On est où?

Baja California : seize heures de bateau dans du beau grand flou et une douche chaude

Chronique d'un (pas si vieux) camper van.

Avec les chroniques d’un (pas si vieux) « camper van », Mélanie Leblanc vous emmène sur la route, la vraie. Des chemins sans filtre Instagram, pas toujours glam, souvent bordéliques, mais ô combien divertissants. À bord de John Mel & Camper, son truck de 21 ans (pas de rouille, pas de trou), c’est un départ vers la liberté… et le chaos.

Les vaners rencontrés qui nous ont vanté Baja California sont tous unanimes : il FAUT y aller, sans hésitation, sans réflexion. On décide de les écouter, au risque de ruiner le reste de notre vie rongés par les remords, si on y allait pas. On se rend donc au port pour s’informer…

Deux compagnies offrent la traversée. Chez la première, on est accueillis dans un bureau clean, climatisé, avec une préposée souriante, gentille. Sauf qu’ils chargent 850 $ et on n’a pas le droit d’aller dans le camion,  il faut payer pour une couchette (ou des sièges) et les repas (pas le droit d’apporter de la nourriture à bord). Avec eux, la traversée dure 12 heures. Budget de vaners oblige, on visite  la deuxième compagnie. C’est là que le flou commence. On est accueillis dans un bureau/salle d’attente crasseuse et suffocante, rempli de gens qui n’attendent rien. On n’est pas vraiment les bienvenus et on dérange. J’essaie de m’informer, je pose des questions, la préposée (qui voit très bien que mon espagnol est limité) me répond avec le débit d’un Louis-José Houde en surdose de Red Bull. J’ai le cerveau en compote à essayer de tout comprendre et ma face se transforme en Chat Potté.

La madame me prend un peu en pitié, répète lentement et nous explique que la traversée dure 16 heures, qu’on peut dormir et manger dans la van, tout ça pour 450 $. Joie. On achète nos billets pour le lendemain, le bateau part à 17 h. « À quelle heure devons-nous arriver? » C’est là que le flou continue : autant de réponses que de personnes questionnées. Une dit 13 h, l’autre 16 h et Louis-José Houde su’l Red Bull dit 15 h.  On décide de la jouer safe et on arrive à 14 h.

Le lendemain on est ben excités et on arrive avec nos questions préparées et googletranslatées. Où devons-nous aller ? Quel quai ? À quelle heure ? Je comprends que je n’ai pas le droit d’accompagner Antoine dans le camion, seul le conducteur peut l’amener dans le stationnement  avant de monter à bord. Ok mais combien de temps ? Nous répondre est tout, sauf une priorité. On nous rush un peu. GO GO il faut qu’Antoine parte, je reste seule dans la salle degueue, pas d’argent, pas de passeport, pas de pile dans mon cell.

Rendus de l’autre côté, le fun commence.

15 h 30 : on nous dit qu’on va partir à 16 h. On n’est pas encore à bord et le stationnement continue de se remplir.

16 h : toujours pas à bord

17 h : pas de changement. On se rappelle que c’est l’heure prévue du départ

17 h 30 : on roule à bord

18 h : les mégas vans de transport routier nous envahissent, on est une vraie petite peanut parmi eux

18 h 30 : toujours pas partis, on est le centre d’attraction des truckers autour. Chacun arrive avec sa caisse de 24 canettes de bière. On se transforme en perron d’église

19 h   toujours pas partis, on va souper. Oui, finalement, on a un souper ! On nous sert une assiette de « beige », mais du beige savoureux.

Meilleur que beau.

20 h :  On va se doucher. SURPRISE, l’eau est chaude, la pression est parfaite, 8/10 pour cette douche de qualité. 

20 h 30 : on part enfin et on ouvre des canettes de bière avec les truckers pour célébrer.

23 h/24 h/1 h : on dort pas. Les amis truckers ont pas fini de célébrer, eux. J’entends les « pccchhh » de canettes s’ouvrir à littéralement 30 cm de mon oreille droite.

On arrive dans une Baja turquoise, splendide… qui sent le camion de vidanges que tu suis de trop près en juillet. Ça remue le petit poil de narine!

La traversée aura duré seize heures, tel que prévu. Ça, c’est le bout le moins flou. Arrivés de l’autre côté, on recommence le même cirque : Antoine est le seul à pouvoir rentrer à Baja dans le véhicule, moi je dois passer par le terminal et tout le processus de douanes : détecteur de métal, inspection de mon sac et tout et tout. On est toujours au Mexique, right? Je me la pose la question mentalement cette fois.

On doit payer pour la fumigation du véhicule, « si on le souhaite » « on ne le souhaite pas » répond Antoine, « vous avez pas le choix ». Bon. Re le flou. On sort du port et on recommence : re fouille du véhicule, mais par l’armée, cette fois. Comme à l’habitude, on répond aux questions en français et on fait nos beaux épais. C’est même rendu notre sport favori.  « Vous arrivez d’où? » « De Montréal, le hockey, les Canadiens, he shoots, he scores». « Vous restez combien de temps à la Baja? » « Canada, Montréal, Québec ». Évidemment la communication s’effrite et comme à chaque fois, ils nous laissent partir, semi-moqueurs, semi dans le jugement. Pis ça fait ben notre affaire.

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