Portrait
Normand Perron, la légende de L’Isle-aux-Coudres
Il y a des gens dont le simple résumé de vie ressemble à une série de légendes locales empilées les unes sur les autres. Normand Perron fait manifestement partie de cette catégorie d’humains qu’on ne croise pas tous les jours sur les trottoirs de nos centres-villes.
Dès les premières secondes de la rencontre, le ton est donné : « Normand Perron. Je suis le typique de la place. » Le bonhomme plante le décor sans détour. Une maison familiale qui cumule 400 ans d’histoire, une naissance le 8 juillet 1949 directement « dans le champ de patates » et un parcours d’insulaire qui n’a pas froid aux yeux. L’homme résume d’ailleurs son passé : « J’étais un insulaire, puis j’étais un marin, j’ai été dans le Grand Nord… »
On pourrait croire qu’une telle feuille de route suffirait à occuper une retraite paisible. C’est mal connaître le personnage, qui se définit avant tout par son habileté manuelle : « Moi, je suis un artisan, je fais n’importe quoi de mes mains. » Parmi ses créations les plus singulières, on compte ce qu’il désigne comme des baromètres indiens taillés dans des branches de coudrier, capables selon lui de fléchir en fonction des caprices du ciel et d’anticiper les variations du temps plusieurs jours à l’avance.
La découverte du mécanisme s’est faite un peu par hasard, en observant les mouvements du bois traditionnellement utilisé pour chercher l’eau sous terre. « Si je fixe ça après un mur, hé voilà. Ça annonce la température », explique-t-il avec simplicité. Un travail minutieux qu’il coupe, ouvre en deux et façonne depuis quatre décennies, au point de peiner à répondre à la demande : « En Europe, je ne fournis pas. »
Au fil de la conversation, les anecdotes continuent de défiler comme des cartes postales d’une autre époque. Normand Perron a notamment veillé sur le vieux phare de l’Île-aux-Coudres au début des années 70, à une période où le confort moderne n’avait pas encore traversé les flots : « Dans ces années-là, 70 là, il n’y avait pas d’électricité, pas rien. On s’éclairait avec des quenouilles. »
Aujourd’hui, cet insulaire infatigable sillonne son territoire sur deux roues, revendiquant au passage une curiosité locale : la toute « première mobylette au Québec électrique ».
Chapeau sur la tête, verve intacte et gestes assurés d’un artisan qui maîtrise sa matière, Normand Perron livre ici un aperçu savoureux d’une vie menée au grand air, où l’ingéniosité côtoie la mémoire du fleuve.
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