Témoignage
La précarité après le diagnostic
Joannie, travailleuse autonome, n'avait pas d'assurance invalidité.
Pas assez de travailleurs autonomes ne le savent : une assurance invalidité, c’est essentiel. Joannie Rainville, 41 ans, l’a appris à ses dépens, elle qui a reçu un diagnostic de cancer agressif au moment où elle s’y attendait le moins.
J’ai toujours vécu ma vie à 100 milles à l’heure. J’aime les imprévus, mais je suis aussi quelqu’un de très organisée dans ma routine. Depuis trois ans, je suis courtière hypothécaire à mon compte. Je suis maman de deux merveilleuses petites filles et belle-maman de deux garçons. J’ai toujours croqué dans la vie à pleines dents.
Deux semaines plus tard, j’étais opérée. Quatre jours après l’intervention, ma gynécologue m’a appelée pour m’annoncer qu’on avait découvert un cancer très rare et très agressif. À ce moment-là, j’ai compris immédiatement que je ne serais plus assurable.
De l’extérieur, on a l’air d’une famille confortable : une belle maison, deux voitures neuves, des enfants, des chiens. On ne s’est jamais privés. Mais cette stabilité reposait sur deux revenus, pas sur un seul. Peu importe qu’on habite un trois et demi ou une grande maison, quand la maladie frappe, tout peut s’effondrer.
Ce qui me bouleverse le plus, c’est l’idée d’enlever à mes enfants la stabilité qu’on a voulu leur offrir. Mon mari travaille aujourd’hui jusqu’à 80 heures par semaine pour maintenir ce qu’on a bâti ensemble. Il est épuisé. Pendant ce temps, moi, je ne peux plus travailler.
Parfois, je dis à mon conjoint qu’on devrait tout vendre, acheter un Winnebago et partir voyager avec les enfants pendant qu’il est encore temps. Faire mes traitements sur la route, profiter de la vie autrement. Mais en même temps, on ne peut pas simplement laisser tomber tout ce qu’on a construit.
Alors on avance un projet à la fois. En ce moment, on imprime toutes nos photos pour créer un grand mur de souvenirs familiaux à la maison. On avance au rythme de mes traitements de chimiothérapie.
Si je pouvais parler à quelqu’un qui commence sa vie de travailleur autonome, je lui dirais simplement : protège-toi. Prends une assurance invalidité. Réfléchis à ce qui arriverait demain matin si tu tombais malade. Qui paierait les factures? Qui travaillerait à ta place?
On pense souvent que ces protections sont coûteuses ou inutiles quand on est jeune. Pourtant, il existe même une prestation spéciale d’assurance-emploi pour les travailleurs autonomes qui coûte moins de dix dollars par mois. Malgré cela, seulement environ 2 % des travailleurs autonomes admissibles y sont inscrits.
À 20 ans, on se dit qu’il ne nous arrivera rien. Pourtant, des drames arrivent à tous les âges. Moi, j’ai 40 ans, bientôt 42, et je fais face à une maladie qui va m’emporter.
J’espère que ce message se rendra jusqu’aux décideurs politiques et qu’il contribuera à faire évoluer les choses pour les travailleurs autonomes. Si je peux laisser quelque chose derrière moi, j’aimerais que ce soit ça : que mes filles puissent dire que leur mère s’est battue pour elles, mais aussi pour les droits et la sécurité des travailleurs autonomes
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