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3 séries télé hyperréalistes à découvrir

Est-ce que ça fait de meilleures séries ?

On est en 1995 : une pré-adolescente regarde la version française de Dawson’s Creek. Des années plus tard, elle tombera sous le charme de One Tree Hill et trouvera ses modèles dans des films comme She’s All That, Clueless et 10 Things I Hate About You. Des films et des séries qui ne lui ressemblent aucunement.

Certains diront qu’elle aurait pu se tourner vers la télé québécoise, mais ce n’est guère mieux. Cette dernière persiste à engager des jeunes adultes pour jouer des adolescents de 15 ans et les dialogues sonnent encore plus faux que les mauvaises traductions du Canal Famille. La pré-ado a beau essayer, elle n’y croit pas.

Même si la télé québécoise véhiculait des valeurs beaucoup plus saines ainsi qu’une image corporelle plus près de la réalité que la télé américaine (pour la diversité culturelle on attend toujours), la tendance est de s’identifier au plus beau et au plus poli. C’est probablement la plus grande force de la culture américaine : nous faire croire que cette beauté parfaite est aussi réelle qu’atteignable. Il y a une sorte de cohérence entre la manière dont ils semblent se percevoir culturellement et la façon dont ils s’affichent à travers leurs produits culturels. C’est faux, mais tout le monde y croit, eux y compris. 

Changement de paradigme

Des années plus tard, je remarque une télé plus consciente de ce qu’elle nous montre, plus consciente de l’impact de l’image qu’elle projette. J’avance une théorie sans fondements outre ma réflexion personnelle : c’est peut-être que ceux et celles qui l’écrivent aujourd’hui ont grandi en s’identifiant à quelque chose qui ne leur ressemblait jamais. Je fais bien sûr référence à des scénaristes comme Lena Dunham (Girls), Diablo Cody (Juno), Greta Gerwig (Lady Bird), Michael Arndt (Little Miss Sunshine) et plus récemment à Bo Burnham qui nous a donné Eighth Grade et The Big Sick.

Au-delà des séries qui mettent désormais en scène de vrais adolescents, des rides, des bourrelets, de la diversité culturelle et sexuelle, il semblerait y avoir un engouement pour les oeuvres qui se démarquent par un hyperréalisme en ce qui a trait aux dialogues et à la sexualité. On met de l’avant des humains avec des poils, des corps diversifiés et on les fait interagir de façon ordinaire. Une scène de sexe peut dorénavant inclure le bout où la femme se lève et essuie le sperme qui coule entre ses jambes ou celui où deux nouveaux partenaires peinent à se placer pour faire un 69. Les femmes ne parlent plus que de magasinage et les hommes s’intéressent à d’autres sujets que le sport et le sexe. L’image est donc plus nuancée, on a retiré les hommes et les femmes de plusieurs boîtes très contraignantes qui nourrissent la masculinité et la féminité toxique.

3 séries hyperréalistes à découvrir

L’hyperréalisme n’est toutefois pas réaliste à proprement parler. C’est comme si on enlevait juste assez de tout ce qui était plate dans nos quotidiens. Ça reste une histoire dramatisée dans laquelle les personnages vivent parfois des situations poussées à l’extrême. Le mécanisme se trouve beaucoup dans le rythme des dialogues qui ne servent pas toujours à faire avancer l’histoire. D’un point de vue scénaristique, on nous en montre plus que nécessaire, mais sans créer de longueurs. Parfois, c’est aussi juste l’effet que la série nous fait. On a tout simplement l’impression de s’y voir plus que d’habitude.

On y retrouve aussi un jeu assez minimaliste dans le sens où les acteurs semblent être appelés à jouer des rôles qui leur collent à la peau. On sent une implication naturelle de l’acteur lui-même. Comme s’il était dirigé de loin et qu’on lui donnait l’autorisation d’exister comme d’habitude. Ainsi, ils posent des gestes qui leur appartiennent à eux et non à leurs personnages. 

