Comment communiquer les bienfaits de la biodiversité à quelqu’un qui s’en fout ?

J'ai visionné un documentaire environnementaliste avec quelqu’un qui ne l'est pas.

Jeudi dernier, Maude Carmel est allée voir Chemins de travers, un film portant sur l’agriculture biologique, dans le cadre de la première édition du festival Ciné Vert qui proposait différents documentaires sur l’environnement. Voici ce que son amie, qui n’est pas aussi environnementaliste qu’elle, en a retiré.

Comme d’autres milléniaux, je considère que la conservation de notre habitat naturel fait partie de mon ADN (j’en parle littéralement 80% du temps sur mes réseaux, sur ma chaîne YouTube et dans mon travail en général). J’ai donc profité du visionnement de ce film pour inciter une de mes amies à changer quelques-uns de ses comportements.

Pour m’accompagner, j’ai choisi ma bonne amie Mathilde, une styliste qui croit aux changements climatiques, mais qui s’intéresse davantage aux nouvelles tendances mode qu’à la réduction des gaz à effets de serre.

La magie de semer

Chemins de travers était d’une infinie beauté. Étant obsédée par le jardinage, les plantes et l’évolution de la vie, les images m’ont enivrée. Pour vous donner une idée, je suis le genre de personne qui peut passer 25 minutes à regarder mes pousses de sauge croître.

Le film n’était pas alarmiste, et c’est peut-être ça le problème. Majonchi ne voulait pas utiliser ce ton qui insuffle la peur et qui est régulièrement utilisé dans les documentaires pour rassembler les troupes.

On y montrait donc les bienfaits de la permaculture (un système agricole partant du principe que «l’union fait la force»: cultiver plusieurs variétés à la fois apporte de la force au jardin, contrairement aux monocultures qui font pousser uniquement du blé, par exemple). Le film abordait également une foule d’enjeux cruciaux, comme l’appropriation des semences par les grandes entreprises. Le réalisateur, Sébastien Majonchi, parlait de ces thèmes en surface, mais donnait tout de même des pistes de solution aux initiés pour qu’ils puissent poursuivre leurs recherches eux-mêmes.

Mais voilà le hic, ce film était pour les initiés. Pour un citadin qui ne jardine pas, le principe de la permaculture n’a aucune résonnance.

Le film n’était pas alarmiste, et c’est peut-être ça le problème. Majonchi ne voulait pas utiliser ce ton qui insuffle la peur et qui est régulièrement utilisé dans les documentaires pour rassembler les troupes. «Nous avons préféré mettre en avant les solutions plutôt que le problème. Je pense que ce qui bloque le changement, c’est en partie la peur véhiculée par ces discours», explique-t-il dans une entrevue avec Maudits Français.

«Il faut que ça me parle»

Toutefois, sans ce ton alarmiste, «c’est comme L’amour est dans le pré». Ce fut le seul commentaire de Mathilde de la soirée. Pour cette Montréalaise de 28 ans, un film qui dépeint une existence 100% rurale n’engage pas à l’action. «J’ai appris des choses, mais quand tu ne connais pas ça les OGM et les méthodes d’agriculture, c’est difficile de faire le lien avec l’environnement. Moi, quand je pense à environnement, je pense au plastique, à l’auto… pas à la nourriture», explique-t-elle.

Mathilde n’a pas tort. Si les créateurs des documentaires sur l’environnement désirent inspirer un grand nombre de citoyens à adopter un mode de consommation éthique et durable (comme boycotter les grandes entreprises qui pratiquent la monoculture), ils doivent également s’adresser aux citadins.

Chemins de travers n’expliquait pas non plus l’impact de la monoculture et des pesticides chimiques de synthèse sur les écosystèmes et par le fait même, sur les changements climatiques. «Je le sais par exemple que les OGM et les pesticides, ce n’est pas bon sur les fruits. Je sais aussi que c’est mieux de jardiner que d’acheter dans un supermarché. Mais c’est tellement loin de ma réalité… je ne pense pas que le film s’adressait à moi. Je n’ai même pas de permis de conduire pour aller chez un maraîcher! Peut-être que ça me pousse encore plus à regarder ce que je prends au marché Jean-Talon, mais c’est tout.»

Il est vrai que les principes véhiculés dans le film sont difficiles à appliquer, surtout pour ceux qui n’ont pas accès à de grands jardins de façon hebdomadaire.

Et même si le film a, à un moment, mis l’accent sur les marchés publics français, nos marchés urbains à nous, comme le marché Jean-Talon, n’ont pas les réglementations nécessaires pour nous aider à différencier un réel agriculteur d’un revendeur commercial.

Guider les citoyens

Ce que je retiens de ma discussion avec Mathilde, c’est que plusieurs stratégies de communication sont à étudier par les activistes pour inciter la communauté à agir. «J’aurais aimé qu’ils fassent un lien avec la ville. Les produits qu’ils présentaient, ils vont se rendre en ville, non? J’aimerais qu’on me donne un exemple pour me dire comment me les procurer.»

Mathilde représente en effet cette importante partie de la population qui n’a pas envie de réfléchir à ce qu’elle devrait manger, mais qui est très ouverte à se faire guider.

«Ça m’intéresse de bien manger, et je veux que ce soit bon pour l’environnement, mais je n’ai pas envie de faire toutes les démarches. J’aimerais que ce soit clé en main. J’ai vu dans le film qu’on pouvait éviter les pesticides en plantant, par exemple, un oignon à côté d’une carotte. Je ne ferai pas de jardinage, mais dis-moi où l’acheter, cette carotte plantée à côté de l’oignon!»

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