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Reportage

Collectionner de l’art: une affaire de riches?

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Reportage

Collectionner de l’art: une affaire de riches?

« On est fucking riches! », lance Roxanne dans un éclat de rire. « Avez-vous vu l’hélicoptère? », se moque Pascal. Derrière les dorures et les toiles d’artistes renommés, se cache une réalité bien plus accessible qu’on ne le pense.

Pascal, Roxanne et leur fidèle compagnon Salem vivent à Montréal, dans un « shoebox » rénové avec soin, devenu au fil des années un véritable écrin pour leur passion commune : la collection d’art contemporain. Depuis quinze ans, ils accumulent des œuvres qui racontent une histoire, la leur et celle de la scène artistique actuelle.

Une collection bâtie sur les sacrifices

Avec environ 120 œuvres à leur actif, on pourrait croire que Pascal et Roxanne disposent d’un budget illimité. La réalité est tout autre. Pour eux, collectionner est avant tout une question de priorités et de choix de vie. « On n’a pas de voiture. C’est quand même un paiement de 500 $ par mois de moins qu’on peut utiliser pour faire des acquisitions », explique Pascal.

Roxanne renchérit sur cette philosophie du quotidien : « T’as juste besoin de peut-être couper ce voyage-là dans l’année, ou peut-être que justement, tu te rachètes pas un nouveau char. Il y a un million de façons de le faire. » Pour ce couple, posséder une pièce de Shary Boyle ou de Janet Werner passe avant le luxe matériel conventionnel.

L’art de la stratégie financière

Loin des clichés des enchères de prestige, Pascal et Roxanne profitent d’un système qui encourage la possession d’œuvres : le paiement échelonné. « La passion des galeristes se transmet par la possibilité de payer en plusieurs versements. Ça nous a permis souvent d’acquérir des œuvres parce qu’on n’avait pas nécessairement plusieurs milliers de dollars à mettre directement sur la table », confie Pascal.

Mais collectionner comporte aussi des frais cachés qui peuvent surprendre les néophytes. Pascal évoque les assurances spécialisées, nécessaires pour couvrir la valeur nette des pièces, tandis que Roxanne souligne l’importance cruciale de l’encadrement : « Idéalement, tu les fais bien encadrer parce que ça va aider à la préservation de ton œuvre. Si ton œuvre est exposée au soleil ou qu’elle colle sur la vitre… ton argent, tu l’as un peu pitché aux poubelles. »

Un geste communautaire

Au-delà de l’esthétique et de l’investissement, le couple voit sa démarche comme un engagement social. Pour eux, l’idée de s’enrichir via le marché secondaire est un « mirage ». Le véritable gain est ailleurs.

« Notre collection, on la voit vraiment comme un geste communautaire. On la fait oui pour les artistes dans lesquels on investit, mais on la fait aussi pour que les gens puissent en bénéficier », explique Roxanne. En ouvrant leur maison et en partageant leurs découvertes, ils nourrissent un écosystème où l’éducation et le soutien aux créateurs priment sur la spéculation.

Qu’il s’agisse des sculptures de Shary Boyle, des peintures de David Lafrance ou de leur collection « crazy » de jouets faits main, chaque objet dans leur demeure témoigne d’une volonté : vivre entouré de sens, tout en prouvant que l’art peut — et doit — habiter nos espaces de vie, peu importe la taille du portefeuille.

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