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WAW – JS Fabien

20 ans plié en deux : la petite histoire de We Are Wolves

À la veille d’une tournée rétrospective, le duo se raconte à travers son engagement envers l’art automatique, le danger et le punk bordélique.

13 mars 2026
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Québec, 2005. C’est l’année de la Commission Gomery et du manifeste Pour un Québec lucide de Lucien Bouchard. C’est aussi l’année où Jean-Nicolas Verreault incarne le Survenant, qu’André Boisclair admet avoir sniffé de la coke dans sa jeunesse (sic) et que Marie-Chantal Toupin reçoit le Félix de l’album rock de l’année (!).

À Montréal, à l’ombre de toute cette lumière, ça frémit dans l’incubateur de création qu’est le Mile-End, berceau de ce qui deviendra « le nouveau Seattle » avec l’essor des Dears, Arcade Fire, Karkwa, The Stills et Wolf Parade.

Dans l’antichambre de cette scène, sur le campus de Concordia, Alex Ortiz et Vincent Lévesque fomentent ce qui deviendra We Are Wolves et leur cultissime premier album Non Stop Je Te Plie En Deux.

Pour célébrer le vingtième anniversaire du groupe, les gars amorcent cette semaine une tournée rétrospective durant laquelle ils revisiteront leur premier effort, ainsi que toutes les phases de leur insaisissable discographie.

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Je les ai rencontrés un peu plus tôt cet hiver, au 180 g, le disquaire de Rosemont désormais connu pour ses stocks de vinyles d’Angine de Poitrine (hehe).

Et Dieu créa les Loups

D’abord, il faut parler de Non Stop Je Te Plie En Deux, parce que dans le Montréal de 2005, c’était une proposition assez radicale. Pas parce que We Are Wolves ont été les premiers à mélanger le noise, le punk et l’électronique. C’était déjà le cas chez Aids Wolf, Les Georges Leningrad et Duchess Says. Mais chez les Loups, dès ce premier album, il y avait un flair mélodique et un sens du hook qui allaient propulser leur musique bien au-delà des frontières de l’underground.

« Je me souviens qu’on a joué au CMJ [NDRL : un énorme M pour Montréal new-yorkais]. Après le show, un ami nous dit : “Hey, il y a un gars de Fat Possum Records qui était là.” Notre agent leur avait envoyé notre CD. C’est comme ça qu’on s’est retrouvés signés. On ne réalisait pas vraiment ce qui se passait. Le disque s’est juste retrouvé au bon endroit au bon moment », raconte Alex.

Qu’est-ce que Matthew Johnson, le fondateur du respecté label, a trouvé chez We Are Wolves et dans son drôle d’objet musical pour l’ajouter à son alignement de groupes blues ? On ne le saura jamais. Mais d’avoir un premier contrat de disque en poche, aux États-Unis, a permis au groupe de traîner son attirail un peu partout sur le continent. Pas mal pour un album enregistré un peu n’importe où et surtout, n’importe comment.

« Cet album-là, on l’a fait comme des démons. On enregistrait à des heures impossibles, dans différents studios, parce que quelqu’un voulait bien nous enregistrer. Des fois, c’était dans le salon d’un ami », raconte Alex.

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Vincent ajoute : « On ne savait pas vraiment comment faire un album. C’était bordélique, tout est saturé. Mais c’est ça qui a donné le son du disque. »

Ce son distinctif, Vincent en est largement responsable, lui qui a appris à jouer du clavier en composant les premiers morceaux de We Are Wolves.

« Dans ce temps-là, les claviers analogiques et les drum machines, ça coûtait des pinottes. Pour 100 $, tu pouvais avoir un petit synthé. Tu faisais deux notes, un arpège, puis tu criais par-dessus. C’est un peu comme ça qu’on a commencé », relate le claviériste.

Alex complète : « Tout le monde qui venait nous voir nous faisait le même genre de commentaire : “What the fuck, you guys sound like nothing else.” »

Des racines garage et pas les moindres

Sur les notes dissonantes de Vincent, Alex, en totale écriture automatique, criait tout ce qui lui passait par la tête. Pour le chanteur, qui parle anglais, espagnol et français, c’est l’anglais qui se prête le mieux à sortir des idées, des phrases courtes, comme autant de slogans qui deviennent des one-shot chorus. Ça rime, le timing est bon. Tu répètes des mots et, tout d’un coup, ça devient la chanson.

