L’Ombudsman de Radio-Canada déconstruit les mythes sur son métier
« Je vois mal comment un journaliste pourrait recevoir une commandite. »
T’es comme la police des journalistes
Faux. J’me vois pas comme une police, j’me vois comme quelqu’un qui fait l’intermédiaire entre les citoyens canadiens et les journalistes de Radio-Canada. En fait, ce qu’on me demande, c’est de m’assurer que les normes et pratiques journalistiques soient respectées dans le travail des journalistes. Par exemple, dans le cas de l’entrevue de Marine Le Pen avec Anne-Marie Dussault.
Il y a des citoyens qui se sont plaints du fait, selon eux, que l’animatrice de 24/60 Anne-Marie Dussault avait été irrespectueuse, disons, à l’égard de la cheffe de ce qu’on appelait à l’époque le Front National, qui est le Rassemblement National maintenant. L’Ombudsman de l’époque, Guy Gendron, avait statué qu’il n’y avait pas eu accro au principe d’équité. Le principe d’équité, c’est justement tout ce qui est la question du respect, de l’ouverture à l’autre, même si ça avait été une entrevue extrêmement, je dirais « dynamique », pour dire le moins.
Y’a pas de conséquences pour les journalistes qui enfreignent les normes et pratiques journalistiques
Vrai, mais… Je mettrais un mais. Une révision n’entraîne aucune sanction. Je n’ai aucun pouvoir, moi, d’imposer une sanction, un congédiement, une suspension, quoi que ce soit à l’égard d’un journaliste.
Tout le monde peut faire une plainte auprès de toi
C’est faux. Tous les citoyens canadiens ont le droit, sauf les employés de Radio-Canada.
Tu traites toutes les plaintes que tu reçois
Vrai, je réponds à toutes les plaintes. L’an passé, j’en ai reçu un petit peu plus de 2 000. J’ai répondu à chacune d’entre elles. Évidemment, chaque réponse n’est pas toujours aussi longue. Il y a parfois des plaintes qui nécessitent pas un traitement très long. L’an passé, sur les 2 000 plaintes que j’ai reçues, il y en avait 1 300 qui relevaient des normes et pratiques journalistiques. Là-dessus, j’ai demandé des réponses à la direction pour environ 400 ou 500 d’entre elles. Mais je réponds à chacune des plaintes qu’on m’envoie et des fois, même, je rappelle des gens au téléphone, ce qui les surprend un peu puisqu’ils s’attendent pas toujours à ce qu’on les rappelle, surtout pour l’Ombudsman, même si, finalement, je suis un humain comme les autres.
Tu reçois toujours les mêmes plaintes
C’est faux! Mais il y a des items qui reviennent régulièrement, le Proche-Orient, évidemment, certains grands sujets comme ça, la politique, ça va de soi. D’autres plaintes également sur la qualité du français. Souvent, les gens m’écrivent pour se plaindre d’un mot qui est mal utilisé, selon eux, ou d’une faute d’orthographe qu’ils ont vue à l’écran dans un bandeau défilant, par exemple, à RDI.
C’est dur de lire des plaintes tous les jours
C’est dur. Souvent, les gens sont fâchés quand ils m’écrivent. Ils sont vraiment très furieux contre Radio-Canada. Et Radio-Canada, pour eux, c’est comme une unité, quelque chose qui est un gros bloc. Et là, j’essaie de leur expliquer. Dès que je leur réponds, déjà, le ton change parce que les gens réalisent, d’abord : « Oups, on m’a répondu. Donc, il y a quelqu’un au bout du fil ou quelqu’un au bout du courriel ». Parfois, même, je les appelle. Et à ce moment-là, ça change vraiment la relation. Souvent, les gens deviennent super aimables, mais vraiment très, très gentils et regrettent des fois un peu le ton qu’ils ont adopté la première fois.
Ton rôle est de plus en plus complexe
Je dirais vrai. Le contexte actuel, le contexte politique, le contexte technologique aussi, rend la chose un petit peu plus compliquée. Mon collègue d’il y a 25 ans avait un peu de courriels, beaucoup de lettres écrites. Ça a changé graduellement, mais maintenant, c’est à une vitesse grand V. Évidemment, les gens portent plainte plus vite que leur ombre. Et l’intelligence artificielle vient aussi ajouter une couche dans tout ça. Je pense que le contexte est plus complexe qu’il l’était auparavant.
L’impartialité, ça existe
Vrai. Je pense que l’impartialité, non seulement ça existe, mais c’est important pour distinguer le journaliste d’un média comme Radio-Canada, par exemple, d’un journaliste d’un média qui est peut-être plus militant. Quoiqu’il y a pas de mal à être plus militant, c’est juste que je pense que c’est important qu’il y ait des médias qui soient, effectivement, disons, impartiaux. Depuis quelques années, ce qu’on observe vraiment, c’est une polarisation des opinions, c’est le durcissement des positions. Les gens sont très à droite, très à gauche, puis on sent qu’il y a pas de terrain commun ou il y a moins de dialogue, moins de nuances. Alors, c’est plus difficile d’être au centre, dans ce temps-là, parce que dès qu’on est au centre, on est trop à gauche pour les gens de la droite et trop à droite pour les gens de la gauche.
Malheureusement, le travail de journaliste, c’est d’être au milieu, de pas démontrer son opinion, évidemment, c’est de demeurer impartial. Donc, ça insatisfait tous les gens qui sont aux extrêmes.
Le titre de journaliste est important
Je ne saurais dire vrai ou faux parce qu’il y a pas de titre professionnel de journaliste au Québec. Cela dit, il faut quand même distinguer le journaliste qui fait de la nouvelle comme il en fait à La Presse, à Radio-Canada ou dans des médias de ce genre-là, avec un journaliste « citoyen », quelqu’un qui s’est improvisé journaliste un petit peu, puis qui, par ailleurs, reçoit des commandites, ou est plus un influenceur. Ce qui, encore une fois, n’est pas mauvais, ça fait partie de l’écosystème. Mais je pense quand même qu’il faudrait qu’on distingue le journaliste des gens qui, eux, font plus de l’opinion, si on veut, ou du militantisme sous le couvert du journalisme. On connaît plusieurs médias qui font ça et qui, quand même, se proclament comme étant des journalistes. À mon sens, c’est un non-sens.
.jpg.webp)