Revue, magazines et la taille de Julie Snyder

Catherine Desormeaux et Rose-Aimée Morin du Tumblr Revue détaillent leur projet, se penchent sur la situation de magazines locaux et font de bonnes blagues au passage.

S’il y a une chose que l’on doit retenir du deuxième «scandale» local de l’année (le premier étant la fameuse vidéo de Marilou… d’où l’emploi des guillemets à scandale, en effet), c’est que bon nombre d’humoristes – du dimanche, mais aussi du vendredi soir, voire de l’École Nationale de l’Humour – devraient slacker sur les réseaux sociaux lorsqu’ils s’énervent face à une non-nouvelle qui fait tout de même réagir.

Personnellement, ce qui m’a fait le plus «sourire» dans cette débâcle, c’est de revenir à ce fameux «hommage» à Julie Snyder publié il y a quelques jours par les compères du Tumblr Revue. Vous savez, ce projet où Catherine Desormeaux et Rose-Aimée Morin reprennent des photos de magazines québécois avec très, très peu de moyens! Bref, Morin y adoptait la pose de Julie Snyder – fil USB en guise de collier en prime! – pour cette fameuse page frontispice du 7 Jours (publication qui est, rappelons-le, liée à son ex) où elle annonçait une perte de poids accoudée à un piano (interprété ici, avec finesse et raffinement, par Desormeaux).

Bien qu’il n’y avait aucun lien entre cette Une et cette rupture (du moins, je l’espère), la nouvelle annoncée – 23 livres en moins – tenait davantage du statut Facebook anodin que d’une histoire digne d’une entrevue. Et pourtant! L’exploit s’est retrouvé sur la couverture d’un magazine rejoignant près de 900 000 lecteurs par édition.

Si bon nombre de comiques ont rivalisé en formules faciles et alambiquées ce vendredi soir pour tenir plus ou moins le même discours – soit «cette séparation n’est pas d’actualité, mais j’vais quand même y aller d’une blague pour surfer la vague!» -, Morin et Desormeaux, elles, ont fait preuve d’originalité pour démontrer – en un cliché d’apparence tout simple – toute la vacuité du potin en question. Satiristes assumées? Dames ambitieuses désirant se retrouver dans ces fameux magazines? J’en jase avec elles.

C’est (un peu) la faute à Bazzo

Dès la première intervention de Desormeaux, le ton est donné. «Je suis la benjamine d’une famille de trois enfants, ce qui – d’après le site Internet plaisirssante.ca – me qualifie d’enfant “le moins discipliné dans la fratrie [et] à qui l’on accorde plus d’attention que quiconque”», lance-t-elle tout en feignant d’être insultée. Télévore avouée, reporter et bachelière en communication de l’UQÀM, Catherine travaille actuellement comme coordonnatrice pour l’émission Bazzo.tv.

Rose-Aimée intervient ensuite, faisant du jeu de l’introduction un exercice de psychanalyse psychédélique. «Mon premier kick a été Jacques Parizeau, rapidement suivi par Gilles Latulippe. À six ans, j’ai fait mon premier rêve érotique, dans lequel André-Philippe Gagnon me donnait des becs sur un radeau. Je pense qu’inconsciemment, j’ai toujours cherché à me rapprocher d’eux. Ça fait que je suis devenue recherchiste télé en sortant de l’UQÀM, il y a environ quatre ans.» On la retrouve ces jours-ci, vous l’aurez deviné, dans les bureaux de Bazzo.tv.

Les deux collègues sont rapidement devenues amies après leur rencontre en août. «Sur notre heure de dîner, on avait l’habitude de feuilleter les revues à potins en se moquant des poses ridicules que les artistes sont obligés d’y prendre», notent-elles.

C’est cette photo – où le duo imite deux participants de Star Académie – qui lance le bal…


«Notre photo a eu un succès relatif sur les réseaux sociaux, alors on a décidé d’en faire une chaque semaine. Quand un ami nous a conseillé de réunir nos photos dans un Tumblr, les choses ont pris de l’ampleur!», se rappellent-elles.

