3 raisons d’aimer les voyages mal planifiés

En cherchant des conseils de voyage sur internet, l’une des premières recommandations qu’on lit est souvent de bien planifier notre périple avant de partir. D’un côté, je suis d’accord : une photocopie de passeport, ça dépanne, et des billets achetés à l’avance, ça sauve de l’argent.

Par contre, il ne faudrait pas oublier que la mauvaise planification a aussi ses vertus.

En voici quelques-unes…

1- Les surprises, c’est les meilleurs souvenirs à rapporter de voyage

Quand je vois des gens voyager avec un itinéraire tout tracé, des billets de transport déjà achetés, des visites déjà planifiées et des restaurants déjà repérés, je me dis que… c’est sûr qu’ils feront un beau voyage.

Par contre, ils risquent de n’avoir pas beaucoup de surprises. Ils arriveront devant un paysage, et le verront tel qu’ils l’avaient vu sur le site qui le recommandait. Ils commanderont au resto le plat dont ils ont vu la photo sur un blogue et constateront que ça goûte effectivement le basilic, tel que prévu. Ils peuvent dire exactement où ils seront tel jour à telle heure.

C’est vrai, ils ne perdront peut-être pas quatre précieuses heures assis dans une gare parce qu’ils ont mal booké leur train. Ils ne prendront pas ce train debout, parce que le billet aura été acheté trop tard. Ils ne mangeront pas un terrible sandwich de gare parce qu’ils sont en retard, ils ne passeront pas une journée entière dans un village de transition où il n’y a rien à faire en attendant le prochain covoiturage.

Mais — alors qu’on dit souvent voyager pour être en contact avec une autre culture —, peut-être manqueront-ils donc toute cette vie du pays, qui se déroule loin des itinéraires conventionnels. Peut-être se refuseront-ils une charmante escapade improvisée, ou peut-être éviteront-ils une visite un peu moche, mais très drôle en rétrospective.

Peut-être ne découvriront-ils pas de charmantes routes d’Écosse en marchant de village en village,
parce que l’autobus ne passe que toutes les quatre heures…

Il me semble que si on peut raconter son voyage avant de l’avoir fait, il y a quelque chose qui ne marche pas…

2- Le sport, même imprévu, c’est bon pour la santé

En voyage avec mon copain l’an passé, je me rappelle du moment où j’ai dû lui annoncer, en arrivant à la gare de Metz, que je m’étais trompée. La chambre d’hôtel au “centre-ville” que j’avais réservé était plutôt à une bonne heure de marche de la gare, dans un espèce de centre des congrès situé hors des limites de la ville. Oh, et la réception fermait justement dans une heure.

On s’est donc retrouvés à courir, dans le noir, gros sacs au dos, en bordure d’une route de campagne française, à cause de ma mauvaise planification.

Ce salutaire exercice imprévu vous convainc plus ou moins des avantages de la mauvaise planification? C’est qu’il faut savoir qu’à mi-chemin, une auto s’est arrêtée à côté des deux voyageurs perdus que nous étions, et qu’en est sorti un certain Arnaud. Après avoir un peu ri de notre plan, il nous a embarqués dans sa bagnole, direction l’hôtel. Et une fois que nos bagages étaient rendus et qu’on avait une clé, il a refusé de nous laisser manger des chips de machine distributrice comme souper : allez, il habitait juste à côté!

Et c’est comme ça qu’on a passé l’une des plus belles soirées de notre voyage, reçus comme des petits rois québécois dans cette chaleureuse famille. Pour nous, on a inauguré un délicieux fromage, sorti une bonne bouteille de vin et doublé la portion de pâtes! On s’est fait recommander plein de choses dans le coin, et expliquer certaines rivalités régionales.

(On a aussi appris l’expression “Ça casse pas trois pattes à un canard”, que l’on s’emploie depuis à utiliser régulièrement.)

Metz, ça ne s’enlignait pas pour entrer dans les coups de cœur de notre voyage. Mais grâce à la famille d’Arnaud, tout a changé; je dirais même plus, grâce à la mauvaise planification, tout a changé.

3- Abbaye et autres solutions créatives

Ne pas planifier, ça force aussi à être créatif pour trouver des solutions. Pendant le même voyage, après avoir fait un rush de visites de villes trop soutenu, avec des déplacements nombreux et fréquents, nos chemins se séparaient pour une semaine : j’allais rejoindre mon amie en Écosse, pendant que mon copain devait poursuivre son chemin en France.

Mais il était plutôt fatigué. Pas assez pour rentrer au pays, mais trop pour payer une trentaine de dollars par jour juste pour se reposer dans un dortoir plein de gens dans une auberge de jeunesse.

C’est là qu’on a eu l’idée à laquelle on n’aurait jamais pensé avant de partir.

Une retraite dans une abbaye médiévale en Normandie, pourquoi pas?

Logé et nourri moyennant une contribution volontaire, mon copain a donc passé une semaine à se reposer, à assister aux sept services religieux quotidiens entre ces murs de pierre plusieurs fois centenaires, à lire et à marcher quelques fois jusqu’au village pour trouver une bibliothèque municipale à partir de laquelle il me donnait quelques nouvelles. L’abbaye en question n’accommode pas de groupes touristiques; c’est loin de tout, on y va sur démarche personnelle, et on assiste au premier service religieux à 5 h du matin sans faute. Mais quelle expérience.

Au fond, même si on aime planifier pour ne rien manquer, il faut tout simplement faire attention de ne pas exagérer, sans quoi notre voyage peut finir par ressembler à une check-list qu’on coche en s’inquiétant déjà du nombre d’articles qu’il reste à biffer avant de s’en retourner.

Et ça, ça casse pas trois pattes à un canard…

Et vous, en voyage, vous êtes plutôt du genre “je sais déjà où acheter mes cartes postales”, ou vous laissez aller les choses?

Pour lire un autre reportage de Camille Dauphinais-Pelletier : “Le chanvre, un aliment magique?”

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