Portrait
Le barbier qui ne voulait pas prendre sa retraite
« Je le sais pas, quand je vais arrêter. »
C’est en allant me refaire une beauté que je suis tombé sur le salon de barbier de Paul Perazzino. Dès la porte passée, une petite cloche retentit, comme une invitation à entrer dans son univers pour y découvrir toute une vie de passion. Balles de golf qui recouvrent les murs, qui font office de poignées, de presse-papiers ou encore de porte-manteaux, c’est sans complexe que Paul nous partage ce qui lui tient à cœur.
Entre quelques coups de ciseaux, j’en apprends plus sur son histoire. Ce qui m’a directement marqué, c’est la simplicité et la spontanéité avec lesquelles il parlait de son métier et à quel point il aimait rendre service. Sa démarche était tellement honnête et sans prétention qu’elle m’a beaucoup inspiré, allant jusqu’à lui poser la question : “Dis-moi Paul, Ça t’intéresserait de faire une vidéo ensemble pour partager tout ce que tu viens de me raconter ?”. Ce à quoi il a répondu, presque comme si c’était une évidence : “Bah oui !”.
De cette rencontre est né “Prisme”, une mini-série vidéo et photographique qui a pour ambition de documenter la vie de ces personnes du quotidien qui, avec passion et à leur échelle, participent à la vie de Montréal. Il s’agit d’une démarche proactive, qui est pour moi une façon de partager différents fragments de vie qui me sont complètement inconnus et qui me permettent de mieux comprendre la culture québécoise.
Le premier épisode de ce projet, nous l’avons réalisé ensemble, Paul et moi. Plusieurs fois par semaine, je passais la porte de son salon de barbier pour suivre et documenter son quotidien. Bien souvent, je rencontrais ses clients, qui pour la plupart sont aussi ses amis de longue date. Il n’était d’ailleurs pas rare que je les retrouve, eux aussi, affichés sur une des nombreuses photos accrochées au mur de son commerce. Au fil des jours, une belle amitié s’est créée entre nous, ce qui m’a permis d’en savoir plus sur son parcours, et de mieux comprendre sa vision des choses.
De plus en plus, Paul était habitué à me voir filmer et prendre des photos, je faisais presque partie de ses décorations de golf tant je me fondais dans le décor. M’habituer à partager son quotidien m’a permis de m’apaiser quant à mon approche de capturer des instants, je pouvais alors me concentrer sur ce qui le représente vraiment lui plutôt que ce que je voulais vraiment comme image.
Paul et moi sommes bien différents, nous n’appartenons pas à la même génération, n’avons pas les mêmes points d’intérêts et bien souvent on pensait parler tous les deux de la même chose alors qu’en fait pas du tout. Avec du recul, je pense que ce qui nous a réunis, c’est la passion. J’avais une envie profonde de créer un projet qui me tenait à cœur. Cette démarche, couplée à l’immense générosité de Paul, a fait que nos chemins se sont croisés et que nous avons vécu une belle aventure humaine que je suis heureux de partager à travers ce projet.
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