3 manchettes montréalaises qu’on a oubliées

Elles ont fasciné les Montréalais

S’il y a bien une chose que Twitter nous a appris, c’est qu’une nouvelle peut prendre des proportions épouvantables et tous nous obséder, puis être complètement chose du passé deux jours plus tard. Si plusieurs nouvelles gagnent à être oubliées, d’autres valent quand même la peine que l’on se rappelle d’elles, ne serait-ce que pour l’impact qu’elle a eu sur nos ancêtres à l’époque.

Voici donc trois manchettes qui ont fasciné les Montréalais et dont on ne se souvient plus beaucoup de nos jours…

1. La première voiture de Montréal attire les foules

On a beaucoup parlé dans les derniers jours du Grand Prix de Formule 1, en s’étonnant parfois que des voitures qui tournent en rond puissent attirer autant l’attention de la population. On peut se consoler en se disant qu’aucune Ferrari ou Mercedes n’est aussi populaire aujourd’hui que l’a été en 1899 la Waltham de Ucal-Henri Dandurand, le tout premier Montréalais à avoir eu une voiture «sans cheval».

Une glorieuse machine au volant de laquelle Ucal-Henri se promène avec sa femme, puis ses enfants (il attachera un genre de charrette à l’arrière pour les y installer).

Celui-ci avait tellement envie de faire découvrir cet engin à ses concitoyens qu’il a convié la foule à venir voir sa voiture se promener dans les rues de la ville, transportant avec lui comme passager Raymond Préfontaine, qui était maire de Montréal à l’époque.

Si vous voulez quand même voir l’une des premières voitures de l’homme qui a lancé toute cette effervescence, elle est exposée au Musée du Château Ramezay.

Non seulement les Montréalais se sont rassemblés, mais les journaux ont couvert l’événement, précisant à leurs lecteurs que cette voiture américaine conserve environ la même vitesse dans les côtes que sur les terrains plats, et qu’elle est facile à conduire (comme un vélo!).

C’était définitivement une ère avant les bouchons sur le pont Champlain.

Ucal-Henri était tellement en avance sur son temps que lorsqu’il a tenté d’enregistrer son véhicule auprès de la ville, on lui a tout d’abord donné un permis de vélo à 1 $, faute de mieux. Il a plus tard obtenu plusieurs autres voitures, et éventuellement la toute première plaque d’immatriculation (Q-1).

Depuis, c’est une évidence, le nombre d’automobilistes ne cesse de croître.

La tendance des voitures s’est toutefois développée rapidement : en 1906, soit sept ans seulement après cette première promenade dans les rues de Montréal, s’est tenu le premier Salon de l’auto. Avant les années 30, les principaux problèmes liés à l’automobile s’étaient déjà développés : trafic, enjeux de stationnement et accidents se sont ajoutés à la liste de sujets dont la ville doit se préoccuper. Yé!

[Avis aux amateurs de rigueur : deux Montréalais auraient peut-être possédé une voiture avant M. Dandurand, sans toutefois avoir le même sens du spectacle que lui… reste que pour les Montréalais de l’époque, il était définitivement le pionnier en la matière.] 

2. Le vol du siècle est commis au Musée des beaux-arts

Dans la nuit du 3 au 4 septembre 1972, trois voleurs s’infiltrent dans le Musée des beaux-arts de Montréal en passant par le plafond. Après avoir passé de longues journées à observer le musée à partir d’un bâtiment qui lui faisait face, ils savaient que le système d’alarme était débranché dans ce secteur puisque des réparations étaient effectuées sur la verrière.

Une fois dans le musée, les voleurs réunissent les trois agents de sécurité dans une même salle en tirant un coup de feu au plafond pour les attirer. Ils les menacent, les ligotent, décrochent 35 tableaux qu’ils empilent près d’une sortie, et empochent les bijoux de la collection du musée. Seul hic : l’un des complices active par accident le système d’alarme, et les trois voleurs doivent prendre la fuite plus vite que prévu, n’ayant le temps d’emporter que 18 des tableaux avec eux…

Dans la nuit du 3 au 4 septembre 1972, trois voleurs s’infiltrent dans le Musée des beaux-arts de Montréal en passant par le plafond.

