À 17 ans, je débarquais à Montréal et ma découverte de La Boîte Noire, sur St-Denis à l’époque, allait changer ma vie. En 2001, le streaming en ligne n’était qu’une sombre rumeur propagée par les films Hackers et Johnny Mnemonic. On possédait encore des lecteurs de disquettes sur nos ordinateurs, des lecteurs VHS dans nos salons et même des télés « pas HD ».

La Boîte Noire, et les autres clubs montréalais, c’était un univers de découvertes, de vieilles cassettes psychotroniques obscures, de films de répertoires et des rangées complètes de cinéastes qui m’étaient complètement inconnus. J’étais loin du petit club de La Tuque et de ma maigre collection de films achetée su’Zellers durant mon adolescence.

Devant moi, le monde s’ouvrait et tout ce dont j’avais besoin c’était une petite carte de membre plastifiée.

Mon histoire d’amour avec les clubs vidéo, elle date de mon enfance. Il y a eu les compilations de matchs de lutte de la WWF, les jeux vidéo, les films d’animation, l’intégrale de la section horreur de La Tuque, la cinématographie de Jean-Claude Van Damme et de nombreux autres piliers de ma jeunesse comme Terminator 2 et Les Lavigueurs déménagent.

Louer une cassette, ce n’était jamais banal.

Mon rapport à la culture a longtemps été associé à la fréquence de mes visites au club. Avant l’accès fiable à l’internet, c’était la façon idéale de voir autre chose que la télévision et ses publicités.

C’est pourquoi en 2016, j’aime encore me perdre dans les allées de plus en plus poussiéreuses des clubs de la métropole. Ils sont moins nombreux, mais ils n’ont pas perdu leur charme d’antan. On y retourne comme on espionne un ancien kick du secondaire sur Facebook – la tête dans les nuages, le cœur léger, heureux de voir que la vie continue, mais qu’elle était pas mal plus cute à 17 ans quand elle ne voulait pas de moi.

Voici donc 5 bonnes raisons de poursuivre vos visites au club vidéo ou, mieux encore, 5 bonnes raisons de recommencer à y aller et d’offrir quelques soirées de congé à votre Netflix :

1- C’est une sortie aussi valable qu’une autre

Dans la vie, je suis un brin sauvage. Pas violent, ni haineux, mais sauvage dans le sens où je préfère souvent me commander une pizza avec une rondelle d’oignon pour rester à la maison un vendredi soir que d’affronter des humains dans un 5 à 7 quelconque.

Faire une sortie, dans cette optique, est parfois une corvée nécessaire, ne serait-ce que pour entretenir un minimum mon humanité. Cocher la case « sortir de la maison » de ma to-do list est parfois un défi laborieux.

Le club vidéo combine cette tâche à mon envie récurrente de visionner des films.

Qui plus est, il y aura toujours au moins un minimum d’interaction avec le commis à la caisse et celui, obligatoire, qui arpente les allées avec le « je peux vous aider? » le moins confiant possible au bout des lèvres. En plus, les clubs vidéo sont beaucoup moins achalandés qu’avant, une bénédiction pour l’envie de sortir en moi qui se confronte souvent à la non-envie de côtoyer des gens.

Le vidéo de quartier, un heureux mélange de solitude et de vie sociale.

2- Quand on se compare, on se console

Aller au club, c’est une façon très efficace d’alimenter le scèneux qui sommeille en nous. À Lachine ou à Verdun, les gens utilisent encore la technique de fumer une clope sur la galerie d’en avant pour fouiner sur les aléas du voisinage. L’alternative du club vidéo est plus élégante, plus subtile et, surtout, plus esthétique qu’étrenner ses vieux botchs en joggings su’l balcon.

Cela dit, observer les choix judicieux ou non des autres clients du club est l’un des plaisirs d’une visite. Juger des goûts douteux d’un couple visiblement blasé. Se retenir de dire ses impressions d’un film à une tite madame qui en a entendu parler par Homier-Roy à la radio. Regarder du coin de l’œil les braves anachroniques osant les portes battantes de la section adulte.

Qui sont ces gens?

