Laurianne Poirier

Comment créer une scène d’horreur stressante

Oui, il y a une recette.

Personne n’aime ça, être stressé… sauf lorsqu’on choisit de l’être ! Par exemple quand on regarde un film d’horreur seul à la maison, avec les lumières éteintes. Pourquoi donc aime-t-on tant se faire ça à soi-même ? Chaque fois, on se dit « PU JAMAIS ! » et, quelques semaines plus tard, on se surprend à regarder le dernier Saw ou le nouveau film d’invasion zombie sur Netflix.

Selon la science, ça aiderait à gérer l’anxiété en créant des situations d’anxiété contrôlée. Parce que c’est une situation stressante qui concerne quelqu’un d’autre. Un personnage de fiction dont le destin sera réglé après deux heures.

La recette pour faire peur

Qu’on pense à l’apparition des jumelles dans The Shining, au meurtre dans la douche dans Psycho ou à l’alien dans le ventre de John Hurt, le cinéma d’horreur a sa façon bien à elle de marquer l’imaginaire collectif. Non seulement on se rappelle les scènes phares, mais on aime les regarder encore et encore. C’est quoi leur secret, au juste ? Comment est-ce que les films d’horreur parviennent à nous garder constamment sur le gros nerf ?

Pour mieux comprendre, on a discuté avec Alec Pronovost, réalisateur de la websérie Le Killing, une comédie qui s’inspire des codes de l’horreur afin de nous mettre sur nos gardes dans une ambiance de camp d’été. Il a bien aimablement accepté de nous dévoiler sa recette pour la scène du deuxième épisode où Béluga « perd la vie » aux mains du Kissing Killer.

Une idée terrifiante

« On peut “habiller” une scène d’horreur et créer de la tension artificiellement, mais elle ne sera jamais terrifiante si l’idée de base ne l’est pas. Un fou qui tue les gens avec une scie mécanique, un fantôme sanguinaire, quelque chose du genre. Il faut que l’idée donne des cauchemars avant même de la mettre en images. »

Le découpage

« Avant même de tourner, c’est important d’établir le rythme d’une scène d’horreur à l’étape du story-board [ou scénarimage]. Il est plus lent, afin de créer de la tension et de l’appréhension. On ne voulait pas abuser de la caméra-épaule, mais on l’a utilisée lors de cette scène en vue de créer un feeling d’incertitude. »

Pas obligé qu’il fasse noir pour que ce soit épeurant. 

L’éclairage

« L’idée pour cette scène était originalement de la tourner de nuit, mais des contraintes de production nous ont empêchés de le faire. On s’est donc tournés vers un éclairage très coloré, crépusculaire, avec des tons d’orangé et de rosé, mais quand même très naturel. Un peu comme celui de la scène finale de Massacre à la tronçonneuse, lorsque le méchant danse avec sa scie mécanique. C’était pas une inspiration directe, mais l’effet visuel est une inspiration. Pas obligé qu’il fasse noir pour que ce soit épeurant. »

Il faut que ça “stabbe” au bon moment.

La musique

« C’est un incontournable lorsque vient le temps de faire peur au monde. Et c’est pas juste le choix de musique qui est important : il y a aussi le choix des silences et les variations dans le volume qui comptent. Il faut que ça “stabbe” au bon moment. »

Les références

« Tout le monde connaît le stéréotype de la cheerleader et du joueur de football qui font du necking dans un char au belvédère et qui se font prendre par le tueur. Ça a tellement été utilisé ! Donc, tout le monde en connaît la fin et stresse déjà, parce qu’ils sont en territoire connu. Des films réflexifs comme ceux de la série Screamutilisent aussi des référents populaires afin de créer de la tension. »

Pour voir le résultat final, visionnez le deuxième épisode de Le Killing!

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