Entrevue
Une tatoueuse déconstruit les mythes sur son métier
« Je ne tatoue pas sur des pieds parce que je déteste les pieds. »
Tu tatoues des dessins que tu trouves laids
Vrai.
Je suis pas nécessairement la plus grande fan de mon travail. J’aime ce que je fais et je pense que je le fais bien et j’en suis fière et je travaille fort. Ceci dit, il y a des demandes qui m’enthousiasment moins que d’autres. Si la demande du client est vraiment claire, puis vraiment, j’ai validé par toutes les questions possibles, si il ou elle était sûr que c’est ça qu’il voulait, je vais le faire quand même, mais je vais tout le temps donner mon avis si je crois que c’est pas nécessairement la meilleure des idées ou que c’est quelque chose qui me plaît pas.
Tu le sais quand ton client va regretter son tattoo
Vrai.
En général, je suis vraiment capable d’identifier une hésitation d’un client ou d’une cliente et j’ouvre toujours la porte à quitter, annuler, changer d’avis, essayer autre chose. Je laisse vraiment beaucoup de temps et je pose beaucoup de questions. J’ai appris un peu des questions clés à poser pour m’assurer que la personne fait un choix qui est éclairci.
Par exemple, si c’est sur une zone vraiment visible, j’vais demander à la personne : « Est-ce que tu es prêt ou prête à ce que quelqu’un te demande la signification de ce tatouage-là pour le reste de tes jours? »
Sinon, je donne toujours mon avis tel que : si c’est des zones vraiment visibles, je vais leur proposer des zones un petit peu moins visibles ou un petit peu plus confortables telles que l’arrière du bras, la cuisse. Je déconseille un peu les premiers tatouages sur les avant-bras. Pas le regretter parce que tu les vois à tous les jours.
Tatouer c’est un hobby
Faux.
C’est pas un hobby, c’est un métier. C’est un métier qui demande beaucoup d’énergie, d’effort. Et c’est pas parce que c’est une passion qu’on devrait pas bien en vivre et avoir une qualité de vie qui est intéressante et agréable et qui nous permet des vacances et bien manger et avoir un toit.
Tu fais juste dessiner
Faux.
J’fais pas juste dessiner, parce qu’il y a toute la comptabilité, il y a toute la gestion, il y a les réseaux sociaux, il y a les inventaires, il y a les commandes au studio, les commandes de matériel personnel, les rencontres de staff, aussi, comme je gère d’autres artistes au studio. Il y a beaucoup de trucs en parallèle, mais je dessine beaucoup, beaucoup. Beaucoup.
Se faire tatouer, ça coûte cher
Vrai, et c’est un luxe, donc c’est quelque chose qu’on s’offre quand on peut se l’offrir. En fait, c’est pas nécessairement cher quand on considère tout le travail qui est mis derrière l’expertise, le temps de dessin, la création, l’accompagnement humain aussi, qui est à ne pas négliger.
Par exemple, si tu as un tatouage qui coûte 100 $, l’artiste va probablement payer un pourcentage de 20 à 40 % au studio où il ou elle travaille. Ensuite, une déclaration aux impôts, le matériel, donc les aiguilles, l’encre, il va peut-être rester 50 piasses à ce pauvre artiste pour avoir passé peut-être deux heures avec toi, avoir fait de la création, de l’accompagnement, les médias sociaux, les bookings, la création de contenu et tout ça.
Tu t’attends à ce qu’on te tip
Faux.
Je pense que le pourboire est vraiment propre à chaque expérience et à chaque client, puis c’est vraiment ce que vous pouvez donner et selon l’expérience que vous avez eue. Dans les faits, on charge le tatouage au prix qu’il vaut, donc on n’est pas payé un salaire qui a un pourboire qui est requis, techniquement. Ceci dit, toujours très apprécié.
Tu gagnes bien ta vie
Vrai, je gagne assez bien ma vie. Je fais dans les 100 000, mais comme je suis travailleure autonome et que j’ai mon propre studio, bien sûr, il y a beaucoup de dépenses associées. Au final, ça baisse un peu, beaucoup, même, le chiffre, mais je gagne bien ma vie.
Ta job est dure sur le corps
Vrai, je consulte beaucoup de spécialistes pour ma santé, tels qu’ostéopathe, physio. J’ai des exercices à tous les matins. La seule façon de vraiment pas me blesser en tatouant, c’est de m’entraîner, aller au gym et garder mon corps en forme, parce que c’est très difficile sur les épaules, le cou, le dos, les mains, les poignets et les coudes et les bras.
Tu tatoues juste tes propres dessins
Vrai et faux.
Personnellement, je tatoue beaucoup mes propres dessins, mes flashs. Ceci dit, je suis toujours ouverte à tatouer le dessin des illustrateurs ou d’autres artistes, tant que j’ai l’autorisation des auteurs desdits dessins.
T’as pas le droit à l’erreur
Vrai, on n’a pas le droit à l’erreur. Par contre, on est tous humains et on est un humain qui travaille sur un humain, donc les erreurs arrivent. Et en général, il y a toujours moyen de les réparer, fa’que je ne m’en fais pas trop avec ça.
T’es dans l’intimité des gens
Vrai et faux, dans le sens où c’est vrai qu’on est dans un contexte d’intimité. C’est une confiance qui est octroyée de la part du client à moi et inversement. Parfois, surtout si les tatouages sont chargés d’une signification, il va y avoir un partage puis certaines confidences. Mais j’essaie de faire de la conscientisation, un peu, sur les médias sociaux, de ne pas partager des traumas sans avoir d’abord validé avec l’interlocuteur, l’interlocutrice, la disponibilité pour la réception de cette confidence-là. Et en général, mes clients et clientes, ils respectent énormément ça. Oui, y a des confidences, mais dans le respect de chacun.
Vaut mieux couvrir son tatouage laid que d’aller au laser
Faux.
Le cover-up n’est pas toujours la meilleure solution parce que ça demande un tatouage qui va être plus gros, plus foncé, plus détaillé et donc plus visible. Puis, je trouve que parfois, le laser serait une meilleure option. Parce que pour vrai, si t’aimais pas ton triangle, puis ça t’obsède, t’es pas supposé avoir une fleur trois fois plus grosse par-dessus, mettons.
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