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Quatre95 | Mythe ou réalité

Une ex-policière déconstruit les mythes sur son métier

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Quatre95 | Mythe ou réalité

Une ex-policière déconstruit les mythes sur son métier

27 avril 2026

« Avec ce que j’ai vu, j’ai perdu toute mon admiration pour les policiers. »

*Karine a travaillé comme policière au Service de police de Longueuil pendant un an.

C’est dur de rentrer dans la police

Vrai. Si on se fie à mon cheminement, ça m’a pris sept ans avant d’être admise en techniques policières. Parce que c’est un programme qui est très contingenté, il faut avoir de bonnes notes. Puis, si on sort pas directement du secondaire, on tombe dans une catégorie adulte, puis ils prennent un moins grand pourcentage de catégories adultes.

Vous vous faites poivrer en formation

Vrai. C’est, dans le fond, de savoir un peu qu’est-ce que ça fait, au cas où, à un moment donné, sur une intervention, t’en reçois dans les yeux.

C’est un milieu d’hommes

Vrai et faux. C’est sûr que ça a changé. Avant, c’était un milieu, principalement, d’hommes. Les femmes avaient de la difficulté à s’intégrer. Les femmes étaient… c’est ça, elles avaient de la misère à prendre leur place. Il y avait comme une mentalité de : la femme est physiquement pas assez forte pour être dans la police. Aujourd’hui, on a plus de place, on nous fait plus confiance, je pense. Mais j’ai connu des femmes policières, il y a plusieurs années, qui ont eu vraiment de la difficulté à s’intégrer, puis les policiers avec qui elles travaillaient, ils leur disaient : tu restes assise dans le char, puis tu bouges pas, puis tu fais rien. Y avaient aucune confiance en elles.

La force est utilisée juste quand c’est vraiment nécessaire

Malheureusement, faux. Je voulais aller dans la police parce que je voulais amener des interventions dans le respect des citoyens. Je voulais vraiment aller dans la police pour aider les gens, puis changer un peu la vision de certaines personnes qui avaient une opinion négative de la police. Mais, finalement, c’est ça. J’ai été confrontée à des situations qui étaient pas dans le respect des droits des citoyens, qui étaient abusives.

Je veux pas que ça généralise. Je sais que c’est pas tous les policiers qui sont comme ça. J’ai travaillé avec de très bons policiers, des policiers humains, mais ça a éteint ma flamme.

C’est un milieu ou y’a du racisme

Vrai, comme dans pas mal tous les milieux, il y a du racisme. J’ai été confrontée à certains comportements qui étaient questionnables. C’est sûr que j’ai vu des groupes ethniques qui étaient plus ciblés que d’autres. Certains policiers, ils focussaient plus sur l’ethnie de la personne que sur des faits.

Y’a des cliques dans les postes de police

Vrai. Mettons, moi, sur mon équipe, c’était une grosse clique. Si tu fittes pas dans le moule, c’est sûr que tu vas être mis de côté, les gens voudront pas travailler avec toi, fait que ça va être plus difficile. Il faut que tu leur montres qu’est-ce qu’ils veulent voir. Il faut que tu leur montres qu’ils peuvent te faire confiance, même si t’as pas nécessairement besoin d’employer la force, ou même si t’as pas nécessairement besoin de crier, il faut que tu leur montres que t’es capable, que t’es un vrai, que tu vas les backer, dans ta probation, pour que là, ils fassent : OK, elle, je peux y faire confiance.

Si tu veux faire partie de la gang, si tu veux être accepté, si tu veux passer ta probation, il faut que tu sois un gros tough, puis que tu cries après le monde.

Les policiers ont peur de se faire filmer

Vrai. Ça devient une preuve, finalement. Si, justement, il y a eu de l’abus, puis que la personne l’a filmé, la personne va pouvoir venir démontrer que le policier a abusé de ses pouvoirs. J’ai vu des policiers soudainement changer de manière d’intervenir, soudainement devenir super respectueux, puis super calmes, mais s’il y avait pas de caméra, ça aurait été différent.

On peut se fier aux vidéos qu’on voit en ligne

Faux, parce qu’on n’a pas l’ensemble de l’intervention. Bien souvent, sur Internet, il va y avoir une petite partie du vidéo où est-ce que là, on voit quelque chose qui est choquant. On voit que, je sais pas, le policier, il emploie la force, mais on voit pas, on connaît pas les circonstances, on connaît pas tout l’ensemble de l’appel.

Bien souvent, les parties des vidéos qui vont être publiées, elles vont justement vouloir choquer, finalement. Elles vont vouloir faire réagir les citoyens, pour dire : voyons donc, ça a pas de bon sens! Mais, au final, c’est qu’il manque une partie. Ça faisait peut-être, je sais pas, moi, 10 minutes que le policier était super calme, puis qu’il essayait, puis que la personne, clairement, elle voulait pas coopérer. Puis là, à un moment donné, il faut ce qu’il faut. Tout dépendamment de la situation.

Les policiers se sentent au-dessus des règles

Vrai et faux. C’est pas les policiers en général qui se sentent au-dessus des règles, mais certains policiers, oui. C’est comme si de porter l’uniforme leur donne l’impression qu’ils peuvent faire qu’est-ce qu’ils veulent. C’est une grosse guerre d’égo. Des fois, j’ai vu des policiers, c’est comme s’ils cherchaient à provoquer une situation où est-ce qu’ils allaient devoir employer la force, mais que, finalement, cette situation-là, si le policier avait pas agi de cette façon-là, elle serait pas arrivée.

Comme si un besoin d’adrénaline ou un besoin de… je sais pas, c’est assez spécial, ce que j’ai vu, par rapport à ces policiers-là : comme un besoin de se défouler. Un individu qui est calme, mais un policier qui est hyper rigide, autoritaire, qui parle haut et très proche de la personne, qui entre dans la bulle de la personne. C’est tout à fait normal qu’une personne se sente intimidée puis inconfortable quand le policier est à deux pouces de sa face. Ça, c’est tout à fait normal.

Des policiers qui cherchaient à créer des événements comme ça, puis à être confrontants. J’ose espérer que ce que j’ai vu dans la police, c’est pas ce qui se passe à la grandeur du Québec. Je sais qu’il y a de très bons policiers qui font très bien leur travail, qui sont respectueux. Je pense que j’ai été malchanceuse.

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