Entrevue
Autrices de mère en fille
Arizona et Heather O'Neill parlent d'argent et de littérature.
Dans la famille O’Neill, être artiste, c’est pas juste un choix de carrière. C’est un mode de vie, un acte de foi. Entre Heather, une mère et romancière chevronnée et Arizona, sa fille illustratrice qui se fraie son propre chemin, les conversations sur les implications financières d’une vie d’artiste s’imposent.
Le duo mère-fille partage une passion pour la création, mais aussi un héritage émotionnel où le spectre de la précarité rôde sans cesse.
L’écriture comme vocation
Heather se souvient exactement du moment où elle a su qu’elle voulait être écrivaine : « Cinquième année du primaire. Mon professeur m’a complimenté sur une de mes courtes histoires. Ç’a été mis dans une revue d’écrits de jeunes enfants. Cette expérience était tellement merveilleuse pour moi. » À partir de là, elle n’avait plus de doute : écrire serait sa vocation.
Arizona, pour sa part, est arrivée à la création d’une autre manière. Enfant, elle passait des heures à dessiner pendant que Heather écrivait. « C’est drôle, parce que t’avais le goût de dessiner tout le temps, mais là, à un moment, c’est comme, t’as fait des dessins, puis là, les dessins, les personnages voulaient faire une aventure », raconte Heather, avec tendresse.
Cette curiosité naturelle et ce besoin de raconter des histoires ont évolué au fil du temps, menant Arizona vers l’illustration et la bande dessinée.
L’argent, cet éternel sujet tabou
Parler d’argent en tant qu’artiste, c’est souvent marcher sur un fil. Heather ne s’en cache pas : vivre de l’écriture, c’est une réalité fragile. « C’est bizarre d’être un artiste, des fois, parce que si tu as un gros contrat, ça a l’air que tu as beaucoup d’argent, mais tu peux endurer, comme, deux ou trois ans avant d’avoir un autre grand contrat. »
Cette instabilité l’a poussée à transmettre des valeurs financières strictes à Arizona. « Quand j’étais à l’université, tu m’as encouragée à avoir une job à la librairie et de ne pas avoir de carte de crédit », explique Arizona. Heather voulait que sa fille évite les pièges dans lesquels elle-même était tombée, et qu’elle quitte la maison avec une base financière solide.
Arizona admet que cet apprentissage a porté fruit. « J’ai commencé avec un petit peu de cash dans un savings. » Mais elle se demande si elle n’a pas hérité d’une peur excessive de manquer d’argent. « Le fait qu’on ait habité dans la pauvreté, ça me rend comme… j’ai tellement peur de dépenser de l’argent. » Heather, sans hésiter, lui répond en pouffant de rire : « C’est sûr que tu es allée trop loin avec ça, c’est certain. »
Créer, coûte que coûte
Être artiste, c’est une vocation qui dépasse les contraintes matérielles. Heather l’exprime avec intensité : « Quand t’es un artiste, c’est une passion. Si j’étais pas capable de faire ça, ça me ferait de la peine. »
Arizona a hérité de cette vision, mais avec une approche plus disciplinée. Heather lui a souvent répété que l’art, c’est un boulot : « C’est un job 9 to 5. Même si t’as pas d’inspiration, cette journée-là, il faut encore se mettre dans le travail et essayer. »
Ce que l’une souhaite pour l’autre
Au cœur de leur relation, il y a un respect profond et une collaboration naturelle. Arizona est souvent la première lectrice des textes de sa mère, et Heather trouve dans les œuvres de sa fille une autre manière de s’exprimer. « Pour nous, y a tellement un échange, que mes romans sont une partie de toi, puis ton art, je m’implique là-dedans aussi », confie Heather.
En fin de compte, leurs souhaits l’une pour l’autre sont simples et touchants. Heather espère qu’Arizona puisse trouver un équilibre et être heureuse dans sa carrière. « J’aimerais que tu sois contente, que toi, tu te considères toi-même comme un succès. »
Quant à Arizona, elle rêve que sa mère puisse voir son propre talent avec plus de bienveillance. « Moi, je pense que t’es vraiment la meilleure autrice dans le monde. Alors, moi, je veux que tu te voies avec mes yeux. »
Parce que, malgré les défis financiers et les doutes, être artiste, pour Heather et Arizona, c’est d’abord une affaire de passion et d’amour – pour l’art, et pour l’autre.
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