T’es pas comme les autres filles.

Plus jeune, c’est le genre de choses qu’on me disait régulièrement et qui me rendaient heureuse. Fière. Ça me donnait l’impression de me démarquer, d’avoir échappé aux méchants défauts qui viennent malheureusement avec tout vagin, et ce, dès la naissance.

T’es one of the boys.

Je faisais partie de la gang de gars sans avoir à faire d’efforts. J’avais une chance dont la majorité de mes consœurs ne jouissait pas. Je gagnais au jeu des sexes!

J’y repense et je me sens mal.
Je tiens donc à m’excuser.

Je suis comme les autres

En fait, ces propos ne me font plus du tout plaisir. Ils ont même commencé à m’irriter. Oh, ce n’est pas mal intentionné, bien entendu. Mais laissez-moi vous expliquer pourquoi ils me heurtent.

T’es un gars dans un corps de femme!

Je sais que ça se veut gentil. J’entends bien ce qu’on souhaite dire par là : tu ne corresponds pas aux clichés véhiculés au sujet de la gent féminine. Tu prends trop de place, tu manques de pudeur et tes genoux sont poilus. Ce n’est pas digne d’une « vraie fille », mais c’est rafraichissant. C’est comme être accompagné d’un bon vivant qui ovulerait à l’occasion… Party!

Sauf que l’affaire, c’est que je n’agis pas comme un homme. Je suis une femme avec des qualités et des défauts, qu’on aime ou pas.

Ce que ces faux compliments sous-entendent, c’est une compétition. C’est l’idée que je devrais être ravie d’être séparée de celles que j’admire. Or, je n’aime pas me faire dire que je ne corresponds pas à ce qu’on attend de mon identité, que je clash dans le décor. Parce que le décor, il est loin d’être uniforme. Et parce qu’être une femme me remplit de fierté.

Les femmes existent. Elles sont. Loud ou muettes. Vulgaires ou non. Émotives, comme de glace. Fortes, vulnérables, résilientes, déroutantes, grandioses, paradoxales, tout ça en même temps ou rien pantoute. Elles peuvent se contrecrisser de leur genre, le changer, l’embrasser, le renier. Et dans tous les cas, je n’ai pas envie qu’on me dissocie d’elles.

Les femmes que je côtoie sont stimulantes, fortes et multiples. Elles me tendent la main, propulsent les autres vers le haut, s’assument. Je les aime.

Je suis différente?
Oui.
Comme elles.

Je m’excuse d’avoir déjà cru le contraire.

Les mots de Rupi Kaur

Rupi Kaur, fantastique artiste de Toronto, a mis de bien meilleurs mots sur mon malaise. J’ai récemment dévoré son recueil de poèmes, milk and honey, puis je ne peux que vous en conseiller la lecture. Ça brasse et ça fait du bien.

Voici ce qu’elle a à dire sur le sujet.

you tell me
i am not like most girls
and learn to kiss me with your eyes closed
something about the phrase – something about
how i have to be unlike the women
i call sisters in order to be wanted
makes me want to spit your tongue out
like i am supposed to be proud you picked me
as if i should be relieved you think
i am better than them

 Voilà. Merci.

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Pour lire un autre texte de Rose-Aimée Automne T. Morin : « Depuis qu’ils ont perdu un enfant »