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Portrait

Émile, étudiant et patineur freestyle

À 18 ans, Émile Beshwaty ne se contente pas de glisser sur la patinoire. Entre ses études en design industriel et ses sessions à l’Esplanade Tranquille, il redéfinit les codes du patinage avec une discipline méconnue : le patin freestyle.

Dans l’imaginaire collectif, le patinage sur glace se divise souvent en deux camps : la rigueur du patinage artistique ou l’intensité du hockey. Mais pour Émile Beshwaty, la liberté se trouve ailleurs. « Je me suis fait souvent demander si je faisais du patin artistique ou du hockey », confie-t-il en souriant. Sa réponse ? Le patin freestyle, une discipline où les contraintes s’effacent au profit de l’expression personnelle.

L’improvisation comme moteur

Le freestyle, c’est avant tout une affaire de style et de ressenti. Si le sport possède ses propres figures techniques, c’est la manière dont le patineur les assemble qui fait toute la différence. « Le patin freestyle, ça va vraiment être plus une improvisation sur place. […] C’est la façon dont la personne l’interprète en fonction de son style qui va vraiment être évaluée », explique Émile.

Pour lui, la glace n’est pas qu’une surface froide, c’est une piste de danse. Et comme pour tout danseur, la musique est l’ingrédient essentiel. Elle dicte le rythme, influence la fluidité et guide l’énergie. « Toute la musique, elle va traverser mon corps, puis ça va aller jusqu’à mes patins », décrit-il. Cette connexion entre le son et le mouvement permet à Émile de transformer une simple séance de patinage en une performance fluide et intuitive.

Du skatepark à la glace

Le parcours d’Émile n’a pas commencé dans une aréna, mais dans les skateparks. Pendant cinq ans, il a pratiqué le patin à roulettes agressif, développant une agilité et un répertoire de « tricks » qu’il a ensuite adaptés à la glace. « Ça m’a permis de développer plusieurs tricks que j’ai pu réadapter ensuite en patin à glace freestyle », raconte-t-il.

C’est d’ailleurs au sein de la communauté montréalaise qu’il a peaufiné son art. En rejoignant des groupes comme Rolling Tribes, Émile a découvert un espace d’échange où l’apprentissage se fait par le partage plutôt que par les tutoriels rigides. Que ce soit pour le slalom ou les sauts, l’esprit de collectivité est ce qui l’a poussé à élargir son « vocabulaire de figures sur la patinoire ».

Une passion à 30 $

Malgré son talent évident, Émile garde les pieds sur terre (ou sur la glace). Ses outils de travail ? Des patins de hockey dénichés pour une fraction du prix. « J’ai acheté des patins de hockey, justement, dans une friperie il y a trois ans. Ça m’a coûté juste 30 $ », s’amuse-t-il.

Entre ses cours au Cégep et son travail, Émile jongle avec un horaire chargé pour trouver des moments de liberté. Si son rêve ultime serait de pouvoir vivre de son art, il est conscient des défis : « C’est sûr que mon but, éventuellement, ce serait de pouvoir vivre du patin, mais c’est très difficile parce que c’est pas un sport qui est très connu. »

Pourtant, que ce soit dans les arénas ou sur les patinoires extérieures durant l’hiver, Émile ne s’arrête jamais. Pour lui, le patinage est un langage continu, une exploration qui ne finit jamais de se renouveler. « Le patin à glace, ça arrête pas. »

Et à le voir enchaîner les rotations avec autant d’aisance à l’Esplanade Tranquille, on se dit que le freestyle a trouvé en lui l’un de ses plus beaux ambassadeurs.

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