Germain Barre

La règle du 50 minutes pour doser l’influence des écrans dans notre vie

Une proposition non condescendante pour une vie à deux plus harmonieuse avec son téléphone.

Peu importe la posture, le niveau de langage ou l’origine, le type d’article « voici comment mieux vivre avec votre téléphone cellulaire » va toujours profondément me gosser. Ces articles, souvent rédigés par des soi-disant experts existent majoritairement pour capitaliser sur la crainte des gens envers la petite machine qui habite dans leur poche de pantalon et qui leur permet d’accéder à la majorité de la connaissance humaine.

Cette machine, hyper performante et déstabilisante, nourrit un nombre incalculable d’articles qui ont presque tous une chose en commun : ils sont fortement condescendants envers la manière dont on utilise nos appareils. On comprend très bien pourquoi autant d’attention est allouée à réduire l’impact de ces outils hyper performants sur nos vies. On est très bien informé quant aux mauvais usages des données, des morts incalculables dans les mines de Cobalt, ingrédient important dans les cellulaires, ainsi que les techniques de dépendance implémentés dans l’interface du téléphone.

Seul problème : si je me fie à mon expérience personnelle, les tentatives de créer de la peur, de la panique ou de l’anxiété ne font que renforcer les comportements conservateurs. On se rétracte alors dans le déni et le confort de l’ignorance.

Des techniques souvent drastiques

C’est pour cette raison que de prôner des régimes d’abstinence téléphonique, comme le Digital Sabbath, semble être une stratégie vouée à l’échec. Ces défis, qui consistent à arrêter l’utilisation des outils technologiques pour une journée par semaine pendant un mois, ont certes une visée curative, mais leur taux d’adoption n’est pas faramineux. Peu importe le nombre de témoignages qui en vantent les mérites, l’idée d’un cold-turkey ne peut que plaire et fonctionner pour une infime partie de la population. Imposer des comportements aux gens est inefficace, mieux vaut leur faire réaliser par eux-mêmes s’ils ont une dépendance ou même un attachement trop lourd à leur écran. Les seules méthodes qui pourront produire des résultats ne proviennent pas d’un rejet ou d’un sevrage, mais d’une prise de conscience.

Une règle modérée

Étant d’un naturel méfiant, pour pas dire « fuckoff-esque », la seule technique d’intérêt à avoir croisé mon chemin est le 50-minute rule; un conseil plus qu’une règle qui me provient du Vogue en 2015. Proposée par Brendon Burchard, la suggestion repose sur le fait que l’on doit se laisser une zone sans écran 50 minutes après s’être levé le matin ainsi que 50 minutes avant de se coucher. Ça veut donc dire pas de téléphone, télé, tablette pour une courte période entourant le sommeil, question de ne pas devenir « your phone’s bitch » pour citer la journaliste Michelle Ruiz.

L’idée de conserver un tampon de 50 minutes entre la dernière consultation d’un écran et l’inconscience réparatrice sert à prévenir la réduction de la qualité du sommeil provoquée par la luminosité, les alertes – comme une liste de choses à faire le lendemain que l’on conserve en tête pendant la nuit.

Comme vous avez pu le constater, la règle ne vise pas le contrôle : on est loin d’un embargo rigide ou d’un sevrage monumental.  On s’attarde plutôt à deux zones temporelles, celles où on pourra tempérer nos obligations en début et en fin de journée, car le téléphone est souvent une source de micro-engagements qui embrayent nos tâches dès que l’on porte attention aux alertes. Chaque tranche de 50 minutes vise à garder à distance certains symptômes inconscients de l’exposition aux écrans. On explique que l’idée de conserver un tampon de 50 minutes entre la dernière consultation d’un écran et l’inconscience réparatrice sert à prévenir la réduction de la qualité du sommeil provoquée par la luminosité, les alertes – comme une liste de choses à faire le lendemain que l’on conserve en tête pendant la nuit – ainsi que toute autre stimulation qui pourrait nous garder dans un état de stress avant de tomber dans les bras de Morphée.

On explique aussi que les bienfaits matinaux sont davantage de l’ordre du réflexe conditionné. L’appel du téléphone comme premier contact avec le monde au réveil peut souvent partir notre journée sur le mauvais pied, que ce soit par une déferlante d’obligations ou de nouvelles déprimantes peuplant nos feeds de réseaux sociaux. En retardant ce moment, on se permet de relaxer avec nos propres pensées avant de se plonger dans nos tâches quotidiennes. Cette période est davantage un moment de contact avec soi-même avant qu’on soit exposé au monde extérieur, qui est parfois difficile à attaquer.

C’est bon, un sandwich

Quand j’ai commencé à appliquer la règle de 50 minutes, j’imaginais ma journée comme un sandwich que je m’apprêtais à dévorer, dans lequel le centre était la matière la plus substantifique (la plus productive). Les deux tranches de pain moelleuses, elles étaient surtout utiles pour adoucir l’impact de mes dents sur le croquant de la journée. Wow, je ne m’attendais vraiment pas à faire une métaphore de sandwich aujourd’hui, mais je pense que ça tient le propos. L’idée que l’on doit s’offrir des moments où l’on n’est pas joignable (coucou, santé mentale!) fait en sorte que l’influx des demandes de l’extérieur peut être dosé.

Une fois de plus, je réitère que ce billet n’a pas comme objectif de convaincre ou obliger des changements drastiques de comportements, c’est une suggestion qui peut s’ajouter à d’autres trucs qui vous aident à mieux naviguer dans notre écosystème médiatique.

Bonne chance.

*Ce billet a été écrit avec l’aide de l’album Engagement, lutte, clan et respect de Navet Confit*

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