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D’ailleurs, j’ai questionné le groupe sur le refrain de Snare Me. C’est bien « smell of female » que j’entends ?

« Oui, comme l’album live des Cramps », confirme Alex.

Ah, ben oui. Sept mots qui rendent tout plus clair. Les Cramps sont bien présents sur Non Stop.

« On a été marqués par les Cramps. Le drummer jouait debout, c’était minimal, garage, tout croche. »

WAW live
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De l’éthique de la boîte de pizza

J’y ai déjà fait référence, mais l’univers artistique de We Are Wolves ne se limite pas qu’au son. Sur scène, chaque show devient un terrain de jeu visuel où l’esthétique DIY et l’improvisation prennent presque autant de place que la musique et contribuent à l’énergie unique de leurs prestations.

« En tournée au Canada, on arrive à Saskatoon le soir de l’Halloween, mais évidemment on n’a pas de déguisement parce qu’on n’avait pas pensé à ça en partant de Montréal. Donc, le soir même, dans la loge, on se demande ce qu’on fait… », rappelle Vincent.

Alex ajoute : « Tout ce qu’on a, c’est des boîtes de pizza, de la peinture cheapette et des balais. On était comme : “OK, on va porter ça comme si on avait des pancartes dans une manifestation.” »

L’idée était née… d’une boîte de pizza. Elle s’est raffinée avec le temps, mais l’intention créative et l’affirmation DIY n’ont jamais quitté le groupe.

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« Il y a les déguisements, les costumes, les décors en gros carton, les maracas disco. Ça n’a jamais été des trucs à grand déploiement, on l’a toujours fait à notre échelle, mais on a toujours voulu apporter cette dimension-là. »

Sûrement des magiciens

Après les premières tournées et l’énergie brute de Non Stop Je Te Plie En Deux, une autre étape s’amorce. Le band revient au Québec et reconnecte avec une scène montréalaise en pleine effervescence. C’est comme ça que commence l’histoire de Total Magique, qui marque une grande période de succès pour We Are Wolves et durant laquelle le groupe cimente sa place dans le paysage musical de la métropole.

« Ça a boomé à ce moment-là. Ça s’est consolidé. Je pense qu’on ne réalisait pas à quel point il y avait quelque chose qui se passait à cette époque-là. »

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Comme deuxième album, Total Magique est aussi plus facile d’approche. On y retrouve un groupe qui cerne mieux ce qu’il cherche. Le son se précise, les influences se rencontrent et We Are Wolves assume pleinement ce territoire entre garage, électronique et post-punk et le tire dans une direction plus concise.

Plus focus, oui, mais pas moins chaotique pour autant. Total Magique réaffirme même le penchant du groupe pour le danger, son véritable ADN.

C’est peut-être ça, la véritable magie de We Are Wolves : placer ses auditeurs en état d’alerte permanent, entre le déhanchement et la grosse dérape. Maintenir cette tension fragile entre contrôle et chaos. Et ça, c’est dangereux.

Une communion dans le chaos

Vingt ans plus tard, cette part de danger demeure la composante la plus caractéristique de l’énergie et du son de We Are Wolves. Choyés seront les fans qui se déplaceront pour un des spectacles anniversaires que le groupe a concoctés.

« L’idée, c’est de faire quelque chose de pseudo-chronologique. On commence avec Non Stop, on joue quatre ou cinq tounes de cet album-là, puis on passe à Total Magique, Invisible Violence, La mort pop club, Wrong et NADA. »

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En attendant, je retourne à 2005, l’année de l’élection de Gérald Tremblay à la mairie de Montréal, et je me fais un devoir lucide (salut, Lucien !) de revisiter l’univers effervescent de Nous Sommes Loups.

Merci, les gars.

La dérape s’arrête au Ausgang Plaza de Montréal le 13 mars avant de poursuivre sa route vers plusieurs autres villes du Québec ce printemps.

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