«  Je ne suis pas raciste, mais…  »

Je mentirais si j’affirmais que, depuis mon jeune âge, je suis consciente du racisme qui m’entoure.

J’ai grandi dans un environnement principalement blanc dans lequel j’ai longtemps pensé que le blackface était acceptable. Je croyais aussi que laisser des gens caresser ma crinière frisée sans mon consentement, c’était ok! Je trouvais normal que les minorités visibles campent moins de 5 % des rôles à la télévision et au théâtre.

BEN NON! C’est pas normal pantoute.

J’ai fucking honte de l’avouer, mais je me suis réveillée su’l tard. En fait, je n’ai été sensibilisée au racisme et à ses conséquences que dans les trois dernières années. J’ai compris au fil de mes recherches qu’il existait plusieurs types de racisme dans le monde. Ça en fait beaucoup de « Je ne suis pas raciste, mais… »!

Le racisme au pluriel
Le racisme est une question de relation de pouvoir. Il y a le racisme individuel et le racisme systémique. Le racisme systémique comprend le racisme institutionnel et le racisme structurel. Il y a également le racisme intériorisé et le racisme anti-noir. OK, je vous ai perdus!

Allons-y avec une analogie.
Choisissez un arbre dans votre cour, votre rue, votre quartier.
Dites-vous que les racines dans la terre symbolisent le problème systémique et structurel, alors que les feuilles sont des manifestations quotidiennes et que le tronc est le soutien institutionnel qui relie les deux.

C’est plus clair?

Le racisme individuel ou celui qui est difficile à spotter = Préjugés, stéréotypes et actions individuelles, conscients ou pas, que l’on peut avoir à l’égard d’un autre individu en raison de son appartenance à un groupe ou de sa couleur de peau.*

Tsé, le fameux « Je ne suis pas raciste, mais [insérer une affirmation raciste] »?. Commencer sa phrase avec ce statement ne rend pas le tout moins offensant. La prochaine fois que vous sentez le besoin de dire que vous n’êtes pas racistes, c’est peut-être le petit son de la cloche pour vous rappeler que vous l’êtes probablement.

Le racisme systémique ou celui qu’on fait semblant de ne pas voir = Production sociale d’une inégalité fondée sur la race favorisant le « privilégié » et défavorisant le « racisé » lors de différentes situations dans les sphères économiques, culturelles et politiques.

Concrètement, c’est comme si les médias diffusaient des images indiquant que tous les musulmans sont des extrémistes et que toutes les femmes portent la burqa. À la suite de la propagation de ce stéréotype négatif, il devient difficile pour cette communauté de s’intégrer. Par exemple, des propriétaires racistes peuvent refuser de louer un appartement à cause de cette fausse perception qui manque de nuances et qui engendre une peur irrationnelle de l’autre.

Le racisme intériorisé ou celui qui a lieu à l’intérieur d’un même groupe = Forme du racisme à l’intérieur d’un même groupe opprimé.

Par exemple, chez les noirs: ceux à la peau claire peuvent être valorisés, tandis que ceux à la peau foncée peuvent être dénigrés et vus inférieurs dans la société.

Chacun vit ses petits struggles dans sa propre communauté.

Le racisme anti-noir ou celui dont la couleur de peau affecte la dynamique de pouvoir = Attitude ou comportement dévalorisant une personne de couleur noire.

Y’a pas grand chose de plus à dire sur celui-là : le principal critère de discrimination est la couleur de la peau. Point.

Mais, si je veux être une meilleure personne?

Lorsqu’on réalise qu’on a des comportements racistes, il faut s’adapter pour changer les choses.

1) Se renseigner pour mieux comprendre.

Personnellement, je me suis abonnée à des personnes qui militent contre le racisme, sur Facebook et Twitter.
Au Québec, je parle de Dalila Awada, Manal Drissi, Will Prosper, Cathy Wong, Fabrice Vil, Émilie Nicolas et Natasha Nanimissuat Kanape.
Aux États-Unis, je pense à Shaun King, The Love Life Of An Asian Guy, Franchesca “Chescaleigh” Ramsey, Thoughts of an Angry Hijabi et Kat Blaque.

C’est important de diversifier nos sources, en termes de communautés (noires, asiatiques, arabes, autochtones, etc.), parce que chacun vit différemment le racisme, selon sa culture.

2) Sensibiliser son entourage. Rappeler souvent à mononcle Guy et matante Denise que « non, ce n’est pas correct d’utiliser le mot nègre allègrement, même si c’est le titre d’un livre » ou « qu’être musulman ne veut pas dire être terroriste même si on vous montre le contraire dans la série Marche à l’ombre ».

3) Ne tenez pas pour acquis que les personnes racisées vont vous éduquer sur le racisme. Ce n’est pas leur job de 9 à 5.

Tant qu’à essayer de vous justifier lorsqu’on vous dit que vous êtes racistes, acceptez cette étiquette et changez votre comportement. Pour le bien collectif de tous.

Et qui sait, peut-être qu’on n’entendra moins souvent de « Je ne suis pas raciste, mais… »

*Si tout comme moi le sujet vous intéresse, la Fondation canadienne des relations raciales offre d’autres définitions. Leur glossaire m’a grandement aidé pour la rédaction de cet article. 

Pour lire un autre texte sur le sujet: « Du petit racisme ».

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