Se poser des questions plutôt que se moquer

En dépit du ridicule de leurs mises en scène – rappelant, du même coup, le grotesque des photos originales -, autant Catherine Desormeaux que Rose-Aimée Morin martellent que le projet est motivé par l’amusement… et les questions que certaines photos peuvent susciter. «En recréant des photos de revues sans accessoires et avec notre absence de renommée, on met en relief le ridicule des mises en scène. Un fist bump entre star académiciens, vraiment? Pourquoi a-t-on demandé à Marie-Ève Janvier et Jean-François Brault de poser les bras chargés de courges? Pourquoi Ève-Marie Lortie nourrit-elle Gino Chouinard?»

Malgré les conclusions qu’on peut en tirer, les conceptrices insistent sur le fait que Revue ne veut pas se moquer, ni critiquer. «On travaille dans les médias et on respecte ceux qu’on imite. Ce qu’on dénonce, c’est le manque de créativité du médium, les situations dans lesquelles sont représentées les personnalités publiques et au final, ce qu’on sert aux lecteurs», font-elles valoir avant d’ajouter que «d’ailleurs, les artistes que nous imitons sont généralement contents de voir le résultat. C’est probablement la preuve qu’eux aussi doutent des choix éditoriaux des revues.»

À la recherche du «moyennement naturel»

En allant au-delà de l’aspect humoristique du projet, on peut aussi voir un pied de nez à tout l’emballage faussement «glamour» que certains magazines locaux et internationaux proposent à leurs lecteurs. Une interprétation qui plait bien au duo.

«Il ne faut pas grand-chose pour montrer ce ridicule», souligne Catherine. «On n’exagère pas nos expressions et on n’ajoute pas vraiment de blagues visuelles. On illustre justement le fait que si on remplace les vedettes par des nobodies, on constate rapidement que ce qu’on propose aux lecteurs est cliché, facile, loufoque et, surtout, terriblement plastique. Disons qu’on cherche le vrai… ou juste le moyennement naturel.»

D’où le fait qu’elles n’hésiteront pas à adopter des poses qui sont parfois peu à leur avantage – et toujours sans artifice – si la photo originale l’exige. «Nous sommes des femmes qui imitent des artistes tels que représentés dans les revues. Or, si je décide de me montrer en bobettes comme l’a fait Julie Snyder sur un cover, je n’irai pas “photoshopper” ma peau d’orange. […] C’est super important pour moi que l’orgueil soit mis de côté et de revendiquer notre droit d’être imparfaites. Si le double menton sert l’une de nos photos, je vais faire mon meilleur. Et je vais être fière de son ampleur!»

Sans monter aux barricades, Rose-Aimée et Catherine déplorent tout de même l’utilisation de trucages et de logiciels pour avantager, voire dénaturer, certaines personnalités. «On parle beaucoup de Photoshop pour la minceur, mais on en parle moins comme arme contre le vieillissement. Certaines vedettes, telles que représentées par les magazines, ont l’air repassées», se désole la première. «Sans compter celles qu’on ne reconnaît même plus après le passage de l’effaceur magique!», ajoute la seconde.

«Ne me pars par sur les [articles sur les] trucs sexy ou les abdos!», s’exclame ensuite Rose-Aimée. «Ça me révolte quand des magazines pour femmes contiennent des articles sur l’importance de la diversité corporelle que l’on peut lire entre une pub de crème antirides et un dossier sur les meilleurs régimes d’Hollywood… sans oublier le fait que le même magazine aura bientôt en couverture sa porte-parole fière de nous montrer son corps post perte de poids!»

Peut-on toutefois se consoler en faisant miroiter que nos publications locales semblent favoriser davantage une image plus saine de la femme? Peut-être pas selon les compères. «Si seulement! Dernièrement, on a appris, en une, que Patricia Paquin a atteint son objectif de perte de poids et que Julie Snyder est maintenant moins lourde de 23 livres.» M’ouin, vu comme ça…

D’ambition et d’idéaux

Le projet a pris de l’ampleur depuis ses débuts modestes. En plus d’avoir été mentionnées dans d’autres médias, Rose-Aimée et Catherine se sont entourées d’acolytes (dont l’auteur Jocelyn Chaput et le réalisateur Olivier Lessard) pour produire des capsules web vidéo qui ont déjà séduit certaines personnalités qui pourraient bien, un jour, être parodiées par les jeunes femmes.