Netflix ne possède pas la réponse, mais semble-t-il que oui, il y a encore des hommes dans la cinquantaine qui aime se « passer une tapoche » sur un vieux VHS de Penthouse avec du poil frisé en masse.

3- Pour le répertoire, c’est la meilleure option

Après une bonne dose de voyeurisme, il faut se rendre à l’évidence : le cinéma répertoire ça se passe encore au club vidéo.

Je vous arrête tout de suite, Le Mirage ce n’est pas du cinéma répertoire. Fifty Shades of Grey non plus.

L’offre en ligne pour un cinéma diversifié ou d’archive est beaucoup plus maigre qu’on n’oserait le croire. Quelques nouveautés, quelques films asiatiques, un peu de films européens et des classiques. Pour vraiment découvrir le cinéma, celui qui pousse la réflexion à un autre niveau, il faut creuser un peu plus loin.

Restent les cinémathèques, les bibliothèques et les clubs vidéo qui conservent leurs archives.

Ça peut paraître intimidant les premières fois, mais fouiller dans les sections loin des murs de nouveautés d’un club vidéo est une expérience enrichissante.

Les merveilles d’Herzog, la Nouvelle Vague iranienne, les westerns avec John Wayne, l’envoutante cinématographie de Tsai Ming-liang – il faut fouiner pour trouver cela et Netflix ne le permet pas entre deux films d’Adam Sandler.

4- Idée de date rétro plus originale qu’aller prendre un café

Bon, j’vous vois déjà froncer des sourcils. Une date au club vidéo, WTF? Mais, regardez le plan.

Au lieu d’aller au resto, tu proposes un plat à emporter ou une livraison. Quelque chose qui se consomme à la maison, peinards, avec des baguettes de préférence (pour rire de ta technique et avoir l’air attendrissant, comme une petite bête vulnérable).

Ensuite, au lieu de tomber dans le cliché « Netflix & chill », tu te lances avec une sortie au club vidéo. Choisir chacun un film et on visionne les deux dans la soirée avec la nourriture, du vin et un divan un minimum confortable.

Bingo!

La sélection des films devient une grosse partie de la date. Quoi choisir? Quel message envoyé avec le choix? On y va avec un classique de notre enfance pour partager des anecdotes ou bedon Showgirls pour voir beaucoup de nudité et suggérer des rapprochements entre deux fous rires? Un film plus romantique pour établir l’ambiance ou un truc plus profond pour entraîner une discussion par la suite?

Arpenter les rangées, discuter, pencher le pour et le contre de chaque film et, surtout, partager des anecdotes sur nos précédents visionnements.

« Ah oui, j’avais 7-8 ans quand je l’ai vu la première fois, j’ai tellement pleuré… »

« Jm’en souviens, c’était le film qui jouait à la télé quand j’ai appris que ma mère était malade. »

« J’ai tellement baisé sur le menu du DVD de ce film, on l’a jamais regardé par contre. »

Vous comprendrez que certaines anecdotes seront plus savoureuses lors d’une 2e ou une 3e date, voire même jamais selon le degré d’implication d’une ex-conquête dans ladite anecdote.

Tout ça est pas mal plus stimulant qu’une discussion face à face autour d’une bière et/ou d’un café durant laquelle on cherche des indices pour savoir si oui ou non nous allons jouer à touche-pipi plus tard dans la soirée.

Maudite question sale, en passant. Toutes discussions articulées sans préétablir si oui ou non il y aura du sexe plus tard seront systématiquement oubliées le lendemain, c’est immanquable.

5- Ça ne gruge pas votre bande passante

Finalement, un argument pragmatique : sauver sur votre forfait internet. Moins de streaming = besoin plus petit d’un gros forfait internet. On évite aussi les maudits écrans « buffering » ou « loading » qui pourrissent notre existence.

Équation simple pour ralentir notre vie numérique. Retrouver un peu de vrai monde tangible dans notre quotidien avec un téléphone intelligent dans les mains.

Ironiquement, utiliser les vétustes clubs vidéo pour se rapprocher de notre humanité, un vieux VHS à la fois.

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Pour lire un autre texte de Stéphane Morneau : « Beubé, j’t’ai trompé avec Netflix! »