0-2 ans
Plaidoyer pour la réunification familiale des personnes réfugiées
Flore Morel du Collectif Bienvenue veut que les personnes réfugiées puissent être réunies avec leurs enfants et leur famille plus rapidement.
Comment est-ce qu’on peut demander à une personne réfugiée de s’intégrer pleinement dans notre société québécoise si son cœur et son esprit sont de l’autre côté de l’océan, à s’inquiéter quotidiennement pour la sécurité de sa famille?
Je m’appelle Flore Morel, je suis coordinatrice au plaidoyer Collectif Bienvenue, qui accompagne les personnes demandeuses d’asile à leur arrivée au Québec, et je pense qu’il est fondamental que le gouvernement québécois accélère la réunification des personnes réfugiées avec leurs familles.
Aujourd’hui, au Québec, une personne réfugiée qui a fui son pays et qui obtient la protection du Canada peut attendre plus de 10 ans avant d’être réunie avec ses enfants ou son conjoint. C’est qu’en fait, dans le reste du Canada, une personne protégée doit attendre environ une quinzaine de mois pour être réunie avec ses enfants ou son conjoint, alors qu’au Québec, le délai est de 119 mois avant de pouvoir être réuni avec ses proches sur le territoire.
Une personne réfugiée qui doit fuir dans l’urgence une zone de guerre, de la violence, de la persécution, souvent, n’a pas le choix que de laisser derrière une partie de sa famille, ses enfants, pour partir et chercher la protection dans un autre pays.
Personne n’a envie d’embarquer son enfant sur un bateau pneumatique, à traverser une jungle ou de l’exposer à de l’exploitation ou du trafic humain.
Aujourd’hui, on compte plus de 60 000 personnes qui sont actuellement en attente. Comment est-ce qu’on en est arrivé là? En fait, c’est le résultat d’un choix politique provincial pour restreindre l’immigration en agitant la peur d’une menace pour l’économie, pour la langue, alors que la vraie menace pour l’intégration, c’est de garder séparé un parent de son enfant pendant une décennie.
En fait, il existe des solutions. Premièrement, le gouvernement pourrait octroyer des permis de séjour temporaires aux membres de la famille des personnes protégées, faire venir les familles, les sécuriser, puis gérer la paperasse ensuite.
Mais, également, on pourrait exclure des seuils d’immigration globaux la réunification familiale et le Québec pourrait prendre part à une initiative qui est déjà adoptée dans le reste du Canada, donc d’accélération de l’accès à la résidence permanente pour les personnes protégées, pour les personnes réfugiées.
Le Canada reconnaît les risques auxquels les personnes font face si elles rentrent dans leur pays. Donc, on leur dit : « Oui, effectivement, vous êtes à risque, on va vous protéger. » Mais par contre, par les choix politiques au Québec, on va laisser leurs enfants pendant 10 ans dans ces zones à risque de conflits.
Si on choisissait d’humaniser nos politiques et d’exclure la réunification des personnes réfugiées de nos seuils d’immigration, déjà, on éviterait que des personnes qui sont implantées ici, au Québec, depuis quatre, cinq ans, qui ont appris le français, qui sont pleinement intégrées dans notre société, qui portent même toute notre société, se retrouvent à devoir quitter le Québec pour aller vers d’autres provinces qui, elles, accélèrent les traitements.
Le traitement qu’on réserve aux personnes réfugiées doit refléter nos valeurs québécoises, qui sont la dignité humaine, la protection des enfants et l’unité familiale.
Au final, ce qui nous relie toutes et tous, c’est vraiment ce désir fondamental et non négociable de savoir que nos proches sont en sécurité.