Guide de savoir faire
C’est quoi l’esprit trail?
Guide du savoir-faire avec Geneviève Asselin-Demers
Comment est-ce que ça s’explique, l’esprit de trail? Qui de mieux que @genevievead, grande gagnante du 125km de l’@uthc en 2023, pour venir nous en jaser dans nos bureaux? 🏔️🏃🏽♀️
Quand on pense à l’ultra-trail, on imagine souvent des athlètes surhumains qui traversent des montagnes à toute vitesse sans jamais sourciller. La réalité est pourtant beaucoup plus brute, humaine et, avouons-le, un peu bizarre. « On se dit comment on est king dans la trail en calculant le nombre donc d’orteils qui nous restent. Ben moi, il m’en reste un », lance d’entrée de jeu Geneviève Asselin-Demers. À 37 ans, cette athlète professionnelle fraîchement débarquée dans l’élite a remporté presque toutes les courses d’importance au Québec. Pourtant, son parcours cache un quotidien fait de résilience, de beaucoup de marche et de collations surprises.
Le carnage des pieds et la réalité des sentiers
Contrairement aux coureurs de route qui maintiennent un rythme constant, les adeptes de sentiers doivent composer avec un tout autre terrain de jeu. Geneviève Asselin-Demers remet rapidement les pendules à l’heure pour quiconque souhaiterait s’initier à la discipline : « Alors oui, le monde de la TR, on marche, on marche, on court. »
Au-delà du rythme, c’est le corps et particulièrement les pieds, qui écope. L’athlète se rappelle notamment une course de 140 kilomètres en Martinique, marquée par de multiples traversées de rivières et une portion finale de 42 kilomètres les pieds submergés dans la mer. À son retour, ses pieds ont nécessité un mois et demi de rétablissement complet. Pour survivre à ce qu’elle qualifie de « carnage », le secret réside dans le volume de temps passé debout, jour après jour, pour habituer ses jambes à endurer de longues heures d’effort.
L’art du ravito et les grilled cheese secrets
Un autre aspect crucial et pourtant négligé par plusieurs coureurs est la gestion de la nutrition. Passer de longues heures en forêt exige d’absorber du liquide, mais également du solide. C’est là que les postes de ravitaillement, ou « ravitos », entrent en jeu, particulièrement la nuit lorsque la fatigue s’installe. Au Québec, ces stations se transforment souvent en véritables zones de fête pour insuffler une dose d’énergie essentielle aux participants.
Bien que le conseil premier de Geneviève soit d’y rester le moins longtemps possible, elle a la chance de pouvoir compter sur des ravitaillements assistés par ses amis. Ces derniers redoublent d’originalité pour soutenir l’athlète durant l’effort : « Je regarde dans mes poches puis là je trouve que genre ils ont caché des bonbons. J’aime les grilled-cheese, ils vont m’avoir mis un grilled-cheese dans ma poche. »
L’esprit de trail : Loin des chevaux avec des œillères
La distinction entre la course sur route et la course en sentier ne se limite pas à la surface ou à la nourriture. C’est avant tout une question de mentalité. Geneviève compare les coureurs de route à « pratiquement des chevaux avec des œillères » concentrés uniquement sur leur propre performance, la nutrition individuelle et le sprint final.
En trail, l’ambiance est à l’opposé. L’entraide et le respect mutuel dictent la conduite des athlètes, qu’il s’agisse de partager ses ressources avec un.e coureur.euse en détresse ou de respecter une étiquette environnementale stricte en ramassant ses déchets. Lorsque la fatigue extrême frappe et que les coureurs se retrouvent ensemble dans la zone de souffrance collective, la solidarité prend tout son sens pour franchir la ligne d’arrivée. C’est cette philosophie profondément humaine qui définit le sport : « Seul, on va plus vite mais en groupe, on va plus loin.
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