Une série jeunesse, c’est l’époque du secondaire, des premiers amours, des jeunes qui connaissent le monde, des dynamiques hommes-femmes un peu louches et des références communes qui dureront toute la vie. Qu’on vienne de Cloridorme ou d’Hochelaga, on a tous regardé les mêmes. C’est beau hein? Tous unis grâce à nos télés. Quand j’étais plus jeune et probablement plus insouciante qu’à l’aube de mes 30 ans, j’arrivais à consommer des séries télés sans trop me prendre la tête à les analyser. 

C’est fascinant de se rappeler ce qui nous influençait dans ces temps-là.

Enfant de cinéphile que je suis, mes parents approuvaient mes choix télévisuels que s’ils étaient des films lugubres en serbo-croate sous-titrés en allemand, diffusés à Télé-Québec à l’heure ou tout le monde dort. C’est dire que ma mère ne se gênait guère pour me témoigner à quel point c’était quétaine une ado qui tue des vampires. «Tsss Maman, tu comprends pas comment ils s’aiment!», répondais-je, convaincue que ma génération avait inventé les amours impossibles. Inutile de préciser que j’ai découvert plusieurs classiques de jeunesses sur le tard puisque je n’avais pas le câble.

Les séries pour ados et jeunes adultes sont le reflet de nos préoccupations quelques années plus tard (le temps qu’elles soient mises en mots puis transformées en TV show) et c’est fascinant de se rappeler ce qui nous influençait dans ces temps-là.

En voici quelques-unes qui valent encore une soirée Netflix tranquille:

Freaks and Geeks

On m’a souvent parlé de cette série dite «culte» pourtant complètement passée en dessous du radar et cancellée après une saison. On se retrouve dans une école secondaire où, pour une fois, l’intrigue n’est pas construite autour d’une équipe de cheerleaders et des joueurs de foot. C’est rafraichissant, drôle, bien écrit (même 18 ans plus tard!) et plus réaliste que bien d’autres séries pour ados à la One Tree Hill.

En 1999, on ne pouvait pas savoir à quel point cette série aller contribuer à cristalliser le style de Judd Apatow (Love, Girls, 40 ans et encore puceau) et à la carrière de Seth Rogen, Lizzie Caplan, Busy Philipps et Jason Segel. Depuis, ce groupe d’acteurs a collaboré sur d’innombrables projets tant devant que derrière la caméra (This is the end, Pineapple Express, Super Bad, Forgetting Sarah Marshall, etc…).

Judd Apatow a même affirmé que depuis la fin du show, il tente toujours de retravailler avec cette équipe et que les personnages de Freaks and Geeks inspirent ses films encore aujourd’hui. Je trouve ça fou de pouvoir mettre le doigt sur l’événement ou le projet qui a enclenché l’effet domino.

Buffy contre les vampires


(Mention spéciale au narrateur du trailer qui ne peut pas plus incarner les années 90)

Gros hit des années 90 qui fut peut-être l’apogée de la carrière de Sarah-Michelle Gellar, il m’aura fallu quelques épisodes pour me réhabituer aux effets visuels de l’époque. J’ai tout de même réussi à m’attacher aux personnages malgré toute la technologie qui a mal vieillie. C’est un plaisir que de retrouver l’attitude tragico-britannique de Rupert Giles et de voir Willow Rosenberg hacker la vie avec des vieux PC. Buffy avait le mérite de mettre en scène des personnages féminins très intéressants à une époque où les médias de masse ne critiquaient pas ouvertement une série parce qu’elle enfermait les femmes dans les mêmes carcans dépassés qu’à l’habitude. Qui n’a pas rêvé de se réveiller un matin avec la force nécessaire pour faire face à tous les démons du monde? C’est une belle métaphore quand on y pense.

That 70’s show

À travers celle-ci, on fait un double voyage dans le temps. On revit notre jeunesse mise en scène dans celle de nos parents. Dès les premiers épisodes, on constate que la seule chose qui ne change pas avec le temps est l’ambiguïté et les questionnements qu’apporte le sentiment amoureux. J’ai adoré découvrir de nombreux seconds degrés dans l’écriture, notamment sur la politique américaine et le multiculturalisme, que je ne remarquais pas à l’âge du premier visionnement.  Ironiquement, ce sitcom ne risque pas de traverser des générations, ça reste de la télé-bonbon qui se consomme bien en rafale avec une gang d’amis et une bouteille de vin.

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Le fait est que, dix ou 15 ans plus tard, réécouter les séries qui furent adorées avec un soupçon de sens critique, ça a quelque chose d’intéressant. Dans dix ans on regardera Girls en se disant que la mode générationnelle était de s’autoriser une longue quête identitaire pour tenter de fuir un vide que personne ne comprend vraiment. Au même titre qu’en regardant Sex and The City 15 ans plus tard on se rend compte du chemin qu’on avait à parcourir pour se libérer des stéréotypes féminins réducteurs.

Mis à part la petite analyse sociologique qui peut découler d’une deuxième (ou dixième) écoute de ces séries, la raison principale de tout voyage dans le temps est que la nostalgie fait du bien. On est marqué par des histoires différentes, mais pareilles et encore aujourd’hui, tout fan de Buffy n’arrivera jamais à prononcer les mots: «c’est quétaine une ado qui tue des vampires».

 

Pour lire un autre texte de Mali Navia: «Les séries pour ados : Toujours la même chose?»