Bien que la paire ne cache pas qu’elle considérerait des propositions de financement du volet vidéo, Revue ne se veut pas un tremplin pour ses auteures… ou si peu. «Loin de moi l’idée de devenir comédienne avec les capsules de Revue», lance Catherine tout en rappelant qu’elles se qualifient comme étant des «comédiennes du dimanche» dans le générique de la série. «Cela dit, le projet fait partie de mon parcours professionnel et s’il peut nous ouvrir d’autres portes et nous apporter de nouveaux défis… ben go

Et Rose-Aimée d’ajouter : «Et c’est clair que je serais heureuse si le fait d’avoir convaincu Louise Deschâtelets de jouer gratuitement dans une capsule avec des chants de gorge peut m’aider à démontrer que je suis une bonne recherchiste!»

Apologie du macaroni

Ainsi, bien qu’elles «dénoncent» le ridicule de la direction artistique de certains magazines, les dames de Revue ne remettent toutefois pas en question l’existence de ces publications qui demeure des péchés diablement mignons.

«Je vais t’avouer quelque chose», lance Rose-Aimée. «Je travaille avec des intellectuel(le)s et, pourtant, chaque jeudi, c’est la fête quand on reçoit les magazines au bureau… et ce n’est pas sur le Courrier international qu’on se ‘pitche’ en premier!» Ainsi, la recherchiste n’hésite pas à affirmer qu’en dépit de son regard critique sur la chose, elle demeure divertie par des publications souvent considérées comme étant cheapette par l’élite. «Si l’on consomme souvent les revues à potins pour les critiquer, il reste qu’elles demeurent une source de divertissement.»

Du même souffle, elle souligne toutefois que ce volet médiatique encourage l’établissement d’un vedettariat dépendant davantage du culte de la personnalité que des idées ou faits d’armes des principaux intéressés. «Les artistes ne font pas la couverture des magazines pour leurs opinions. Ils la font pour leur recette de macaroni ou leurs souvenirs de voyages. Si on mettait Marie-Mai sur un cover avec un titre de l’ordre de “Je suis souverainiste et j’en suis fière!”, je tomberais de ma chaise!»

À la recherche du magazine parfait

Malgré la prédominance des publications «bébêtes» ou «fifilles» au Québec, Catherine Desormeaux et Rose-Aimée Morin demeurent convaincues qu’il y a de l’avenir pour les magazines qui préfèrent le contenu brillant aux couvertures lustrées. «Je pense que le contenu hautement intellectuel a sa place au Québec tout comme les tests sur les rouges à lèvres», mentionne Catherine. «Or, au Québec, le bassin est également plus petit comparativement aux États-Unis par exemple, où un contenu alternatif qui rejoint 1 % de la population représente une réussite. Il est certain par contre que nous devons revoir le modèle de magazine que l’on propose à la population.»

Rose-Aimée prend la relève et suggère même – à la blague, mais quand même – une piste de réflexion pour aérodynamiser le modèle du magazine au contenu chargé: «Je crois – et je veux croire – qu’il y a de la place pour le contenu intellectuel dans les magazines québécois. Nouveau Projet vient à cet effet combler un manque important; elle est rendue où, l’analyse? Pour intéresser la masse, il s’agirait peut-être de faire la promotion d’un star-system d’intellectuels. Connaître les idées de sorties de Jocelyn Maclure, faire des couvertures avec Jean-Philippe Warren en chest, etc.»

Et Catherine de conclure : «Jean-Philippe Warren en chest… pas fou ça!»

La semaine prochaine? On va tenter de savoir si Jean-Philippe Warren s’épile, j’imagine. En attendant, on peut retrouver Revue sur revuecapsules.tumblr.com. Étant des dames de leur temps, on peut également suivre Rose-Aimée et Catherine sur Twitter. En ce qui me concerne, vous pouvez me proposer vos «10 trucs pour obtenir des abdos d’enfer qui feront frémir les girls de Pointe-Calumet» dans la section commentaire de ce billet ou encore en me tweetant le tout à @andredesorel.

En attendant, bonne semaine sur le site d’Urbania!

Pour voir la page de Rose-Aimée Automne T. Morin, maintenant rédactrice en chef du magazine URBANIA, c’est ICI.

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up

Dans la même catégorie

Le dernier Noël

Les fêtes dans une maison de soins palliatifs.

Dans le même esprit