Témoignage
Plaidoyer pour l’égalité des chances en éducation
Stéphane Vigneault d'École Ensemble veut repenser le système scolaire québécois pour un réseau plus juste et inclusif.
« On a vu des enfants de quatre ans se faire refuser dans des écoles publiques internationales parce qu’ils avaient pas les notes. À quatre ans, ils comprennent le message. Ils voient l’autobus passer, les élèves qui s’en vont au privé subventionné, en uniforme. Eux, ils restent dans leur école de quartier. Ils comprennent qu’ils ont perdu à la loterie.
On est en 2016. Ma plus vieille arrive au primaire et là, tous les parents ne parlent que d’une seule chose : allez-vous faire l’examen ? Et je comprends assez vite que c’est l’examen pour aller à l’école internationale.
Donc ça, ça a été un peu mon premier contact avec l’école à trois vitesses. C’est vraiment la mise en concurrence de trois types d’écoles : les écoles privées subventionnées, publiques sélectives, publiques ordinaires.
Les écoles privées, c’est important de toujours bien le dire : elles sont privées, subventionnées. On leur donne presque 100 milliards de dollars chaque année.
Le public sélectif, c’est toutes les écoles publiques, mais qui ont acquis le droit de choisir leurs élèves. Donc, on pense à des Sports-études, des PEI, des Arts-études.
Et la troisième vitesse, c’est l’école publique ordinaire. Donc, c’est là où se retrouvent les élèves qui ont pas été sélectionnés dans les deux premières vitesses. Et donc on a, dans ces écoles-là, une surreprésentation d’élèves en difficulté ou de familles défavorisées. Donc, on concentre les élèves les plus vulnérables entre eux, dans la troisième vitesse, ce qui est la pire chose à faire.
Il y a comme trois grandes conséquences de notre système d’éducation à trois vitesses. La première, c’est vraiment scolaire, donc sur les notes des élèves. Quand on divise les enfants socio-économiquement, comme on le fait au Québec, on nivelle vers le bas, on tire les notes vers le bas, on augmente le décrochage scolaire.
On pourrait aussi nommer des conséquences sur la cohésion sociale : on sépare les jeunes très jeunes. Et après ça, quand est-ce qu’ils vont se rencontrer, dans leur parcours, si c’est pas à l’école ? Et comment est-ce qu’ils vont connaître des réalités différentes de la leur ?
Puis, il y a peut-être une troisième catégorie de conséquences plutôt environnementales : au lieu d’aller à l’école de quartier, donc d’être capable de marcher, d’aller en vélo, on prend l’autobus ou on embarque dans l’auto de papa, maman. Et donc tout ça, ça nuit à la santé publique, santé mentale. Le fait de pouvoir marcher, d’être dans la communauté, de voir ses amis le matin.
Nous, à l’École ensemble, on a publié en 2022 notre plan pour un réseau scolaire commun. Donc, c’est notre solution au problème de l’école à trois vitesses au Québec.
Si j’avais à le résumer, je dirais que la pierre d’assise du plan, c’est la question des écoles privées subventionnées. Ce qu’on dit pour les écoles privées actuelles, c’est qu’on va leur offrir le choix entre deux statuts : soit qu’elles vont pouvoir se conventionner ou non.
Si elles se conventionnent, elles vont être financées à 100 %. Ça veut dire qu’elles vont devenir gratuites. Ça veut aussi dire qu’elles vont arrêter la sélection.
Si une école privée actuelle dit : « Moi, je veux pas devenir conventionnée, je veux pas embarquer dans ce réseau commun là avec les écoles publiques », elle aura le droit, mais vous comprenez que là, elle n’aura plus aucun financement public. Donc, il y a pas une cenne d’argent des contribuables qui va rentrer dans ces écoles-là.
Les parents ont peur parce qu’ils croient que leur enfant qui a plus de facilité à l’école va pâtir du fait d’être avec des élèves moins bons que lui. La recherche internationale nous montre que les élèves qui ont de la facilité, ils sont bons, qu’ils soient entre eux ou avec les autres.
De réunir tous les élèves ensemble envoie un message à tout le monde : vous avez tous la même valeur, vous êtes tous importants.
École ensemble, à la base, c’est une organisation de parents, donc on comprend très bien dans quelle situation les parents sont placés au Québec. Ils sont forcés de faire du magasinage d’école. C’est vraiment au système de changer. Le fardeau de l’équité ne peut pas être sur les épaules des parents.
On est tous pris là-dedans. Les parents veulent le meilleur pour leur enfant, c’est sûr, mais je pense que tous les parents veulent aussi le meilleur pour tous les enfants.
Donc, avec nos propositions, je pense que les parents vont pouvoir porter ces deux chapeaux-là en même temps, si on veut. »
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