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Témoignage

Samuel Lalande-Markon: traverser le Québec en vélo et en ski

De la borne 720 au Cap Wolstenholme

Après cent jours d’expédition dans l’immensité sauvage, Samuel n’a pas seulement rapporté des souvenirs ; il a rapporté une réflexion nécessaire sur notre rapport au Nord, qu’il partage aujourd’hui à travers son livre Marche au pays réel et le film documentaire réalisé par Marie-France L’Écuyer.

Un récit entre l’aventure et l’essai

Le projet Marche au pays réel est hybride. D’un côté, c’est le récit pur d’une expédition de 3 000 kilomètres : les rencontres fortuites avec la faune, les péripéties techniques et les échanges humains marquants avec les communautés rencontrées. De l’autre, c’est un essai littéraire qui interroge nos frontières, notre toponymie et notre manière d’occuper l’espace.

« Le territoire, c’est un des derniers lieux où on peut se perdre et reconstruire un rapport qui est plus sain au monde », explique-t-il. Pour Samuel, cette quête n’était pas qu’une performance sportive, mais un « plaidoyer pour mieux habiter notre territoire ».

Apprendre des peuples du Nord

L’un des moments charnières de cette aventure ne s’est pas produit durant l’effort, mais un an plus tard, lors d’un retour sur les lieux pour le tournage du documentaire. Ce deuxième passage a permis d’approfondir les dialogues avec les Cris de Eeyou Istchee Baie-James et les Inuit du Nunavik.

En traduisant les propos de ses interlocuteurs, Samuel y a découvert une poésie brute et une sagesse ancestrale qui font écho à l’œuvre de Joséphine Bacon. « Les peuples autochtones peuvent nous apprendre à mieux habiter le territoire qu’on habite », affirme-t-il, soulignant le contraste frappant avec la vie au sud, où l’individu est souvent déconnecté de son environnement naturel.

L’art de sortir de sa « cabine »

Inspiré par le cinéaste Pierre Perrault, Samuel cite souvent une phrase du livre Le Mal du Nord : « Sortir de la cabine, c’est abolir le rêve. » Pour lui, c’est un appel à l’action. Il invite les Québécois à quitter le confort de leur foyer pour aller à la rencontre de la réalité du terrain, aussi exigeante soit-elle.

Cette réalité, il l’a consignée quotidiennement dans son carnet de bord. Entre les données factuelles — température, kilométrage, position — se glissent des moments d’une intensité rare, comme ces deux jours passés sur les glaces de mer entre Umiujaq et Inukjuak, à suivre les traces fraîches d’ours polaires. Un moment où l’on se sent « à la fois terrorisé et émerveillé » par une nature qui nous dépasse.

Le carnet comme ancrage

Le carnet de voyage est, selon Samuel, un outil essentiel pour capturer l’extraordinaire dans le banal. En relisant ses notes écrites en « pattes de mouche » sous la fatigue, il réalise que ce qui semblait une routine de survie devient, avec le recul, la substance même de l’aventure.

Aujourd’hui, à travers ses mots et ses images, Samuel Lalande-Markon nous offre une boussole pour naviguer notre propre identité québécoise. Et si la véritable aventure, c’était enfin de regarder vers le Nord, non pas comme une ressource, mais comme une part de nous-mêmes ?

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