Laurianne Poirier

3 conseils de bouncer pour passer une belle soirée en boîte de nuit

Si vous vous souvenez de nous, c’est qu’il s’est passé quelque chose.

Si vous passez une belle soirée, vous n’aurez pas affaire à nous. Dès le lendemain, on aura presque complètement disparu de vos souvenirs. Vous vous souviendrez de la musique, des shooters, des rencontres, mais pas du videur habillé en noir qui a passé sa soirée à observer le plancher de danse. Si vous vous souvenez de nous, c’est qu’il s’est passé quelque chose.

 

C’était peut-être de votre faute. Ça ne l’était peut-être pas du tout. Mais c’est pas vraiment difficile de rester dans nos bonnes grâces et d’avoir du gros fun en boîte de nuit. J’ai été videur dans un club du centre-ville pendant quelques années et j’en ai vu passer, des fêtards. Des excellents et des très mauvais. Pour bien faire le party et rester invisible aux yeux des videurs, il suffit de respecter quelques règles. Je vous explique.

Parce que si on se souvient de VOUS, votre soirée a vraiment dérapé.

L’alcool n’est pas un superpouvoir

Vous avez le droit de boire autant que vous voulez en boîte de nuit. Vous vous déplacez en partie pour ça. Mais ça ne vous donne pas le droit de tout faire et, surtout, de blâmer votre comportement là-dessus.

 

Lors de ma première intervention sur la job, il fallait que j’éjecte un monsieur en boisson qui tirait sur les bretelles de camisole des filles sur le dancefloor.

Le vlimeux avait une technique : il profitait de la chanson Hung Up, de Madonna, qui causait des mouvements de foule sur la piste trois ou quatre fois par soir, pour se faufiler incognito.

Je l’ai averti une fois. Deux fois. Je l’ai même invité à rentrer chez lui. Chaque fois, il me disait, en anglais : « T’as raison, j’ai trop bu. Je m’excuse. Je vais rejoindre mes amis. » La troisième fois, c’est un collègue sénior qui l’a attrapé.

Les gars l’ont fait disparaître dans le twilight zone, une cage d’escalier sans caméras entre la piste de danse et la sortie. Quand je suis allé voir ce qu’ils faisaient, ils pratiquaient leur technique de claque sur la gueule sur le monsieur. J’en ai appris des choses, ce soir-là.

Ne vous en faites pas trop pour le délinquant en question : il en a été quitte pour un bon mal de cou le lendemain, mais il est revenu quelques semaines plus tard. Et nous, on était encore là pour lui dire d’arrêter d’achaler les filles. Le cycle de la vie dans une boîte de nuit !

Soyez respectueux envers tout le monde

Un de mes collègues a résumé l’essence de ce problème fréquent en boîte de nuit en une phrase. 

« Y a deux types de personnes qui vont en club : celles qui viennent s’amuser, et celles qui te vendent de la drogue pour que tu t’amuses. »

Et c’est là le nœud du problème : on ne sait jamais sur qui on peut tomber.

Si ça peut arriver au gars de la sécurité, ça peut vous arriver à vous aussi si vous faites chier la mauvaise personne.

Mon collègue l’a d’ailleurs appris à ses dépens : « Mes gars ont neutralisé une situation, un soir, mais ils ont fait une erreur de débutants et ont continué à piocher sur le gars parce qu’il a été impoli avec eux. Quand il est revenu à ses sens, il a passé un coup de fil et, quelques heures plus tard, pendant que je fumais une clope, un gars qui portait un hoodie avec les mains dans les poches m’a accosté en disant : 

— Le black qui travaille avec toi. Va le chercher.

J’ai pris mon cell et j’ai texté à mon gars de pas sortir. J’ai même pas eu le temps d’envoyer mon message que la brique a explosé à côté de moi. Il a tiré huit fois dans le club. S’il était venu pour moi, j’étais mort, parce que je n’avais nulle part où me cacher. Depuis ce temps-là, je m’assure de travailler avec des employés en qui j’ai confiance. »

Si ça peut arriver au gars de la sécurité, ça peut vous arriver à vous aussi si vous faites chier la mauvaise personne. Parole de pro des boîtes de nuit : le respect est votre meilleur pote, et c’est moins dangereux d’impressionner vos amis avec votre sens du rythme et vos battements de hanche endiablés qu’avec vos gros bras.

Prendre des décisions en boisson, c’est une mauvaise décision

La plus grosse bataille à laquelle j’ai participé sur la job, c’était à cause d’un gars qui avait décidé de consommer de la drogue alors qu’il était déjà pas mal en boisson. J’ignore quelle drogue, mais je sais qu’elle lui a donné plusieurs superpouvoirs, dont l’insensibilité à la douleur. Ah oui, et le gars avait la carrure d’un joueur de ligne défensive dans la NFL.

On était toute l’équipe (12 gars) à essayer de le maîtriser. Je l’ai vu plier le bâton télescopique d’un collègue avec une main, « pitcher » un gars aussi gros que lui au bout de ses bras, défoncer un speaker avec la tête d’un autre… Un de mes collègues a finalement réussi à lui sauter dans le dos et à lui fermer les lumières avec un étranglement sanguin.

La morale de cette histoire : pensez aux autres. Un club, c’est un lieu de fête et d’excès. L’équilibre d’une soirée tient sur une fine ligne. Il faut que tout le monde ait du fun et, la plupart du temps, c’est exactement ça qui se passe. Lorsque quelqu’un arrête d’avoir du fun ou pense juste à son plaisir à lui, c’est là que ça dérape.

Mais ne vous en faites pas. On est là pour s’occuper d’eux.

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