Bonjour/ Bonsoir, c’est selon…

Depuis ce matin, je vois défiler des centaines d’articles, statuts et réflexions sur cette journée. C’est très touchant!

Évidemment, il fallait que je tombe sur Richard Martineau (ce phare dans la nuit… en plein jour) qui nous explique que la lutte est plus urgente ailleurs qu’ici. D’ailleurs, lorsqu’il est question du féminisme québécois, c’est une idée assez courante ça : « Ça va mieux ici qu’ailleurs. »

Si vous me permettez, j’aimerais m’attaquer à cette idée.

Je la déteste profondément.

Je la trouve réductrice.

Est-ce vrai que la condition féminine est pire ailleurs? Absolument! Personne ne le nie.

Mais, c’est aussi vrai qu’on trouve mieux ailleurs (allô la Norvège!). Il faut être conscient du fait que la moindre statistique, le moindre article, la moindre vidéo mal filmée nous fera toujours gagner (ou perdre) le jeu des comparaisons. Ce n’est donc pas un bon argument, encore moins une réflexion intelligente, que de dire : « C’est pire ailleurs. »

Le problème avec l’évocation des souffrances d’ailleurs est double.

D’abord, on compare fréquemment des sociétés qui n’ont strictement rien en commun sinon qu’elles sont constituées d’hommes et de femmes et qu’elles ont sûrement un animateur de quiz fatigant qui pollue les ondes télé. Mais ça s’arrête souvent là. Par exemple, quels sont les points communs entre l’Arabie saoudite et le Québec?

On compare (et juge) des sociétés à travers notre vision occidentale sans tenir compte de leur culture, leur histoire et leur organisation sociale. Je ne dis pas qu’il faut ignorer l’extérieur, au contraire! J’essaie juste de dire que lorsque l’on se compare, il faut être nuancé et accepter que notre modèle social occidental (imparfait au demeurant) n’est peut-être pas l’unique solution aux problèmes évoqués.

Quelle est donc la pertinence de comparer deux situations incomparables?

Ensuite, l’autre problème, c’est qu’on ne peut invalider les causes féministes locales parce que les femmes souffrent plus ailleurs. Je trouve ça très grave de penser de cette façon. La lutte féministe québécoise reste importante et ne doit surtout pas être abandonnée. Quelqu’un doit être là pour parler des coupures gouvernementales qui affectent surtout les mères monoparentales. Pour parler des 1200 femmes autochtones disparues dans l’indifférence. Pour parler des agressions insidieuses qui existent encore.

Dans mon milieu de travail, qui parlera de la répartition inégale des rôles intéressants, de la sous-représentation de la femme (malgré les nets progrès) en humour, du fait que plusieurs actrices et chanteuses se soumettent à des régimes draconiens pour correspondre aux fameux « critères de beauté »? Qui nous conscientisera et nous parlera de toutes ces anormalités (artistiques et sociales) sinon les féministes d’ici?

Ce n’est pas parce que les Québécoises ont des conditions de vie plus enviables qu’ailleurs que leurs revendications sont moins valables et moins urgentes.

Sans parler du fait que la comparaison a souvent tendance à accessoiriser le véritable drame que vivent ces femmes. (Évoquerait-on ces arguments s’ils ne servaient pas à prouver un certain point de vue? Permettez-moi d’en douter.) Si tu veux parler des souffrances des Saoudiennes, ne les mets pas en perspective avec les autres luttes et respecte-les assez pour ne parler que de leurs souffrances.

Je déteste le « C’est mieux ici qu’ailleurs » parce qu’il ferme la porte à l’essence même de la nécessité d’une Journée internationale pour les droits des femmes; c’est-à-dire la discussion sur la condition des femmes, la remise en question des comportements sociaux qui les défavorisent et la réflexion sur les actions concrètes à entreprendre pour contribuer à la lutte féministe.

En quoi dire que ça va mieux ici qu’ailleurs contribue à l’essence de cette journée?

En plus, ce sont souvent des hommes qui disent « Ça va mieux ici qu’ailleurs ». En tant qu’homme, je ne pense pas que notre rôle soit de se servir du 8 mars pour s’autoféliciter. Le 8 mars, notre rôle est simplement de laisser la parole aux voix féministes. Vingt-quatre heures 100% féministes, ce n’est pas si mal comparé à 8000 ans 100% masculins.

En tant qu’hommes, il faut comprendre que les féministes ne nous attaquent pas personnellement. Qu’elles n’attaquent pas ce que nous sommes. Elles s’attaquent à ce qui manque aux femmes. Portons attention. Ce n’est pas de se taire que d’écouter quelqu’un. C’est juste faire preuve d’une humanité et d’une intelligence qui nous permettra ensuite de parler et de lutter ensemble.

Parce que je crois profondément que les hommes se doivent d’être les meilleurs alliés du féminisme.

Sur ce, n’oublions pas de continuer la lutte, peu importe la date.

Bon 8 mars!