Easy

(Netflix)

Série détachée mais connectée, chaque épisode nous amène dans l’intimité de deux individus. Parfois un couple, parfois des amis, parfois une relation en devenir. Les thématiques et les situations sont aussi diverses que ses personnages mais elles tournent toutes autour de l’amour.

Par exemple, dans un épisode, Orlando Bloom (son personnage n’a pas de nom) et Malin Akerman sont nouvellement parents. Ils veulent pimenter leur vie sexuelle en essayant un trip à trois avec une connaissance commune. Celle-ci accepte avec plaisir. S’ensuit une soirée arrosée, tantôt malaisante, tantôt fluide, souvent interrompue par les multiples réveils du bébé. Ça ne glorifie pas le fameux threesome, mais ça ne le normalise pas non plus. On regarde et on n’a aucune difficulté à imaginer que dans la vie, ça peut très bien se passer exactement comme ça, de façon aussi naturelle que puisse l’être une rencontre sexuelle à deux.

Ce qui la rend hyperréaliste? Le rythme. C’est lent. On est loin du « une ligne, un punch ». Il y a aussi la sobriété du traitement de l’image qui aide à créer un effet de proximité limite scopophilique, comme si on regardait à travers la fenêtre de la maison de quelqu’un.

Sex Education

(Netflix)

Cette série britannique a attiré beaucoup d’attention médiatique ces derniers mois. Il faut s’habituer au ton, ça demande une courte adaptation, mais quand on embarque, on embarque.

On suit le personnage de Otis (Asa Butterfield) qui a développé une certaine réaction face à l’ouverture sexuelle de sa mère Jean (Gillian Anderson). Cette dernière est une célèbre sexologue célibataire, féministe, femme fatale et très assumée dans toutes ces caractéristiques. Si sa mère vie extrêmement bien avec sa sexualité, pour lui c’est autre chose : il n’arrive pas à se masturber. Rien n’y fait. Parallèlement, Otis se découvre une facilité avec la psychothérapie improvisée. Les gens lui parlent facilement et au fil des années, il a appris beaucoup de chose sur la sexualité humaine grâce à sa mère. Il commence donc une clinique de sexologie underground à son école secondaire.

Éric (Ncuti Gatwa), le meilleur ami d’Otis, est le personnage qui nous fait fondre. Issu d’une famille plutôt traditionnelle, Éric a de la difficulté à affirmer son homosexualité. Mais quand il y arrive, il le fait de manière majestueuse. Vous verrez, des larmes seront versées.

La règle de 3

(Tou.TV Extra)

J’avoue avoir de la difficulté à placer cet ovni télévisuel dans une case et c’est d’ailleurs ce qui fait tout son charme. Hyperréalisme? Je ne suis pas certaine que je peux lui apposer l’étiquette mais la série de Mickaël Gouin et Léane Labrèche-Dor arrive à nous faire nous regarder le nombril. C’est aussi une caractéristique propre à ce genre : il nous renvoie beaucoup à nous-mêmes.

Tout commence lorsqu’un couple décide de se séparer, même s’ils s’aiment encore après trois ans d’amour, pour être certains de ne jamais arrêter de s’aimer. C’est tellement caricatural de notre époque que ça devient profondément réel. Le commentaire sur nos contradictions générationnelles face à l’engagement est très présent, impossible de ne pas s’y reconnaître un tantinet. Le ton est autre, un sérieux-comique indéfinissable qui ne manque pas de nous accrocher. Cela dit, le jeu n’est pas réaliste du tout, on est dans la théâtralité assumée et ça fonctionne. 

Mention spéciale à Marc Labrèche qui interprète le père gynécologue du personnage de Léane. Méta vous dites? On vient de pousser le concept d’hyperréalisme à un autre niveau.

Des idées, des envies?

Vous avez observé des phénomènes télé? Vu une série incroyable dont personne n’a entendu parler? Il y a des genres de séries que vous aimeriez vous faire recommander? N’hésitez pas à écrire vos suggestions en commentaires!

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