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10 choses à savoir sur un héros de guerre québécois méconnu

Les exploits de Léo Major, aka le Rambo québécois ou le Fantôme borgne.

Par
Sebastien Jean
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C’est aujourd’hui le 11 novembre, jour du Souvenir. Pour souligner l’évènement, je propose de vous raconter, en dix moments-clés, la vie d’un grand héros de guerre québécois pourtant passablement inconnu chez nous : Léo Major, que plusieurs appellent « le Rambo québécois » ou encore « le Fantôme borgne ».

1 – C’est un Québécois… né aux États-Unis

Léo Major est né le 23 janvier 1921 à New Bedford au Massachusetts. Il est né aux États-Unis parce que son père était ouvrier de chemin de fer pour le Canadien National (CN) et était affecté temporairement chez les Américains via un programme d’échange de travailleurs. Six mois plus tard, il rentre au pays avec sa famille à Montréal, leur lieu d’origine.

2 – Avant la guerre, il était dynamiteur

Après la vie de fermier, il se trouve un travail sur la construction de la Gare Centrale à Montréal. Ayant déjà un penchant pour le travail à haut risque, on lui affecte le boulot de dynamiteur. Vous voyez le genre de gars?

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3 – Il a participé au débarquement de Normandie

Léo Major participe à la plus importante opération militaire du 20e siècle : le débarquement de Normandie, le 6 juin 1944. Les Canadiens débarquent à Juno Beach et Léo entre tout de suite dans l’action, faisant exploser une partie du mur d’un bunker, avec cinq autres soldats de la Chaudière, mettant ainsi fin aux activités d’un nid de mitrailleuses allemandes qui tenaient des troupes canadiennes-anglaises clouées au sol, plus bas sur la plage.

4 – Il a cambriolé un véhicule allemand

Plus tard dans l’après-midi du débarquement, Léo est affecté, avec un autre soldat, à une mission de reconnaissance près des lignes ennemies. Ils tombent sur un véhicule blindé allemand conduit par trois soldats. Ils le capturent et demandent au chauffeur, encore en vie, de le conduire jusqu’aux lignes canadiennes. Une fois en territoire amical, le commandant en chef du bataillon demande à Léo de livrer le véhicule, mais il refuse, préférant le remettre en main propre au commandant de son régiment. On apprendra plus tard que ce véhicule contenait des transmetteurs et plusieurs livres-codes (voir le film The Imitation Game), essentiels aux communications ennemies.

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5 — Il a perdu l’usage d’un œil et refusé de rentrer chez lui

Trois semaines plus tard, le jour de la Saint-Jean-Baptiste, Léo et quatre autres soldats tombent sur une patrouille allemande et une fusillade éclate. Les Canadiens tuent les Allemands, mais un soldat lance tout de même une grenade au phosphore avant de mourir. La grenade éclate et blesse Léo à l’œil gauche. On l’amène à l’hôpital, où un médecin lui indique que cette blessure est son billet de sortie pour rentrer au pays. Léo refuse, indiquant que de toute façon, c’est son autre œil qu’il utilise pour tirer. On le renvoie au front avec un bandeau de pirate. Le Fantôme borgne est né.

6 – Il a capturé 93 soldats allemands pendant la Bataille de l’Escaut

Lors de la bataille de l’Escaut, il tombe sur une patrouille de deux soldats allemands, en tue un, capture l’autre et se rend au campement du soldat où il force le commandant de l’unité à se rendre. Il rentre au camp avec 93 soldats allemands comme prisonniers.

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7 – Il a refusé une médaille

Pour cet exploit, on veut lui remettre la Distinguised Conduct Medal (DCM) pour sa bravoure, mais il la refuse parce qu’il estime que le Général Bernard Montgomery, qui devait lui remettre cette médaille, est un incompétent (lol).

8 – Sévèrement blessé au dos, il s’est sauvé de l’hôpital

Après s’être blessé au dos en survivant à l’explosion d’une mine anti-char, avoir refusé encore une fois de rentrer au Canada et s’être sauvé de l’hôpital pour aller récupérer chez une famille hollandaise qu’il avait rencontrée plus tôt, il revient à son unité à la fin du mois de mars 1945.

9 – Il a libÉré un village des Pays-Bas à lui seul

Le 13 avril 1945, le Régiment de la Chaudière est en banlieue de Zwolle. Avant de tirer sur la ville avec l’artillerie, on demande deux volontaires pour aller repérer les positions ennemies dans la ville. Léo Major et son ami Willy Arsenault acceptent. Pendant la nuit, Major et Arsenault entrent dans la ville. Peu de temps après, Arsenault est repéré et abattu par les Allemands. Major devient fou furieux et réplique en tuant deux soldats, forçant le reste à se replier à bord de leur véhicule. Il poursuit le véhicule et court dans les rues de la ville, tirant un peu partout et lançant des grenades dans les maisons vides, afin de faire croire à une force d’invasion. À plusieurs reprises, il tombe sur de petites troupes allemandes qu’il force à se rendre, pour les accompagner jusqu’aux lignes canadiennes avant de retourner dans la ville. Il tue quatre officiers supérieurs au quartier général des SS et met le feu au bureau de la Gestapo. Le matin, Major rentre à la base, déclarant que la ville est libérée. On lui remet la DCM une seconde fois, mais cette fois, il l’accepte.

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10 — Il est retourné à la guerre en Corée, et a triomphé

En novembre 1951, les Américains perdent une position importante en Corée, la colline 355. C’est une position-clé qui comporte beaucoup de points défensifs et les Américains ont dû laisser derrière eux beaucoup de matériel. Léo et 18 de ses hommes reprennent la colline. La Chine envoie deux divisions totalisant 14 000 hommes pour la reprendre, sans succès. Croyez-le ou non, Léo et ses troupes tiennent pendant trois jours d’assaut constant avant d’être remplacés par d’autres troupes canadiennes venues en renfort. Un des soldats est blessé et c’est Léo lui-même qui le redescend de la colline sur son dos. Pour avoir repris une colline avec moins de 20 hommes, alors que 10 000 Américains n’avaient pu le faire, il reçoit sa deuxième médaille DCM.

MAIS CE N’EST PAS TOUT!

  • Léo Major est l’un des 38 Canadiens à avoir reçu deux Distinguished Conduct Medals (en plus d’en avoir refusé une), mais c’est le seul Canadien à l’avoir fait dans deux guerres différentes.
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  • Il est le seul soldat connu à avoir délivré à lui seul une ville.
  • La Médaille de l’Assemblée nationale a été remise à Léo Major à titre posthume en 2013.
  • À Zwolle, il a reçu le titre de citoyen d’honneur en 2005 alors qu’il était âgé de 84 ans. Le 14 avril est célébré dans cette ville et le drapeau canadien est hissé en l’honneur du libérateur Léo Major. Une avenue porte son nom et un parc est nommé en la mémoire de son ami Willy Arsenault.
  • À Vaudreuil-Dorion, la rue Major est instaurée en 2015.
  • Le parc Léo-Major est renommé en 2018 à Longueuil.
  • Même si le nom de Léo Major a été ajouté à la banque prévisionnelle de toponymie de la ville de Montréal, rien ne porte son nom encore aujourd’hui.
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Pour conclure, je crois qu’en ce 11 novembre, on doit se souvenir des soldats canadiens qui ont donné leur vie ou qui ont sacrifié leur jeunesse ou leur santé physique ou mentale pour défendre notre liberté. Il faut se souvenir de l’importance de ce sacrifice en honorant et remerciant ces personnes.