit apprendre à laisser place à l’improvisation, aux imprévus et aller with the flow, comme disent les cousins. Quelque chose qu’il a rarement l’occasion de faire, car au rythme de trois petites semaines de liberté par année, même les vacances sont réglées au quart de tour. On veut faire le plus de choses possible, en profiter au maximum pour ne pas se retrouver à la machine à café, une vingtaine de jours plus tard, à dire: Bah, pas grand chose… En fait, j’ai rien fait.
La non-productivité, même dans les loisirs est souvent perçue, avouons-le, comme étant un peu honteuse. Pourtant, avoir le temps de ne rien faire, c’est avoir le temps de rêver. C’est avoir le temps de voir au-delà du quotidien… Et c’est cet immense cadeau qu’on a décidé de s’offrir pour nos trente ans.
Prendre une année pour voyager oui, mais surtout pour faire le point sur le chemin parcouru. Pour prendre du recul sur la vie qu’on mène et en voir le bon, mais aussi le moins bon. Pour se dessiner un avenir qui sera la somme de ces réflexions et non pas simplement le résultat de nos habitudes et de notre routine.
Et puis, disons-le, c’est assez génial de se lever un lundi matin, de déjeuner tranquillement et de demander à l’autre en réalisant qu’il n’y a rien à l’horaire pour la journée : T’as envie de faire quoi aujourd’hui?
Mais le plus génial encore, c’est d’avoir le luxe de répondre : Rien.