– Bonjour, Rose-Aimée? Je m’appelle Caroline Fortin, je suis présidente du Mouvement Retrouvailles. Je vous ai trouvée sur Google. Je pense que votre mère cherche sa famille biologique?
– Euh… Oui.
– J’aimerais l’aider.

J’étais au bureau, avril battait son plein. Cet appel me surprenait, mais ne me propulsait pas non plus dans un état de fol enthousiasme. Je ne me faisais pas de faux espoir; ma mère cherchait sa mère biologique depuis plusieurs années déjà, et ce, sans grand succès. Mais là, elle venait de mettre une vidéo sur Facebook. Un témoignage dans lequel elle révélait le peu de détails dont elle était au courant (sa date de naissance, le lieu de l’accouchement et son nom à la naissance).

Ladite vidéo avait fait son chemin jusqu’au Mouvement Retrouvailles, un organisme qui accompagne les personnes adoptées, les parents adoptifs et les familles biologiques dans leurs recherches et, idéalement, leurs retrouvailles. Ma mère étant une femme de sa génération, elle ne voyait pas les messages Facebook que la professionnelle lui envoyait. Caroline a fouillé un peu, a vu que je travaillais pour URBANIA, puis m’a simplement appelée.

Quelques jours plus tard, tout changeait. Des recherches de mon petit frère combinées à celles du Mouvement Retrouvailles nous menaient à un même point : quatre frères cherchaient leur sœur, ma mère, depuis 26 années.

Une rencontre a été organisée, de concert avec Caroline Fortin. C’est que le choc des retrouvailles peut être grand. L’événement tant attendu peut aller rondement, comme il peut enclencher des mécanismes insoupçonnés. Les membres des familles réunies grâce au Mouvement Retrouvailles sont donc toujours accompagnés par un bénévole qui est lui-même passé par là, question d’être bien encadrés lors de l’importante première rencontre.

L’histoire de ma mère en est une belle.

Elle a retrouvé ses origines. Elle adore la famille qui est maintenant – et depuis toujours – la sienne. Ladite famille l’aime aussi. Dimanche, j’ai rencontré mes oncles, mes tantes, mes cousins et mes cousines, pour la première fois. À 28 ans, j’ai découvert un tout nouveau réseau aimant et chaleureux. Mais il y a encore beaucoup à faire pour que d’autres familles puissent goûter à ce bonheur.

Merci, Facebook.

Les réseaux sociaux sont un outil de plus en plus populaire auprès des personnes adoptées qui partent à la recherche de leurs parents biologiques. Comme on l’indique dans The Atlantic : en janvier dernier, une jeune Américaine de 21 ans a publié sur Facebook une photo d’elle avec une affiche indiquant entre autres sa date et son nom de naissance. Deux jours et 160 000 partages plus tard, elle retrouvait sa mère biologique! Depuis, plusieurs personnes l’ont imitée, profitant de l’incroyable portée des réseaux sociaux pour traquer leurs origines.

Mais comme on le souligne dans The Atlantic : n’est-ce pas étrange de devoir recourir à Facebook pour trouver une réponse à une question aussi importante que « d’où viens-je? »…

Le Québec, ce retardataire!

En fait, dans certains endroits – comme le Québec –, il est impossible pour les personnes adoptées de connaître le nom de leurs parents biologiques. Elles doivent donc se tourner vers la communauté, une poignée de renseignements entre les mains, et espérer que le hasard opère. Caroline Fortin travaille fort pour que les choses changent.

« On se bat depuis quelques années! En ce moment, les personnes adoptées ont accès à des informations non nominatives, c’est-à-dire à un résumé de leur dossier d’adoption : leur lieu et heure de naissance, parfois une description sommaire de la mère et/ou du père, mais rien qui puisse aider à leur identification. Elles savent aussi le prénom qu’on leur a donné à la naissance, mais depuis quelques années, elles ne peuvent pas connaître le nom de famille qu’elles portaient avant l’adoption. »

C’est bien peu de choses quand on souhaite découvrir son passé et son avenir – parce que si une maladie héréditaire traîne dans le coin, Dieu sait qu’on préfère le savoir. Croyez-moi. Caroline m’explique la démarche actuelle à suivre :

« Pour connaître l’identité de la personne recherchée, on a besoin de son consentement. Les centres jeunesse du Québec ont souvent accès au contact des parents biologiques et des enfants confiés à l’adoption. Ce sont donc eux qui se chargent de les approcher. Mais si une personne refuse le contact, alors on ne peut pas connaître son identité.

Nous, ce qu’on veut, c’est faire valoir qu’en tant que personne adoptée, c’est notre droit de connaître notre identité.

On peut comprendre le véto sur le contact, par contre au niveau de l’identité, c’est un droit humain de savoir d’où on vient! Alors on aimerait que si la personne recherchée ne souhaite pas de rencontre, qu’elle doive à tout le moins donner des informations sur les antécédents médicaux de la famille. C’est tellement important…

Ce qu’on aimerait aussi, c’est la mise en place d’un processus permettant aux personnes de connaitre leur statut d’adopté. Qu’à partir de 18 ans, une personne qui a un doute sur son statut puisse demander à l’état civil, par exemple, si elle a été adoptée ou non. Ça arrive que des adultes découvrent tardivement leur statut, en faisant une demande de passeport, par exemple. Des informations ne concordent pas et on se fait appeler par un fonctionnaire qui dit : Est-ce que ça se pourrait que vous ayez été adopté?

Le Québec est en retard. L’accès aux informations nominatives est permis partout au Canada, sauf au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse, à l’Île-du-Prince-Édouard et ici. Je dis souvent qu’on sera la onzième province sur dix à opérer ce changement… »

Ça concerne beaucoup de gens!

Ma mère est loin d’être un cas d’exception. Selon Caroline Fortin, 300 000 personnes ont été confiées à l’adoption au Québec depuis le début des années 1920. En incluant près de 600 000 parents biologiques et 400 000 parents adoptifs, on parle de 1,3 million de personnes concernées par l’adoption, au Québec seulement! Et c’est sans compter la fratrie des personnes adoptées…

Si le sujet vous interpelle, ou qu’il vous touche personnellement. Si vous êtes d’accord avec les revendications citées par le Mouvement Retrouvailles, sachez qu’il y a une pétition qui se fait aller. Et que si ça vous tente, vous avez jusqu’au 28 septembre pour la signer.

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Pour lire un autre texte de Rose-Aimée Automne T. Morin : « J’aime les femmes »