Germain Barre

Comment ne pas payer 300 $ de frais sur un emprunt de 500 $

Un prêt privé à court terme n’est pas votre meilleur « money move ».

C’est pas facile de vivre en attendant systématiquement son prochain chèque. Ça m’arrive parfois, et je ne suis pas le seul : selon le dernier sondage du Canadian Payroll Association, 44% des Canadiens avouent qu’ils seraient dans l’eau chaude si leur paie était retardée.

Contrairement à d’autres, j’ai le privilège d’avoir une famille et des amis qui peuvent m’aider en cas de problème. Et dans mon portefeuille se trouve une carte de crédit me permettant d’avoir accès à une avance de fonds en cas d’imprévu.

Elle me permet aussi de commander des niaiseries sur Amazon Prime à 2h du matin, mais ça, c’est une autre histoire…

Ça peut être tentant, voire inévitable, de se tourner vers des entreprises proposant du cash rapide à fort taux d’intérêt pour joindre les deux bouts.

Mais lorsque ni votre banque, ni vos amis, ni votre famille ne peuvent vous dépanner financièrement, ça peut être tentant, voire inévitable, de se tourner vers des entreprises proposant du cash rapide à fort taux d’intérêt pour joindre les deux bouts. Leur avantage : elles ne se préoccupent pas de votre score de crédit.

Mais ces prêts peuvent coûter cher. Genre vraiment cher. Je vous explique.

Le Québec, terre libérée des prêts sketch?

Au Canada, tout prêt ayant un taux d’intérêt annuel supérieur à 60% est considéré comme illégal. Et au Québec, les tribunaux ont souvent jugé un taux d’intérêt supérieur à 35% comme étant abusif, ce qui a eu pour effet de diminuer drastiquement le nombre de compagnies offrant des prêts rapides à fort prix.

Même les payday loans (prêt sur salaire), un type de prêt à court terme devant être remboursé en moins de deux mois, sont essentiellement introuvables au Québec.

À l’opposé, la majorité des provinces canadiennes ont fait le choix d’établir un cadre légal spécifique aux prêts sur salaire. En Ontario, par exemple, les compagnies qui offrent ce service peuvent dépasser les taux d’intérêt légaux. Le montant du prêt ne peut cependant pas dépasser 50% du salaire net de l’emprunteur, et les intérêts doivent se limiter à 15$ par tranche de 100$.

Ça peut sembler être un bon deal, mais cela représente néanmoins 390% d’intérêt annuel fixe.

Autrement dit, si j’emprunte 500$ chez nos voisins de l’Ouest, je devrai rembourser 575$ deux semaines plus tard, soit 75$ d’intérêt. Ça peut sembler être un bon deal, mais cela représente néanmoins 390% d’intérêt annuel fixe.

Si l’on ne permet pas de telles exceptions Québec, on est tout de même exposé à des offres de prêts dispendieux. Parce qu’il y a une faille…

La twist des frais additionnels

Après avoir épluché le web québécois des prêteurs d’argent rapide, j’ai constaté deux choses :

1. Leurs sites ont l’air d’avoir été conçus par un cousin éloigné du propriétaire

2. Ils offrent souvent des « microprêts » aux frais astronomiques.

Voici un (vrai) exemple : une compagnie propose des prêts pouvant aller de 500 à 1250$. Ceux-ci sont remboursables en deux à quatre mois, à des taux d’intérêt annuels variant de 29% à 32%.

Jusqu’ici, tout semble legit, même si c’est plus élevé que les taux d’intérêt de la plupart des cartes de crédit. Mais à cela s’ajoutent des « frais d’adhésion » de 20$ par semaine.

Ainsi, l’entreprise offre à presque n’importe qui la possibilité d’avoir un prêt de 500$, à condition de le rembourser en 13 versements hebdomadaires de 62$. Ça, c’est 306$ de frais supplémentaires pour une avance de trois mois!

C’est donc un pensez-y-bien… L’entreprise en question détient toutefois un permis de prêteur d’argent de l’Office de la protection du consommateur et cinq noms différents. Eh oui : une compagnie, cinq appellations, cinq sites web, ainsi qu’une utilisation abusive des mots rapide, argent et prêt, dans l’ordre de votre choix.

Et il existe aussi de fausses compagnies

Écoutez votre mère quand elle dit qu’internet est dangereux. Dans ma conquête du web, je suis tombé sur des sites n’ayant tout simplement pas de permis de prêteur d’argent, et qui chargeaient explicitement des taux d’intérêt annuels supérieurs à 35%.

C’est le web, gang. Faut faire attention – n’importe qui peut prétendre n’importe quoi.

C’est le web, gang. Faut faire attention – n’importe qui peut prétendre n’importe quoi. Faut dire que pour avoir son cash, ou même une estimation des frais demandés, il faut entrer un bon nombre d’informations personnelles, qu’on n’a pas nécessairement envie de voir tomber entre les mains de quelqu’un de mal intentionné.

Le registre de l’OPC est donc un outil précieux pour s’assurer que la compagnie avec laquelle vous pensez faire affaire est relativement legit. Et même là, plusieurs reçoivent des plaintes et des mises en demeure. Heureusement, ce sont des informations qui sont également publiques.

Profiter des plus vulnérables?

Pour répondre à la question-titre de l’article : vous êtes mieux de vous tenir loin des prêts privés à court terme si vous souhaitez éviter de payer vos emprunts super cher.

Si ce genre de services existe, c’est que certaines personnes sont contraintes de faire affaire avec, si peu avantageux soient-ils.

Mais si ce genre de services existe, c’est que certaines personnes sont contraintes de faire affaire avec, si peu avantageux soient-ils. Et cette frange de la population n’est souvent pas la mieux équipée pour payer de forts taux d’intérêt, loin de là.

L’agence de la consommation en matière financière du Canada a mené un sondage troublant auprès d’utilisateurs de prêts sur salaire en 2016. Parmi les répondants, seulement 43% comprenaient les coûts effarants de ce type d’emprunt.

Il faut dire que 88% d’entre eux n’ont pas accès à une marge de crédit, et 60% n’ont pas de carte de crédit tout court. Pour vous donner un ordre de grandeur, 82% des Canadiens en ont une!

Et c’est ici qu’un tout autre débat commence : sur la pauvreté, sur l’éducation financière et sur l’accès à des services de crédit de qualité.

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