Malgré ce raté, il s’agit du plus important vol d’oeuvres d’art de l’histoire du Canada, ce pourquoi il sera appelé « vol du siècle ». Les oeuvres volées valent aujourd’hui autour de 50 millions de dollars, la plus précieuse étant la Tête d’un jeune homme de Rubens.

Image de piètre qualité parce que le vrai tableau a été volé, sorry.

Évidemment, les journaux parlent de l’affaire le lendemain, et une généreuse offre de récompense est publiée dans The Gazette pour quiconque aurait une information permettant d’arrêter les responsables du vol.

Les coupables n’ont finalement jamais été retrouvés, et les oeuvres non plus. Une demande de rançon a été logée à partir d’une cabine téléphonique du coin des rues McGill et Sherbrooke (l’interlocuteur mystère avait laissé sur place dans une boîte à cigares l’un des bijoux volés, pour prouver qu’il avait bien accès au butin), mais les négociations n’ont jamais abouti à quoi que ce soit.

Une des toiles volées a été retrouvée plus tard dans un casier de la Gare Centrale de Montréal, mais seulement après qu’il ait été démontré que son auteur n’était finalement pas le peintre que l’on croyait, mais bien l’un de ses élèves.

Selon l’hypothèse d’Alain Lacoursière, consultant en oeuvres d’art et ex-sergent détective, les oeuvres se sont bien rendues au commanditaire du vol, et décorent probablement sa maison encore aujourd’hui. Le crime organisé international se sert d’oeuvres comme monnaie d’échange (plus facile de passer discrètement aux douanes une petite toile valant 16 millions de dollars que des valises pleines de billets), et c’est selon lui sûrement ce qui est arrivé dans ce cas.

Le système de sécurité du MBAM a été amélioré depuis, ce qui n’a pas empêché qu’un nouveau vol y ait lieu en 2011, alors que l’homme que l’on peut voir sur cette vidéo a volé deux objets d’art en les glissant dans son sac…

3. La fois où 10 000 Montréalais se sont retrouvés à la rue

Il semble que chaque grande ville ait eu droit à son great fire à un moment ou à un autre, et Montréal ne fait pas exception.

L’été 1852 avait assez mal commencé, alors que le 7 juin, le centre des affaires avait brûlé au complet. 1000 logements ont été détruits en six heures, dont la maison du fondateur de Montréal, Chomedey de Maisonneuve.

Mais le vrai grand feu allait survenir un mois plus tard, soit le 8 juillet, se déclarant au coin des rues Saint-Laurent et Sainte-Catherine. Comme la ville n’avait pas à cette époque d’équipe de pompiers municipaux, des pompiers volontaires se sont rendus sur les lieux, se sont rapidement mis à pomper l’eau des bornes-fontaines… et puis rien. Depuis le mois de juin, on avait vidé le plus grand bassin de la ville (situé où se trouve l’actuel carré Saint-Louis) pour la réfection de l’aqueduc.

Il semble que chaque grande ville ait eu droit à son great fire à un moment ou à un autre, et Montréal ne fait pas exception.

Les Montréalais n’ont donc pas pu faire grand-chose à part regarder le vent se lever et l’incendie se propager. Le cinquième des maisons de la ville ont été détruites, le palais épiscopal a brûlé, et 10 000 personnes se sont retrouvées sans logement. On a même dû temporairement établir des campements dans le champ de Mars et près du mont Royal le temps que les choses rentrent dans l’ordre.

Même les installations de Molson ont été sévèrement endommagées par l’incendie.

En tout cas, on a fait parler de nous cette fois-là : le London Illustrated News a même publié de grands dessins de l’incendie dans son édition du 7 août.

Ça reste plus romantique que des tweetfights.

Pour lire un autre texte de Camille Dauphinais-Pelletier: «3 choses que vous ne saviez pas sur le parc La Fontaine»

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