À une époque pas si lointaine, la plus grande crainte d’une personne en couple était de rentrer à la maison après une longue journée de travail  – ou pire, un périple de quelques jours à l’extérieur de la ville – et trouver son ou sa partenaire avec une autre personne dans le lit conjugal.  Aujourd’hui, des sueurs froides dégringolent le long de notre échine quand on découvre que notre tendre moitié a commis l’impardonnable : écouter le dernier épisode d’une série sans nous attendre!

L’adultère possède un nouveau visage au 21e siècle – et il vient avec un bon forfait internet et une bande passante généreuse.

Notre façon d’écouter la télévision a évolué avec la disponibilité des émissions en ligne, Netflix aidant. Fini les chicanes parce qu’on a oublié de programmer le VHS à la bonne heure pour enregistrer un épisode d’Omerta. Graver des DVDs chez ton cousin Steve qui sait comment trouver toutes-toutes les séries pour pas cher? C’est terminé. Maintenant, nos enregistreurs numériques débordent, nos laptops surchauffent et nos tablettes occupent l’entièreté de notre maudite table de chevet chancelante achetée chez IKEA en 2001 quand c’était encore un brin marginal d’avoir du Suédois 100% original à la maison.

Avec tous ces choix à portée de mains, les tentations sont aussi nombreuses que les possibilités. La consommation compulsive et le bon vieux binge watch laissent planer la menace d’une nuit blanche au quotidien. Si Daniel Pennac se donnait le droit de lire n’importe quoi, et surtout, de ne pas terminer un livre, nous pouvons désormais, et ce sans aucune once de culpabilité, surfer d’une série à l’autre dans le chaos le plus total.

Marc Gagnon rénove son chalet et doit faire une recette avec trois ingrédients imposés : de la Sriracha, une Export-A à moitié fumée et un litre de sirop au foie gras de la Cabane du Pied de Cochon.

Devant ce buffet à volonté, le couple est testé constamment. Comment résister à l’envie de savoir si Dexter meurt à la fin pendant que chérie se détend dans le bain? Comment attendre qu’il revienne de sa partie de hockey pour savoir s’ils réussissent à se sauver de la maudite île dans Lost?

L’attente est devenue aussi cruelle que la retenue. Le crime n’est plus de se gâter un regard furtif dans le décolleté de la belle-sœur, il est plutôt d’oser appuyer sur PLAY sans avoir posé la fatidique question : un dernier épisode avant de se coucher?

Je suis en droit de lancer haut et fort une hypothèse sans aucun fondement : Netflix brisera plus de couples en 2015 que l’adultère « traditionnel ».

C’est une question de volume. Pas mal tous les couples finissent par suivre une série ensemble. Écouter au compte-goutte en direct à la télé, c’est de moins en moins populaire et encore moins pratique avec le travail, les sorties, les 5 à 7, les enfants, la non-envie de se farcir de la pub; j’en passe et des meilleures. Donc, si tous les couples consomment de la télévision sur demande, forcément, ils finiront par se crêper le chignon à un moment ou à un autre parce qu’un couple, c’est ça que ça fait : s’obstiner sur des niaiseries tout en taisant les vrais problèmes.

« Bébé, t’as pas acheté le fromage à la crème sans gras. C’est l’étiquette blanche, pas la bleue que t’as pris. »

« Chérie, peux-tu m’attendre avant d’écouter 19-2, j’rentrerais pas trop tard? »

« As-tu pensé à sortir les poubelles à matin? »

Que des bombes à retardement.

Un sentiment de culpabilité vous habite, n’est-ce pas? Visionner des émissions en solo, on fait tous ça. Même que, souvent, on doit entretenir un horaire de visionnement complexe incluant à part égale le temps partagé et le temps en solitaire.

19-2Lance et Compte et les vieux épisodes de Friends – faut les écouter ensemble quand les enfants dorment.

Game of Thrones, je l’écoute seul pendant le brunch de filles.

House of Cards, mon chum trippe pas politique alors j’peux l’écouter pendant son poker du vendredi.

Ça sonne cliché, parce que c’est malheureusement vrai. Perturber ce fragile équilibre est passible d’une nuit sur le divan et d’un mal de dos cinglant de quelques jours.

Quoi faire alors? Tromper sa tendre moitié au lieu de lui avouer avoir busté la limite mensuelle de bande passante? Monter les marches de l’Oratoire à genoux parce qu’on a effacé l’historique de téléchargement? Aider le beau-père à nettoyer ses gouttières parce qu’on a fait semblant de ne pas avoir aimé ça, True Detective, pour ne pas l’écouter une deuxième fois, à deux?

Aussi bien jouer la carte de l’honnêteté et faire face à la musique.

« Beubé, je t’aime, mais je t’ai trompé avec Netflix. Je vais comprendre si tu préfères que je m’en aille. »

Ce texte fait partie d’une série sur le monde de la télévision qui se poursuivra jusqu’au gala des Zapettes d’or de C’est juste de la TV, le 10 avril prochain. On vous invite à aller voter pour vos candidats préférés dans les six catégories des Zapettes, la période de vote se poursuit jusqu’au 24 mars!

Photo: Brian Cantoni